SONNET CLXXXII
11 naquit, il grandit dans Tantique demeure Où son père vivait, où mourut son aïeul. L'ne enfant de son sang, qui n'aimant que lui seul, D'une union promise attendait venir l'heure.
11 avait dans ses mains tous les biens que l'on pleure, Quand on les a manques, jusqu'au bord du linceul. Il partit. Un torrent le prit comme un glaïeul : C'était l'exil sans trêve et jusqu'à ce qu'on meure.
11 est mort sous un toit étranger, sans avoir, i
Un instant, discuté la rigueur du devoir, , Ni pesé sa fortune avec sa conscience.
Certes, ce qu'il perdit, on a pu le rêver ; '
Mais, j'en crois fermement sa noble expérience, i Tout le bonheur est dans ce qu'il sut conserver.
— ir>2 — rhythmh: \xk
Je porte dans mon Ame un deuil immense et sombre, Oui recouvre lui-même et ma vie et mes jours, Et qui n'a pas permis qu'aux replis de son ombre Pussent, dans mon printemps, s'abriter les amours.
Jérémie, Isaïe, ô désolés prophètes, Vous saviez, vous saviez ce qu'on soufîre à pleurer Sur sa race vaincue, en assistant aux fêtes Dont toujours la victoire aime à se décorer !
Ossian, tu savais, ô vieillard gaélique, De quels embrassements vous étreint le passé, Lorsque de votre peuple, au tombeau fatidique. Le sang et l'avenir est à jamais glacé.
Heureux du moins l'amant, le frère de Marie! 11 lui reste un asile où reposer son cœur. Vu antre au bord des eaux, un coin de sa patrie Où l'on parle un langage ignoré du vainqueur.
iNon, ce n'est pas toujours à l'abri des tempêtes. Sous un soleil splendide et pour des chants joyeux, r/est pour le deuil souvent que naissent les poètes, Quand la nuit ou l'orage ont englouti les cieux.
Ils sont des nations les fossoyeurs sublimes:
Ils viennent, dans leurs chants courroucés ou plaintifs,
Proclamer les héros, consoler les victimes,
I t du linceul sanglant s'enveloppent tout vifs.
A quel souflle aujourd'hui livrerons-nous nos ailes? Esprit des temps passés, où vas-tu m'emporter? Est-ce vers la Bretagne et ses landes mortelles Que mon père jadis est allé visiter?
Je vois, sous la fumée et les flammes rapides, Passer, le sabre au poing, un jeune cavalier.
Cavaliers, à la mort ! ont dit les intrépides; Et celui dont je parle est parti le premier.
Plus loin, a dit l'Esprit : dans la vieille Armorique, Le sang fécond remonte après qu'il a coulé. On se souvient partout de sa lutte héroïque. Elle dort, mais son cœur est toujours éveillé.
Azincourt et Poitiers, Crécy, champs de carnage, Faut-il aller fouler vos sillons révérés, Où, les pieds sur nos morts, la moderne Carthage Moissonna par boisseaux les éperons dorés?
Aux hommes d'aujourd'hui faut-il compter ces princes Et tous ces chevahers, race illustre des Francs, Qui s'y firent tuer pour sauver nos provinces, Bien qu'ils n'en aient jamais été que les tyrans!
Il faut, a dit l'Esprit, aux hommes de colère Laisser leur injustice : un jour le temps viendra Des honteuses clameurs appliquer le salaire, Et dans son œuvre alors chacun s'abritera.
Un jour nous pousserons le cri de l'épopée. L'héi'itage est ouvert ; il ne saurait faillir. Sur le sol féodal replantant notre épée, Nous verrons de sa pointe une étoile jaillir;
Et, réveillée enfin, l'immortelle guerrière. Sous l'armure d'acier aux arabesques d'or. Dans les cieux empourprés brandissant sa bannière, Sur le cheval ailé reprendra son essor.
