AVIS IMPORTANT
Les poésies contenues dans ce volume sont la propriété exclusive de MU. Enoch et C^e. jj ,,^ fonnellenient interdit de les publier, avec ou sans musique, sans autorisation spéciale des auteurs et des éditeurs.
Cliché Caulin et Berger. — Pari»
PAUL DELMET
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Le moineau qui piaille sa joie, sautillant de branche en branche ; l'orgue qui traîne par les rues la valse douloureuse, souvenir d"un moment heureux de la jeunesse ; l'amant délaissé qui pleure et désespère ; la maîtresse coquette qui passe dans votre vie et. lasse, s'enfuit riant; quelques lambeaux du cœur laissés aux ongles des aimées ; un ruban, un gant de celle qui vous a menti et trahi à plaisir; l'exhumation de tout ce petit fatras fait de notre folie et de notre crédulité; enfin tous les chagrins de l'Education sentimentale : chansons tendres 1
Le matin de printemps où l'on vogue vers des solitudes ombrées ; les rives que Ton suit, les doigts enlacés, brûlants de fièvre, disant en leurs étreintes ce que les lèvres n'oseraient murmurer ; et promesses et serments, aveux jurés, mentis sur ces lèvres : chansons tendres !
La course dans les bois ; le cache-cache, tout comme les enfants ; la première violette, la plus minuscule feuille de lierre découvertes ; le baiser surpris, repris ; lebaiser conquis, le baiser donné ; la gloriette enfeuillée de pourpre où l'on boit du vin frais à plein verre et des filles à pleins yeux; les chevaux de bois, la balançoire, la musette où l'on danse au son d'une clarinette déchue et d'un trombone faussé la troublante mazurka et l'amoureuse valse ; la belle qui se jette dans vos bras implorant la conquête : chansons tendres !
Le soir qui tombe le long des berges, les amants enlacés revenant par bandes joyeuses ; les cris, le refrain étouffé d'un baiser; la grande lune immobile qui en a vu passer tant et tant et semble sourire, narquoise, aux couples heureux, pensant aux larmes de demain ; les étoiles qui scintillent et rendent songeuse l'aimée dont on presse la taille, l'aimée qui murmurant le « je t'aime » banal, le regard perdu au ciel, rêve déjà de l'autre, qui lui offrira pour la séduire de semblables joyaux.
Et ces bateaux, qui tels de grands fantômes, glissent silencieux, reflétant dans la moire des flots leurs feux multicolores ; le chant du batelier guidant la lourde péniche qui apparaît, passe lentement et s'enfonce dans la nuit, portant en ses flancs toute une petite famille d'humbles dont le palais est fait d'une cabine coquette, — le parc, de quelques arbustes toujours verts, — et dans la volière un serin qui s'égosille tant que dure le soleil : chansons tendres!
Les bois c^ui frissonnent à la bise; les grands parcs abandonnés dont les ormes séculaires pleurent le long des nuits les splendeurs disparues ; les statues mutilées par les temps, léprées de lichen, qui semblent s'effriter à plaisir, lasses d'attendre des jours plus riants, le faste d'autrefois et des femmes plus belles; les palais qui s'écroulent, les bosquets, jadis témoins discrets de si douces amours, aujourd'hui disparus sous la ronce et le chardon; les vasques de marbre dont les cascadilles sont taries pour jamais ; les tritons joufflus, soufflant en leurs conques muettes comme pour jeter un dernier cri de détresse ; les parterres saccagés, les allées défoncées, et sur tout cela des nuées de corbeaux et de pies ; enfin toute la tristesse des Trianons déserts: chansons tendres!
La cloche qui sonne, la rafale qui secoue la fenêtre; la neige, le vent, la pluie, le soleil, la feuille qui pousse, la feuille qui tombe, la fleurette qui s'entr'ouvre, tout est chanson tendre au cœur du poète, parce que la nature ellemême est une chanson tendre, et que tout est dans la nature !
Ris, gueuse au front magnifiquement casqué d'ébène ou auréolé d'or pâle, ris donc de ton joli rire clair, ris de tes yeux pervers qui nous prennent tout entier ! Ris, car tu sais bien que ta chanson tt-ndre est composée de couplets
faits de nos larmes, de nos désespérances, de ton triomphe à toi. cynique en ta superbe de fille idolâtrée quand même, ris du hochet que tu as brisé! Cette nuit, Tamant que tu as trahi, pleure. Il baise quelques menus objets qu il t a volés aux soirs de ses malsaines joies . 11 te maudit et f appelle il meurtrit ton portrait et évoque ton image adorée ; enfin abîmé de douleur, il se jette sur le lit qui fut 1 autel où il immola à tes caprices la fleur de ses vmgt ans et cherche encore sur Voreiller le parfum de tes cheveux.
