L AGO-ME DE L ARTISTE
Je n'aurai plus un seul baiser.
Nous n'irons plus au bois, mesdames.
Et les hommes sonl nés des femmes.
Du noir ! Mon cœur va se briser.
Le mal est près de m'épuiser.
Sur mes cheveux la neige tombe ; La neige tombe sur ma tombe.
Du blanc ! Mon cœur va se briser.
Voici mon cœur paralysé.
Jésus s'en allait à l'école Portant sa croix sur son épaule !
Du jour ! Mon cœur est tôt brisé !...
Voici mon amour épuisé...
Adieu la vie ! Adieu chimère !
Berce-moi dans tes bras, ma mère.
La nuit ! La nuit ! Mon cœur... Brisé !
r.VifB'-ii ^i'iy-'-Vûi7:.y*''
■^'-S'-'-" oir-'--'^"
A Jean Lorrain.
Un assassin chante
Pok
J-lr-J J'U-J J
Ce . lait sut les bords de la
Allegretto
te^
Sel . lit
Vo . giip ma clian son
i'' ii;-; j ]^ ^ ^
Dans la nuit mal
sai . ne' Rif
F ^'^J J^ JlJ' [TT-ff
lait sur les bordstout fleuris De luneel d'i ris
Celait sur les bords de la Seine, — Vogue, ma chanson, dans la nuit malsaine! C'était sur les bords tout fleuris De lune et d'iris.
C'était sur la berge, à la brune, — Vogue, ma chanson, vogue sous la lune!
C'étaient deux ombres de terreur :
Fille et souteneur.
C'était comme un soupir qui brame, — Voffue, ma chanson, vogue avec son âme! C'était un soupir qu'un baiser Voulait épuiser.
C'était comme un éclair qui brille, — Vosue, ma chanson, vogue avec la fille ! C'était un choc dans les roseaux.
Un corps sur les eaux.
C'était comme une ombre falote, — Vogue, ma chanson, vogue, vogue et flotte! C'était comme un couteau qui fuit Rouffe dans la nuit....
AUBADE ROUGE
AUBADE ROUGE
A Henry Fromentel.
Un bourreau chante
Dolv
j,!i--ik j-, J'j'/iJj'j'i:
Dans IpbrniiillarH gris rie l'aube qui
Mif M '^ ^
pieu, re. Debout condam né! Le.ve toi' C'est
ttW ^ **
rheu.re La fbuleest erouillan . If el blé . m*' d'et
froi Les lua -. tins soiU f'toids
Dans le brouillard gris de l'aube qui pleure, Debout, condamné! Lève-toi : c'est l'heure! La foule est grouillante et blême d'effroi. Les matins sont froids.
AUBADE ROUGE 99
Sur le pavé sale et gluant qui glisse, — Glisse, mon couteau! Glisse en ta coulisse! — Les bois sont montés : on n'est pas manchot! Les matins sont chauds.
Sous le porche noir vient la robe noire, — Pleure, crucifix, tes larmes d'ivoire! — Sur la bouche pâle et le cou flétri, Les matins sont gris.
Sur le buste vert la chemise est blanche, — Couche-toi, muet, sur la longue planche ! — Crac ! le couteau tombe avec le grief. Les matins sont brefs.
Sur le pavé rouge on passe l'éponge. — Roule, fourgon, roule! Et la tête songe : « Deux crimes pour un! Grâce à toi, Deibler, Les matins sont clairs. »
FERMEZ lA PORTE
A Léon Blanchot.
Un révolté chante :
Alle2;retto
Je voudrais direauN floio:ls calleux,
iJ-IJ J-
em:
Pour qui le ohôni.ige est un en me, Que loul mon
4 ^ I' JW
cœur est avec eux Con tie l'areenl qui les o)i
gnr
. pn . me Je vouciraisquon hrisàt l'Impôt
r ; nr J' '^T'r r'^r f f
Que le tra . vail tout seul suppor . 'e I Vnlends le
<fr ^ H'Ti^rlpir-tir ri i^^t
fourgon du dé. pôl A.mis, ferme? la por.le
Je voudrais dire aux doigts-calleux, Pour qui le chômage est un crime, Que tout mon cœur est avec eux Contre l'argent qui les opprime.