Aujourd'hui je t'impose un moins large voyage. Et des chants moins hautains et plus mystérieux. Ouvre les yeux, poëte, et connais ce rivage : Te pas vont se m Mer aux pas de tes aïeux.
0 sévère contrée, ô rivages saliques.
De vos vierges forêts, berceau des nations.
Quels soul'lk's uni (roul)lé les retraites antiques? Quelle ^oi\ a frappé vos populations?
Pourquoi, comme en essaims les hordes rassemblées. Les champs foulés aux pieds, les villages détruits, Et ces cris de départ débordant les vallées, Tels que des bois altiers s'y perdent tous les bruits?
Les cornes en hurlant s'appellent, se répondent. Que veulent ces hourras, ces adieux, ces signaux? Pourquoi tous ces accents qui vibrent ou qui grondent, Et les chefs qui partout vident les arsenaux?
Car la chasse, ô guerriers, ni l'aurochs en furie. N'a point dans votre sein suscité ces éclats : Abdiquant pour jamais la sauvage patrie, Ce n'est point vers le Nord que se tournent vos pas ;
Et l'on voit avec vous s'agiter pêle-mêle Les blonds adolescents, et, sur le chgir beuglant, Les femmes dont l'enfant embrasse la mamelle, Et vierges au front rose et vieillards au poil blanc.
Quelque nouveau César dont Rome craint l'audace A-t-il sur votre sol guidé ses vétérans, Et voulez-vous, pour vaincre ou pour mourir en masse, Opposer tous vos Ilots aux flots des conquérants?
Mais Rome n'en est plus à chercher des batailles : Le Terme universel a déjà reculé, Et la Louve, vieillie et mordue aux entrailles, N'étend sur ses sujets qu'un ongle mutilé.
Si la guerre est le but où marche cette foule, La voie est large encore et le combat lointain : Sans ordre, en serpentant, l'armée avance, et roule Les hommes dans ses plis, comme un vivant hutin.
Pour grossir le torrent chaque tribu se lève ; Les car(|uois sont fermés et les arcs détendus ;
Les bras les plus vaillants laissent, avec le glaive, Aux flancs des chariots les pavois suspendus.
Sous les tissus de jonc, les peaux à longues soies, Où siègent gravement les mères des Germains, Les piques en faisceaux dorment dans leurs courroies. Et les javelots seuls arment encor les mains.
Tne voix, sans chercher des promesses sublimes, A parlé de trésors et de cieux inconnus, Et, du dédain- antique oubliant les maximes, Les chefs ont à l'envi convoqué leurs tribus.
ils marchent sur le Sud : là, des plaines fertiles, Des champs ensemencés les attendent: ils vont. Ainsi qu'un ouragan, s'abattre sur les villes. Les saccager, et puis sans doute ils passeront.
De cités en cités leur valeur frénétique Étendra la ruine et la mort, jusqu'au jour Qu'un autre Marins, sous son bras athlétique, Viendra, jusqu'au dernier, les broyer à leur tour.
Marchent-ils donc ainsi s;ins vouloir autre chose Que brûler et meurtrir; et lorsqu'à leur esprit. De ces heureux climats que l'abondance arrose l'ne voix séductrice a jeté le récit,
N'ont-ils pu s'éveiller qu'à des pensers de haine. Et, d'un sort inégal ardents à se venger. Des peuples préférés n'envier le domaine Que pour l'anéantir et non le partager?
Mais snit-on qui les guide, et pourrait-on connaître Combien il faut de pas pour creuser ce chemin. Combien, pour qu'un empire enfin y puisse naître, Au sol d'une contrée il faut de sang humain?
Aux rameaux des forets la dépouille ravie Que la pluie et les vents imprègnent au rocher
JSe fait qu'y déposer les parcelles de vie Qu'un arbre plus tardif un jour doit rattacher.
Ces hommes, voyez-les : de leur terre natale
Ils livrent le séjour à qui veut y courir.
Et, se sentant poussés par une main fatale,
Tous, même les vieillards qui n'ont plus qu'à mourir.