A la même heure, toi, dans quelque music-hall, au bras d'un podagre cossu qui restaure ses ruines avec Tor pur de ta jeunesse, dans la foule tu passes souriante, enivrée de ton luxe, fière de ta honte. Tu sais bien cependant qu il est un coin perdu en la cité d'Enfer où tu es attendue, ou 1 on te pardonnera à genoux, tu sais bien que par toi un homme se meurt du mal d'aimer. - Bah ! ncanes-tu : chanson
tendre !
Mais toi gentille pâquerette de faubourg, levée avec l'aurore, couchée souvent bien tard dans la nuit sous le toit paternel; toi, mignarde parisienne dont Vénus, un jour de caprice, retroussa d'une chiquenaude le bout de nez ix>se et embrouilla à plaisir d'un fouillis d'or la nuque blanche ; toi qui vas, trottinant, sautillant par les rues, tels tes frères les moineaux, aussi légère, aussi vive et spirituelle; toi qui, courbée à la tâche quotidienne, confectionnes des fleurs, ou piques ton aiguille dans des étoffes de prix ; n'as-tu pas au cœur quelque petite chanson tendre?
« Moi monsieur, ma chanson est une chanson de bonheur! Je ne connais pas l'envie, je ne connais pas la peine et ne veux plaire qu'à celui qui m'aime et que j aime.
le vis heureuse dans notre petit chez nous, entre les parents et les petits, frères et sœurs. Le soir nous rassemble sous la tranquille clarté de la lampe. Chaque dimanche,
aux beaux jours, la nichée s'envole aux champs ; mon fiancé nous accompagne. Tous deux, un peu troublés, nous faisons des projets mirifiques pour l'avenir. Au détour des allées, quelquefois, j'accorde à mon futur mari un baiser, mais le vaurien en vole bien une dizaine ; je fais mine de me fâcher et de lui rendre le bouquet de violettes qu'il m'a donné ; alors, que voulez-vous, à voir son chagrin, sachant qu'il conservera toute une semaine le souvenir de cette journée, je lui pardonne de grand cœur. Rentrée, seule en ma chambrette, je rêvasse peut-être trop; bah! le jour me trouve guillerette et je pars à l'atelier, goguenardant les galants qui me content des bêtises le long du chemin, et bientôt je reprends mon travail, contente !
« C'est-il ça, monsieur, une chanson tendre ? »
Oui, petite fille de Musette et de Mimi, c'est cela même, la chanson tendre, la chanson de ta vie !
Et couplets et refrains, c'est Delmet qui les chante.
Comme vous devez toutes l'aimer, ce grand charmeur! Combien il a fait battre vos jeunes cœurs ! vous n'avez pas à en rougir, mignonnes: nous-mêmes, les vieux, à l'apparition de ces mélodies troublantes, avons chanté comme vous le Petit Chagrin, les Stances à Manon ; et il n'y a pas bien longtemps que le soir, quelques-uns de Montmartre, nous nous réunissions dans l'arrière-boutique d'une guinguette où, le verre en main, nous sacrifiions à Delmet.
Delmet! Delmet ! on ne voulait que du Delmet! L'un de nous accompagnait au piano et nous chantions en chœur... Que de douces soirées nous avons passées là avec nos amies disparues, dispersées, arrivées !
Allons, la belle ! parcours de tes jolis doigts les touche:
d'ivoire ; assujettis dans l'or de ta chevelure la rose donnée par l'amant, et prélude :
Pour vous obliger de penser à moi. D'y penser souvent, d'v penser encore...
Et toi, coquette ouvrière, tout en tournant entre tes jolis doigts les roses de papier à qui ton petit génie semble donner l'illusion de la vie, fredonne tout bas :
Vous êtes si jolie
O mon bel ange blond. . .
Chante encore, chante la chanson de ta jeunesse, la chanson tendre qui s'envole et dont il ne restera au cœur que le refrain amer!
Léonce Burret.
