L'ANE SACRILEGE
(Vieille chanson du pays de Montbéliard.)
C'était un lundi.
Le grand jour de la Gène,
Que les Huguenots
Font une si grande fête.
Par ici un homme vint à passer,
Qui sur son âne était monté.
Les Huguenots lui ont dit :
— « Vous êtes pire que bête
De passer par ici
Sans entendre le prêche. »
Ils ont pris l'homme, l'ont emmené
Et dans leur prêche l'ont fait entrer.
Ce pauvre homme leur dit :
« Que ferai-je de mon âne? »
Le Ministre répondit :
« Je le prends à ma charge. »
Il prirent cet âne et l'ont attaché.
De ses paniers ils l'ont rapproché.
Dans les paniers étaient
Tous les pains de la Cène.
Ce pauvre âne croyait
Que c'était son avoine.
Et pendant que le Ministre prêchait,
La panse de l'âne se remplissait.
Quand le Ministre sut
Cette triste nouvelle,
Que l'âne avait mangé
Tous les pains de la Cène,
Ils ont pris l'àne, l'ont emmené,
Pendu et étranglé.
Quand l'âne fut pendu,
Il allongeait les jambes.
Les Huguenots ont dit :
Il demande vengeance.
Dépendons-le, faisons-le enterrer, Tout comme nous il sera sauvé.
De la peau de Martin,
Que voulons-nous en faire ?
Le Ministre répond :
Un manteau j'en veux faire
Et par les rues le monde ira disant,
Voilà un âne prédicant.
Le pauvre homme leur dit :
« Vous êtes pire que bêtes
D'avoir tué Martin,
Une si bonne bête.
Il a été frère avec vous.
Il a pris la Cène comme vous.