‹ Chansons rouges. Musique de Marcel Legay. Illus. de SteinlenChapitre 4 sur 18 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

Donc, ami lecteur, après la chanson d' amour , personnelle et subjective, voici la chanson d' humanité^ rmiltiple et objective, comme voulaient toute poésie Flaubert et Théophile Gautier: Chanson d'hier et d'aujourd'hui^ Chanson de demain surtout !... L'amour de la femme a pour complément nécessaire l'amour de l'humanité.

Est-ce ton avis f Si oui, tu chanteras ces chansons rouges. Sinon ^ tu permettras que le peuple les chante. En tous cas, tu les comprendras. Et si, avec cela, tu les aimes, si elles te font, pour un soir, le cœur plus gaillard et l'esprit plus libre, ce sera la meilleure récompense du poète qui te souhaite de vivre pour agir et te serre la main fraternellement.

Maurice BOUKAY

Paris-Dampierrc, janvier-novembre 1896.

A Alphonse Daudet.

Un poète chante

.^•Allegretto Moderato

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.l'a) chan.te Taniour à vingt

ans,

El j'ai pei' - (kl \\\u^' a . pre^

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lu. ne Blon. de ou bru -ne au clair -d*- la

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lu . ne, Mes il . lu . si . ons el mon temps

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Mon cœur ou.bli . ail la Mi . se . re,

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Li . re. Ion. lai.re, Pourtant la Mi.sè-re e.tail

J'ai chanté l'amour à vingt ans, Et j'ai perdu, l'une après l'une, Blonde ou brune, au clair de la lune.

Mes illusions et mon temps.

Mon cœur oubliait la Misère,

Lire Ion laire.

Pourtant la Misère était là.

Lire Ion la !

C'était un matin de rancœur ; Ivre de ma tristesse accrue.

Je butai du pied, dans la rue, Un pavé rouge comme m cœur.

C'était le cœur de la Misère,

Lire Ion laire, Entre deux pavés planté là.

Lire Ion la !

Le pavé, se dressant vers moi :

(( Combien j'ai vu de barricades. Combien j'ai reçu d'estocades De par la lettre de la loi !

Passant, prends garde à la Misère !

Lire Ion laire, Son cœur n'est pas mort. Halte là !

Lire Ion la !

« Je saigne à chaque iniquité^ Je suis le pavé de souffrance.

Je suis rouge du sang de France Répandu pour l'Humanité.

Fleur de pavé, fleur de Misère,

Lire Ion laire, L'héroïsme a passé par là,

Lire Ion la ! »

Egoïsme, arrière ! Je veux Te marquer de ma chanson rouge.

L'espoir grandit. Le pavé bouge.

Debout, clairon ! Sonne les vœux !

C'est la chanson de la Misère;

Lire Ion laire, La Justice viendra par là,

Lire Ion la!

A François Coppée.

Le Rémouleur au pied fourchu chante

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Ja - dis, PII la paixdebf'a

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lil . les Ma -iiieu.le chantait sa chan.

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il . les Pour \a veii-daiige et la nioi^

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Mais un jour, pour un peu de

1er , re, Deux tri. luis en vin.rent aux

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guer . iv: La faux mois.son . ne les hu

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pas le Ré-moii .leur! Les cou . féaux, les ci .

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moi, tout de . vient meil leur..

12 LA CIIANSOX DU RÉMOULEUR

Jadis, en la paix des familles, Ma meule chantait sa chanson; J'aiguisais serpes et faucilles Pour la vendange et la moisson.

Mais un jour, pour un peu de terre, Deux tribus en vinrent aux mains.

J'aiguisai la faux de la guerre :

La faux moissonna les humains.

Mes bons messieurs, mes bonnes dames, N'oubliez pas le rémouleur!

Les couteaux, les ciseaux, les lames.

Grâce à moi tout devient meilleur.

Ce que j'en ai fourbi d'épées!

Un peuple après l'autre s'en sert.

Bon Dieu! si les têtes coupées Pouvaient parler, quel beau concert!

Chacune à mon art rendrait grâces D'avoir tranché vif leur orgueil Et tous les préjugés de races.

Qui ne font la paix qu'au cercueil.

LA CUAXSON DU RK.MOULEUR 13

Mes bons messieurs, mes bonnes dames, N'oubliez pas le rémouleui'î Les couteaux, les ciseaux, les lames, Grâce à moi tout devient meilleur.

Bref, je rendis un tel service Au monde en purgeant son péché.

Qu'au nom de la Loi, la Justice M'a remis son glaive ébréché.

C'est un couteau triangulaire; Je l'ai poli. C'est un plaisir.

Ça vous coupe la jugulaire :

On n'a pas le temps de souffrir.

Mes bons messieurs, mes bonnes dames, N'oubliez pas le rémouleur !

Les couteaux, les ciseaux, les lames.

Grâce à moi tout devient meilleur.

Ma meule a soif, et mon eau s'use.

Ma meule a soif ; l'eau va tarir.

Voici bien des ans que l'eau fuse Sur la pierre pour l'attendrir.

Sans eau, comment tremper les armes?

Vous tous, qui voyez mon malheur, Versez goutte à goutte vos larmes Sur la meule du rémouleur.

Mes bous messieurs, mes bonnes dames, N'oubliez pas le rémouleur !

Les couteaux, les ciseaux, les lames.

Grâce à moi, tout devient meilleur.

LA CHANSON DE L'OUBLI

LA CHANSON DE L'OUBLI

A Jules Lemaitre.

Un philosophe chante:

Andatitino

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Quel'ais-lu la vieux lisse

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^Mand. Que les ai . Ips de la iiuil

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LA CHANSON DE L OUBLI

Je leur pro . niel . tais mes peu .

se . es; Voi . ci l'amour en . se .ve.li

Que fais-tu là, vieux tisserand ?

Que trames-tu, si tard, dans l'ombre?

Quel est ce drap plus noir, plus grand Que les ailes de la Nuit sombre ? — C'est le linceul noir de l'oubli, L'oubli des amitiés passées; Je leur promettais mes pensées :

Voici l'amour enseveli ! —

Dis-moi, tisserand diligent.

Pour qui cette toile si blanche.

Où le lys et l'aigle d'argent Semblent périr sous l'avalanche ?

20 LA CIIANSOX DE l'OUBLI

C'est le linceul blanc de l'oubli, L'oubli de ceux que froisse et brise Le règne qui me favorise.

Voici le lys enseveli ! —

Et pour qui donc, vieux tisserand, Ce linceul rouge qui tressaille Comme on voit, au soleil mourant.

Tressaillir un champ de bataille ? — C'est le linceul rouge d'oubli, L'oubli de ceux qui sont esclaves.

Pour que je vive sans entraves Voici leur droit enseveli. —

Arrête ! Vieillard, sans fierté, Ta toile a fait le tour des âges.

Pour tisser une liberté C'est trop de morts et de servages!

M'arrèter, non ! Je suis l'Oubli, Je suis celui qu'en vain l'on prie.

Il faut pour que demain sourie Qu'hier soit vite enseveli. —

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