Ils partent, sans jeter un regard en arrière; Sans avoir un regret pour ces nobles forêts, Des os de leurs aïeux demeure hospitalière Temple où la liberté divulgue ses attraits!
Seul, un jeune homme, un simple et rigide barbare, Pour s'astreindre au passé, résiste à cet élan. Et, sans rien écouter, des siens il se sépare. Pâle, le front sévère et l'œil étincelant.
Il s'appuie, immobile, aux nœuds du chêne immense Qui longtemps de sa race abrita le conseil : C'est de là que, bravant la commune démence. De ce voyage étrange il a vu l'appareil.
Tout est prêt : les essieux et les timons gémissent; La voix forte des chefs, perçant les bruits divers, Annonce le départ; les cœurs s'épanouissent; Trois salves de clameurs ont monté dans les airs.
Le jeune homme soudain s'élance; on l'environne. Il est, malgré son âge, entre tous respecté : Il est brave, il est lier, et, comme une couronne. De son âme à son front brille l'austérité.
« Où voulez-vous aller? dit-il. Quelles injures « Avez-vousà venger? A-t-on troublé vos bois, « Enlevé vos troupeaux, à d'iniques tortures « Livré les envoyés protecteurs de vos droits?
« Vos jeunes gens frappés ou vos vierges captives « Oiit-:ls armé vos bras? S'il en était ainsi,
« Resterais-je à Técail et mes armes oisives? « Notre sol est intact et n'a point rétréci,
(( Depuis que nous l'avons hérité de nos pères.
i( Regardez : le désert, autour de nos abris,
H Dresse encor ses remparts; là grondent les repaires
« De l'ours et de l'aurochs qui nous ont aguerris.
u Le fleuve près de nous roule ses eaux fécondes. ^( A vos nombreux troupeaux les herbes de ses bords (» Fournissent la pâture, et le bain dans ses ondes (t Rend, après le travail, la vigueur à nos corps.
« Que vous faut-il à tous? Un couvert pour vos tètes; « Pour vos femmes des peaux et pour vous de la chair ; « L'hydromel écumeux pour enivrer vos fêtes; « Des haches, desépieux, des chênes et du fer.
w Vous avez tous ces biens; mais il faut plus encore : « Pour apaiser vos cœurs, il leur faut des combats. « Restez donc : des périls si l'ardeur vous dévore, « Les dieux, les justes dieux ne vous oublîront pas.
« Tout jeune que je suis, j'ai vu sur ma poitrine <c Le glaive s'émousser bien des fois, et déjà « Du sang d'un ennemi j'ai bu l'odeur divine, « Qui d'enfant que j'étais en homme me changea.
« Nous combattions alors pournos sœurs et nos mères, « Pour l'honneur des enfants et la paix des vieillards, « Pour consacrer toujours ces forêts tutélaires, « Dont ceux qui ne sont plus visitent les brouillards.
K Mais non, vous êtes las de vivre sans entraves,
u Avec l'onde, les bois, le soleil et les vents :
« Vous voulez habiter la terre des esclaves,
« Et, comme eux, au cercueil descendre tout vivauls.
M Qu'est-ce que ces trésors qui peuvent vous attendre ? (i Vous l'ignorez, et tous, conuiie des insensés,
« Vous courez, sans rien voir et sans i)lus y comprendre, <> Encombrer les cliemins (|ue d'autres ont tracés. •
<* Si nous ne sommes plus qu'un peuple tributaire, *^ Qu'on me le dise : alors je ferai mon devoir. a Ainsi que des vaincus vous quittez votre terre, a Heureux de la quitter pour ne plus la revoir.
<^ Que nos vieillards encor disent à la jeunesse . « Allez et revenez; je prendrai, sans parler, a Mes armes, poui' combatti'e au gré de leur sagesse. « De semblables périls ne peuvent me troubler.
