‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 103 sur 167 · SONNET CL · texte numérisé non relu

SONNET CL

Non, Dieu n'a pas donné Ja puissance aux poëtes, Pour faire à nos regards grimacer les démons, Et, raillant sans pitié tout ce que nous aimons, De doutes et d'ennuis remplir les pauvres têtes.

Autre est leur mission. Héritiers des prophètes. Qu'ils aillent retremper à la cime des monts La céleste espérance où nous nous consumons. Que leurs chants soient l'écho des angéliques têtes.

Certes, s'il est un crime indigne de pardon, C'est celui qui, du ciel souillant le plus beau don. Aux voûtes de Tenfer enfouit l'harmonie ;

C'est l'abdication de ces rois de l'esprit

Qui, sous l'orgueil terrestre abaissant leur génie.

Soumettent à Satan les fils aînés de Christ.

SONNET CLL

Que les heures sur nous se traînent lentemeni. Et des ans écoulés qu'il survit peu de chose ! L'avide impatience et le regret morose Nous abusent ainsi jusqu'au dernier moment.

Que le passé du moins soit un enseignement. Loin du maigre avenir où la terre est enclose. Aux éternels espoirs quand l'esprit se repose. L'âge n'a plus de sens, et le sablier ment :

Car le fleuve des jours ne connaît point de digue. Ses flots se tiennent tous. L'homme en vain se fatigue A vouloir en compter les ondulations.

Le temps n'est pas la vie, et nous avons notre ànir A sonder. Veillons-y. N'encourons pas le blàmo De la laisser combler aux viles passions.

SONiNET CLII.

0 mes sœurs, quand, lassé des luUes infécondes Où la vie à plaisir me roule et me pétrit, Je sens dans mon cerveau tournoyer mon esprit. Comme un oiseau blessé que fascinent les ondes;

Fuyant alors Paris et ses clameurs immondes, J'accours auprès de vous ; et votre œil qui me rit. Votre salut charmant à Tinstant me guérit Du fiel dont me souillaient mes souffrances profondes.

Content que vous m'aimiez, pour toutes mes douleurs.

Faible, je n'ai jamais sollicité vos pleurs.

Vous savez, vous aussi, qu'on soutîre sans se plaindre.

Je vous vois : c'est assez, magnanimes enfants.

Et mon cœur désormais n'a plus besoin de feindre,

Pour délier du sort les assauts triomphants.

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