Je voudrais qu'on brisât l'impôt Que le travail tout seul supporte.
J'entends le fourgon du dépôt :
Amis, fermez la porte !
Je voudrais dire aux meurt-de-faim.
Vieillards que la justice oublie :
(( Tout homme infirme a droit au pain, Sans que mendier l'humilie! »
Riche, à quoi sert ton superflu ?
N'attends pas que la faim l'emporte !
Mille damnés pour un élu,
C'est trop. Fermez la porte ! *
Je voudrais dire aux sans-foyers.
Enfants martyrs sous camisole :
{( Fuyez la trique, dévoyés.
Fuyez le mur qui vous isole ! »
Si le gardien dit : « C'est trop tard » Répondez : « Trop tard! que m'importe?
Laissez-moi donc vivre en bâtard !
Et puis fermez la porte ! •
Je voudrais dire au bon curé Qui prêche les mots d'indulgence :
« Le sang de ton Dieu torturé Au fond des cœurs clame : Vengeance !
Prends le marteau du Charpentier !
Brise les croix de toute sorte !
Donne l'or de ton bénitier ! »
Et puis fermez la porte !
Je voudrais dire à mes amis, Sculpteurs d'idéal et de rimes, Que s'enfermer n'est plus permis, Lorsqu'au dehors grondent les crimes Chantons la justice et l'amour!
Le peuple va nous faire escorte.
Poète, descends de ta tour!
Et puis ferme ta porte !
EN FACE
EN FACE
A Lucien Descaves.
Ua condamné chanlc
fy'^ •■w^'^n
.1.11 rfi^Mi' . (\f h' moiidp en
Vieil . l.uii [lerolus de \,i . ni
Si
-* it
|p, Rhii . m.i. ti.s.ml de l.'i.che . Ip, Toi
f^-^J j';jM|g^^
or, qiif vfiix-tii (|iie jen (;i> . se^ Lf
=t^=fF«^
=iv=1=^
:fc;i=
(•liii-mi.'tiit (le ton
pe.iu ScrI-
il (je cm . r.i^ . se .1 l.i
.Mil'' .]
KMll ' .1 .11
f J^ J' J' mJ:
le . ^.11 - lie le monde en
(;) . re
EN FACE ! 111
J'ai regardé le monde en face.
Vieillard perclus de vanité, Rhumatisant de lâcheté, Ton or, que veux-tu que j'en fasse?
Le clinquant de ton oripeau Sert-il de cuirasse à ta peau ?
J'ai regardé le monde en face.
J'ai regardé la femme en face.
Son regard a fui mon regard ; Mais j'ai lu dans son œil hagard Le roman, depuis la préface Jusqu'au dénoùment criminel :
Mensonge éternel et charnel !
J'ai regardé la femme en face.
J'ai regardé le juge en face.
Certain d'abord d'être perdu, Je ne me suis pas défendu.
A quoi bon mendier sa grâce !
Le cuir est fait pour le tanner; Le code est fait pour condamner, J'ai regardé le juge en face.
112 EX FACE
J'ai regardé la geôle en face.
La solitude avant la mort.
C'est pour qui se sent vraiment fort
Le seul bien qui vous satisfasse.
Au seuil de l'éternel repos
Voici l'acte de bon propos ;
J'ai regardé la geôle en face.
J'ai regardé la mort en face :
La faucheuse alors m'a souri.
Et je me suis senti guéri De tous les péchés de ma race.
Si Ton veut qu'il puisse nourrir L'épi sous la faux doit périr.
J'ai regardé la mort en face.
LKS VENTRES
.1 Léon Barracarid.
Un affamé chante
Allegretto
ê^'^''t ' !'• ri'^
Clianlons le ven . Ire des bour.