Jî mes Collaborateurs, les bons poêles :
Henri Bernard, Louis Berxard, Stephan Bordèsk, Théodore Botrel, ISIaurice Boukay, Charles Bernard, André Cuadourxe, Ernest Ciiebroux, Georges Courteline, Georges Docquois, Léon Durocher, C. Fallût, Pierre KoK, E.-P. Lafargue, Germain Lux, André Magxiex, Henri Maigrot, Paul Marinier, Raphël May, Jules Méry, Bertrand Millaxvoye, Pierre Xormat, Henri Réveille, J. Richard, Armand Silvestre, Léon Sues, Emile de Valmonca,
je dédie ce recueil de Chansons Vericfres.
Paul DELMET
Aiiii Printemps
POESIE DE
Raphaël May.
Ami Printemps
Morl'"iion tioppo.
La Na t'j ielait la ti^ri raa te,C'e^t l'eiu
nui qui pla ne dans lau- 11 fait fi oidlEté, chaud IHi
ver, Les saisons ont chao-géirl de pla
ce L Au torane encor de temps en temps Re pa ,
raît malgré qu'on rat ten de — Sou vent en vain, mais le Piin
temps N'est plus hé las qu'une lé gen de! Pour tou ,
-jours as-tu dispa ru? Ami Pnntemps,où donc es- tu?
Ami printemps
La nature fait la grimace :
C'est l'ennui qui plane dans l'air.
Il fait froid l'Été, chaud l'Hiver :
Les saisons ont changé de place.
L'Automne encor de temps en temps Reparait malgré qu'on l'attende Souvent en vain, mais le Printemps N'est plus, hélas! qu'une légende!
Pour toujours as-tu disparu ?
Ami Printemps, où donc es-tu?
Saison où le buisson bourgeonne Qui réveillais la volupté, En tout tu l'avais mérité Ce nom d'ami que je te donne.
Lorsque l'on entend ta chanson Maintenant, ta voix qui tremblote, Au cœur fait passer le frisson ; L'Amour en l'écoutant grelotte !
Pour toujours as-tu disparu ?
Ami Printemps, où donc es-tu?
Sous ton enivrante caresse, Tous les vieux semblaient rajeunir ; Lui parlant d'espoir, d'avenir, Tu souriais à la jeunesse.
Avec tes beaux jours envolés, Par crainte d'être ridicules, Croyance et Foi s'en sont allés.
On ne voit que des incrédules !
Pour toujours as-tu disparu ?
Ami Printemps, où donc es-tu?
z\mi Printemps aux doux mystères. Avant que vienne Messidor, Nous t'attendrons : reviens encor !
Reviens pour bercer nos chimères ;
Fais pousser les feuilles aux bois, Chanter les oiseaux dans les branches.
Nous aimerons comme autrefois.
Et nous aurons de gais dimanches.
Pour toujours as-tu disparu ?
Ami Printemps, où donc es-tu ?
Chanson frêle
POESIE DE
Maurice Boukay.
Ail /* non ti'oppo
1^ '^ ^'' j^ Un /n
Vous semblez u^ne ro.se <io . se Qni
fut un lys et s'en sou vient: Au
yHl'c ,ff J\ J:iJ H p ^
raoin die fiis son qui ^ sur vient, Sous la can
serablez u ne io se lo
Chanson frêle
Vous semblez une rose rose Qui fut un lys et s'en souvient :
Au moindre frisson qui survient, Sous la candeur la rose est rose...
Vous semblez une rose rose.
Vos yeux sont deux perles d'opale Où tremblent deux gouttes d'azur, Tel qu'un reflet du ciel moins pur Suffit à troubler leur bleu pâle...
Vos yeux sont deux perles d'opale.
Votre lèvre est la sensitive Qui s'effarouche d'un baiser, D'un baiser qui voudrait oser, Et s'envole, abeille craintive...
Votre lèvre est la sensitive.
Votre amour est tel que je l'aime Il se dérobe à tous les yeux, Rose ou lys, lys mystérieux, Votre amour a peur de lui-même Et voilà pourquoi je vous aime !
Beau Page
POESIE DE
Pierre Normat.
'< C'est la paiic ciiic te sa main • ^atamc ouvrit bicr au livic, 1P. C.
Beau Page
Allegretto.
Beau pa.ge cdi tes-raoi,beau pa ge, Pour.
