GENRES XI
minces contre le clergé, accusé de dissolution, de cupidité et de simonie. Le couplet i fait allusion aux revers éprouvés en Languedoc par Amauri de Montfort qui, après avoir perdu le Biterrois et l'Albigeois (12 19), fut réduit à offrir à Philippe-Auguste ce qui lui restait de ses conquêtes (1222). Cette datation est confirmée par l'allusion (couplet n) à la chute de Damiette (8 sept. 1221), que l'opinion publique fut unanime à attribuer à l'ingérence du cardinal Pelage et à ses dissensiotis avec Jean de Brienne ' . L'auteur s'autorise d'un propos qu'aurait tenu sur ce sujet « le bon roi », c'est-à-dire sans doute Philippe-Auguste (mort le 14 juillet 1223). Dans la « chanson des ordres », écrite vers 1260 (voy. à l'Index des noms), Rutebeuf raille, avec une malice non exempte d'amertume, la passion du saint roi pour les congrégations ; les plus maltraitées sont celles des Dominicains et des Franciscains *. L'auteur de la pièce IX, d'un ton au reste beaucoup plus âpre, rend hommage au contraire aux vertus des deux grands ordres mendiants et réserve ses traits aux Bénédictins, au haut clergé et à ses suppôts.
La troisième section (contre l'amour) fait défiler sous nos yeux bien des banalités ; la plupart des auteurs allèguent pour vitupérer « Amour » une désillusion personnelle, ce qui n'empêche pas quelques-uns d'entre eux de se déclarer prêts à rentrer à son service (XIV, XV, XIX). Les pièces XVI, XXI (et en partie XXII) balancent plus ou moins adroitement des antithèses sur la toute puissance et les effets contradictoires de l'amour ; c'est un thème qui apparaît fréquemment dans la poésie didactique du xme siècle 5. Plus originales, au moins par la forme, sont les
1. Les mêmes accusations se retrouvent dans le fameux sirventes de Figueira (D'un sirventés far, v. 30, éd. Levy, p. 36), dans le Besant de Dieu de Guillaume le Clerc (éd.Reinsch, v. 2547 ss.), dans la Vie de sainte Lêocade (Méon, Fabliaux, ï, 300). L'auteur de la Complainte de Jérusalem (Bartsch -Horning, col. 373) va plus loin et accuse nettement le cardinal de trahison.
2. Le couplet v rappelle de très près une des strophes les plus acerbes de Peire Cardinal : Aras van peiras lansan A Vautra gen, E tenon per publican Cel qnis de/en (Un décret faite, c. ni, dans Raynouard, Choix, IV, 440).
3. Voy. notamment le Chastoicment des dames de Robert de Blois ( Méon, Fabliaux, II, 213) et un passage du Roman de la Rose (éd. Michel.