-geois, Plus gros que le ven.li'e des rois, Ven.
fr f J'iJ' U ir ^ p
Ire un, ven.tie fleux, ven -Ire trois! Chan
. tons le ventre et son eiii . pi . re! Chan.lons les
rz=i:l=jË
^ ir MIT ^ ^^^^^
de.sirs .1. uai . ses Des ventres des bourgeois ai.
fr"''r ^ p IP n^^
Qui font comme un bruil de bai
sers. Chantons le ven. Ire qui sou , pi . re!
Chantons le ventre des bourgeois Plus gros que le ventre des rois, Ventre-un, ventre-deux, ventre-trois, Chantons le ventre et son empire !
Chantons les désirs apaisés Des ventres des bourgeois aisés, Qui font comme un bruit de baisers.
Chantons le ventre qui soupire !
Salut aux ventres-directeurs !
Sur leurs ronds-de-cuir protecteurs, Ils prennent des airs d'inspecteurs Durs à ceux qui n'ont pas de panses.
Ventre, qui murmures : demain !
Au malheureux qui tend la main. Sans ventre, le long du chemin, Ventre, dis-nous à quoi tu penses !
Honneur aux ventres coffres-forts !
Ventres-sacs, ventres gonflés d'ors.
Ventres des financiers plus forts Que les blagues de la fortune ;
Ventres-magots, ventres-marrons, Ventres-barons, ventres-larrons, Ventres percés de nombrils ronds, Symboles du trou dans la lune !
Gloire aux ventres nobles ! Sait-on Que pour le galbe du téton Ils évitent le rejeton, Narguant les familles épiques.
Mais quand viennent leurs quarante ans Ils grossissent longtemps, longtemps, Si longtemps qu'un soir de printemps Ils éclatent tous hydropiques !
Pourboire aux ventres des cochers !
Prenez garde ! vous décrochez Vos boutons d'or mal encoches.
Ventres-larbins, parfumés d'ambre !
Ventres blasonnés et blasés, Ventres bleus, ventres mal rasés Ventres de melons écrasés.
Honneur aux ventres pots de chambre !
Pitié pour les ventres honteux !
Reposoirs des calamiteux, Ventres, berceaux des marmiteux, Ventres lourds de progénitures !
Vous vous heurtez à tous les chocs, Vous scandalisez tous les frocs, Mais vous portez comme des rocs L'espoir des justices futures !
A Octave Mirbeau,
Un prolétaire chante
Allesrretto
C ■ ■ :=^^=^:^=g= IT ff f
La na.tu.re, ma me . re, un
fc
jourmestap.pa.ru — e,-.J ai cru les-hommes^fousde
l J j-Ki-'j iTif r ^'-^'^ ■^'
ne l'avoir pas cru .e '.«Mon fils,m'a-t-el. le dit, je
jS> j'j-J"^'^- ^'if ff piJ'r- ^ I
eux que ta chanson Por. te à chaque opprime l'es-
. poir de sa rançon! Quand je les en. fan .lai, les
g r r ' F ip ^^
hommes e.taient frè.res; Us avaient lebonheur: ils
pi j) j. j> J I j, I J' J' ji J
ont t'ait les mi . se .res. Le Pauvre n'a plus droit à
èA
Large
?g=ri( S f
ce qui fut soiibieii, Et le riche ayant
y II" r •" r 1- 1 r n i^
tout, ne sait comprendre rien
La nature, ma mère, un jour m'est apparue. J'ai cru les hommes fous de ne l'avoir pas crue :
(( Mon fils, m'a-t-elle dit, je veux que ta chanson Porte à chaque opprimé l'espoir de sa rançon.
Quand je les enfantai, les hommes étaient frères : Ils avaient le bonheur. Ils ont fait les misères!
Le pauvre n'a plus droit à ce qui fut son bien, Et le riche, ayant tout, ne sait comprendre rien. »
(( Voici l'or du soleil et voici l'or des plaines : Voici l'argent des lys et la neige des laines.
Voici le vert des bois, voici l'azur du ciel ; Voici les fruits de chair, voici les fleurs de miel.
Tous avaient tout cela. Tout cela n'était guère ! Et tout cela n'est plus qu'un long sujet de guerre.
Le pauvre n'a plus droit à ce qui fut son bien. Et le riche, ayant tout, ne sait comprendre rien.
