‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 116 sur 167 · SONNET CLXXII · texte numérisé non relu

SONNET CLXXII

J'aime dans les forêts à retrouver ma trace, A amener mes pas par le même chemin : Les saisons de plus près m'y découvrent leur face, Et le sol prend pour moi quelque chose d'humain.

Des arbres et des fleurs je reconnais la place ; Je sais des papillons oii s'accomplit l'hymen, Et ce que chaque toufl'e et la moindre crevasse, La moindre flaque d'eau révèle à l'examen.

Ainsi fait ma pensée, et dans le même moule. Sans chercher d'autre issue, elle-même se coule. Variant seulement le métal et l'emploi.

Vers les mêmes amours ainsi mon cœur gravite, Et, s'il n'a pas encore accompli son orbite, Il ne peut désormais en renier la loi.

S(L\>ET CLXXllI.

Ainsi la iiiandragoie aux corolles austères. Malgré ses doux parfums et ses fraîches couleurs, A vu les papillons déserter de ses fleurs l.es stigmates mielleux et les jaunes anthères:

Sur ses tissus féconds en suaves mystères, Où pétille l'argent de la rosée en pleurs, J'avais laisséj du hel de mes jeunes douleurs. S'envenimer un jour les gouttes adultères ;

Mais la tache, aux rayons d'un soleil plus direct. Disparaît. Venez donc, sans rien craindre d'abject. Ailes d'or ou d'azur, aborder cette plante.

Vainement elle aurait, victorieux trésor, Enivré sur son sein l'abeille vigilante; Du plus stérile amour elle a besoin encor.

SONNET GLXXIV.

Ce n'est plug seulement le grand aigle et le cygne Qui provoquent l'augure et tournent dans lescieux Tous les moindres oiseaux, tous ces insoucieux Qui parfumaient leur aile au chemin de la vigne,

Et ceux qui, picorant la framboise et la guigne. Confièrent auv vergers leurs nids ingénieux. Tous, fuyant aujourd'hui les abris captieux. Des sublimes voiliers suivent l'exemple insigue.

Où vont-ils? Nul d'entre eux ne le sait bien encur. Ni quel astre attendu doit régler leur essor; Mais le vent est venu les soulever de terre :

IMus d'un retombera sur les rochers Iranchanls. Et sans doute il le faut, pour que l'épreuse auslèn^ De ceux qui poursuivront autorise les cliauls.

SONiNET CLXXV.

Oui, vous avez raison : si, pour être poêles, 11 faut tout renier, et le trône et l'autel, Et le culte sacré du malheur paternel.

Avec le souvenir des antiques conquêtes.

Nous ne le sommes pas. Vos lauriers à nos tètes Ne ceindraient, à ce prix, qu'un opprobre immortel. Plus que la gloire encor le devoir éternel Nous ordonne le deuil et l'oubli de vos fêtes.

Votre arrêt cependant peut n'être pas certain ; Mais, quand il le serait, il frapperait en vain Des lutteurs engendrés sous le vent de la hache.

Ni le sang qu'ont versé les pères sous vos coups. Ni les larmes des lils, et c'est assez pour nous. Aux blasons des aïeux n'imprimeront de tache.

SONNET CLXXVl.

Le jeune honune éprouvé, désormais hors de i>ag(% A scellé sur ses reins l'armure des combats. Du chemin qu'il doit suivre il ne se trouble pas : Car il a devant soi, pour guider son courage,

l'ne étoile qu'en vain couvrirait le nuage; Son épée aimantée avertirait son bras.

Cet astre, c'est la foi. Dieu voulut (ju'ici-bas In p(Me répondit atout pclerinnge.

Ainsi va le guerrier, ennemi du repos.

La foule ne connaît de lui ([ue ses travaux,

Et toujours aux clameurs le rencontre i^q^(ls^;ibl('.

Il oppose aux regards un xisiige de fer; Maison ne peut loucher sa |)oitrine inflexible, Sans v faire aussitôt ravonner un éclnir.

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