^ Jy; J'J' j-jiij >j,ijji> J' ^
, quoi dans le fond du manoir, Peii-ché sui' le vieux missel •rail.
j,^ r/ ij'i^ > 7- J' I j'
noir, Re li sez-vous la raè . me
/^ a Tempo.
l J ^ i'ijM-^'^ ? ^' W . J
pa - ge? C'est la pa.ge que de -sa main Ma
dame ouvrit hier au li vre Et son doux parfum qui m'en
j,h r^B.J li'yi-^jv^^h
i 'vre Y flotte en.cor le leii de , main .
Beau page, dites-moi, beau page, Pourquoi dans le fond du manoir, Penché sur le vieux missel noir, Relisez-vous la même page ?
C'est la page que de sa main Madame ouvrit hier au livre Et son doux parfum qui m'enivre Y flotte encor le lendemain.
Beau page, dites-moi, beau page, Pourquoi dans le fond du manoir Penché sur le vieux missel noir, Frissonner à la même page ?
Les lignes que ses yeux lisaient Me font revoir encor madame, Je retrouve un peu de son àme Aux mots d'amour qui la grisaient.
Beau page, dites-moi, beau page.
Pourquoi dans le fond du manoir,
Penché sur le vieux missel noir, Pleurez-vous à la même page ?
Dans le vieux livre délaissé Je retrouve son cœur frivole
Au feuillet que, de sa main folle, En souriant, elle a froissé.
Pleurez, frissonnez, mon beau page, Quand l'avenir est triste et noir.
Il est doux, au fond du manoir, De relire une vieille page.
Chanson libertine
POESIE DE
J. Richard.
Il fait bien froid dehors.
enoiiiie; Le vent bouf.fle.
^ Ji JH J J \ J'
le vent d'au tora ne, Dans
^b ^ ^ ^ J'JJUJ; J-'IF p^ p^
ton aLcôve enfeinioas-nous. Nous en fe.rons u ne 'ca
lair.
4^ J J W' hJ' > J^ j> j, ji
chet tç Fai te de bleu tiès tendre et
doux.
Un iiid d'a raour, ma rai - gnon, lall.
net te, Dans ton al cove eu fermonb - nous.
Chanson libertine
Il fait bien froid dehors, mignonne :
Le vent souffle, le vent d'automne.
Dans ton alcôve enfermons-nous.
Nous en ferons une cachette Faite de bleu très tendre et doux, Un nid d'amour, ma mignonnette..
Dans ton alcôve enfermons-nous.
j'aime l'ombre voluptueuse.
Mets-toi plus prés, plus près, frileuse, Dans ton alcôve enfermons-nous !
Mets ta tête mignonne et blonde Sur mon cœur plein de baisers fous, Et rêvons d'être seuls au monde...
Dans ton alcôve enfermons-nous.
Ta chemisette est parfumée, \'iens dans mes bras, ma bien-aimée ; Dans le duvet blottissons-nous ; Je connais de lentes caresses...
Je te dirai des mots trcs doux, Mon cœur est fleuri de tendresses...
Dans ton alcôve enfermons-nous.
De la brise entends-tu la plainte ?
Rideaux tirés... lumière éteinte...
Dans le duvet blottissons-nous.
Donne-moi tes lèvres de roses, Tes baisers parfumés et doux, Et dans la nuit,... taisons ces choses. Dans le duvet blottissons-nous.
Confession
POESIE DK
André Chadourne.
et raa len diës se ResT-
U-hoiit Jes mé-nws sans ces» ^e.^ Ne metiei»
pas! Il faut, hé las!chaque se mai ne, Ot>
p«iuf le rnoin<< tKacfue quinzaine, (jue niun fi4 amour se pio.
rae
• A d'au ^ lies biai,.
Confession
J'ai beau te dire, ô ma maitresse, Que mon amour et ma tendresse Resteront les mêmes sans cesse,
Ne me crois pas !
Il faut, hélas ! chaque semaine, Ou pour le moins chaque quinzaine, Que mon fol amour se promène
A d'autres bras.
Que ça te laisse froide ou triste, A mes goûts jamais ne résiste.
Tu le sais bien ! je suis artiste...
Ne m'en veux pas !
Après une course volage.
Peut-être que demain, plus sage, Tu me verras vers le bocage
Tourner mes pas.
Alors, pardonnant à ma faute, Laisse-moi revenir ton hôte :
Et si je m'assieds côte à côte,
Ne t'enfuis pas !
Mais en face de la nature.
Assis sur un lit de verdure, Célébrons cet amour qui dure
Jusqu'aux lilas.
Le Cœur du Poète
POESIE DE