« Chaque goutte de lait qui pend à mes mamelle? Fit les hommes jumeaux et les femmes jumelles.
Chaque goutte de sang qui sort de mon cœur for' Ne coulait dans leurs cœurs que pour le noble efîorl .
Et voici que le meurtre au meurtre coïncide, Et l'homme est devenu le seul être homicide.
Le pauvre n'a plus droit à ce qui fut son bien, Et le riche, ayant tout, ne sait comprendre'rien.
« Écoute : Nul ne doit périr pour qu'un prospère : Car nul n'a pu sans crime exproprier son frère.
Nul ne doit abuser de ce qui vient de moi : Car nul n'est à lui seul le gardien de ma loi.
Nul n'adroitàrexcès quand le peu manque à l'autre, Nul ne peut dire «mien» quand il faut dire «nôtre».
Le pauvre n'a plus droit à ce qui fut son bien. Et le riche, ayant tout, ne sait comprendre rien. »
A Raymond Poincaré.
Uu bourqeois chante :
Moderato
Tlrrr
rr^^^^-?
Le peu. pie dit •• " •' t^
^e du plai - sir; Pil . Ions, vo . Ions' Guei
à ma fan. lai . si . e Cestleseul Inen, eon
ten . 1er mon dt
droit,.
ei . flâneur Peu . pie, à bien
M \IP Pli . 1h/, vO - IfZ,
les lié lion
Msl \'iii . CI du
Inxt' et (|p l'or à la li
' • It
»'. Voi . ci K>
r Ji-J.'-i
Hipn.
Pre - nez, n'en lais . sez pas?
Le peuple dit : « J'exige du plaisir!
Pillons, volons ! guerre à la bourgeoisie !
Je veux manger, boire à ma fantaisie.
C'est le seul Bien : Contenter mon désir! » —
(( Vous avez droit, seigneur peuple, à bien vivre. »
Pillez ! volez ! Faites de bons repas !
Voici du luxe et de l'or à la livre ;
Voici le bien. Pillez ! ÎN'en laissez pas! »
Le peuple dit : « Je veux l'art non banal ;
Brisons le cadre et la photographie !
Fi de l'image où l'art se falsifie!
Je suis le maître et veux l'original ! » —
(( Vous avez droit, seigneur, à l'art suprême :
N'est-ce pas vous que Gallot dessina?
Prendre un Gallot, c'est vous rendre à vous-même.
Voici le beau. Prenez, iils de Nana ! »
Le peuple dit : « Je vais donc m'afîranchir Du joug trompeur d'un dieu, folle chimère. Moi, fils de Dieu ! Quelle blague, ma mère ! Dieu n'est qu'un nom qu'il faudrait rafraîchir. (( Vous avez droit, seigneur, au nom d'athée. Soyez savant ! C'est là l'essentiel ; Vous êtes Dieu ! Vous êtes Prométhée.
Voici le vrai ! Captez le feu du ciel ! ))
Le peuple dit : « J'aurai donc tous les droits Le vrai, le beau, la richesse opportune.
LE MOT PASSÉ 13c
Tout m'appartient. N'ai-je, dans ma fortune,
Rien oublié pour être roi des rois ? » —
(( Vous avez droit sur tout, seigneur, mon maître.
Vous n'avez rien omis dans votre avoir,
Rien, presque rien, un petit mot peut-être,
Un petit mot de rien : Votre Devoir! »
LA DERNIÈRE RASTILLE
/^*.^.,.,. /^,,...'JC
LA DERMÈRE BASTILLE
^4 Georges Montorgiicil.
Un enfant pauvre chante, le soir du 14 juillet
, Allegretto
Pèj'e à Te' . coJe, on nous ra.
-con . . te, -C'est dans un beau li . vre tout
é^"'Mi J' F i\^^
if Que le peuple en qua - tre -vingt-
■l \J ^ r r NiiJ'l J'
-llful'.
A pris la Bas- tille . Est-ceun
ufc^fj -
^ ft ^
r r ir- r
con - te?
éV^
- ter . ni . te!.
E . ea . li - té! fra .