» Si je meurs, mes amis aux branches de ce chêne « Suspendront mes cheveux; et, si nul ne revient, « Il reste ces enfants dont la valeur prochaine « Assure une vengeance au sang qui les soutient. »
Le bruit s'est ranimé; le jeime homme s'arrête. Marchons; on nous attend, ont crié les guerriers; Marchons ! Mais un vieillard s'avance, et la tempête Fléchit pour un instant sous ses gestes altiers.
« Enfant, dit-il alors, veux-tu juger nos pères? c( Eux-mêmes dans ces lieux n'ont pas toujours vécu : <( Ils y vinrent de lom ; sous des cieux plus sévères (( Ils avaient habité. Eh quoi, n'as-tu pas vu
« Des oiseaux voyageurs les peuplades en route, « Quand le Nord s'est glacé, vers d'autres régions « Précipiter leur vol, pour rechercher sans doute « Du soleil qui les fuit les éternels rayons?
« Comme eux, au jour marqué notre famille entière « Se lève : seulement pour l'homme les saisons « Sont des siècles. Qui sait? de la terre première (( iNos fds peuvent un join- revoiries hoiizons.
« Mais pour nous aujourd'hui cette halte est flétrie.
« Le but seiait moins beau si nous le prévoyions.
'< Noussonmirstousd'accorfl : suis-noiisdonc. Ta pairie
« C'est ta race^ et non pas ce sol où nous passion^.
Les deux antiques sœurs, la Nuit, la Solitude, Ont du peuple nomade envahi le séjour.
La lune, adoucissant leur sombre quiétude, Vient des bois lentement exprimer le contour.
L'auréole s'accroît, et la blanche lumière
En obliques rayons pénètre les ravins,
S'élève, et, comme un flot, débordant la clairière,
Fait saillir du hameau les groupes incertains.
Du chêne solitaire elle embrasse la cime. Dans les rameaux profonds une voix a gémi, Comme si de ses fds l'ombrage magnanime Accusait le départ, de sa gloire ennemi.
Dans la pâle bourgade un seul homme respire. Des gardiens vigilants on n'entend plus les pas. Ni les abois des chiens. Le jour peut se produire ; La vie et ses clameurs ne s'éveilleront pas.
Le jeune homme est couché sur son lit de bruyères, La main sur son épée et ses traits près de lui. Un farouche sommeil a fermé ses paupières, De bonne heure il apprit à se passer d'autrui.
Au milieu du sommeil veille encor sa pensée ; Sans crainte et sans regret il contemple son sort. Il a vu, sans pâlir, partir sa fiancée : Il lui reste ses bois, leurs hasards et la mort.
Devant lui, tout à coup, un guerrier se présente, Non pas comme les siens, nu sous le bouclier, Ni les cheveux dressés et la face sanglante. Tel que se peint ses dieux le Sicambre grossier,
Mais splendide, élancé sous l'or de sou armure. Portant, comme un soleil, des rayons sur son sein : Plus que l'astre des nuits sa face est blanche et pure; Son épée est de flamme et vibre dans sa main.
— IGO —
C'est bien un dieu venu des hauteurs ininioi lell(>s : La plante de ses pieds n'a point touché le sol De riiumaine demeure, et ses deux grandes ailes Restent, la pointe au ciel, pour reprendre leur vol.
Le barbare éperdu se débat sur sa couche : il rugit; mais soudain le céleste vainqueur Fait entendre sa voix, et les traits de sa bouche Du mortel impuissant vont traverser le cœur.
« Lève-toi, lui dit-il, et pars avec tes armes; « Va rejoindre les tiens et combattre à ton rang. « Puisque la solitude a pour toi tant de charmes, « Son ombre peut te suivre au milieu de ton sang.
« Le Tout-Puissant, celui qu'un jour tu dois connaître, « Pour servir ses desseins aujourd'hui vous choisit, u Ce peuple est sous sa main dont un signe a fait naître « Aux profondeurs du nord ce vent qui vous saisit :
(( Car c'est le Dieu suprême; il voit, comme la poudre, « S'étendre sous ses pieds le front de tous les dieu\. « Il est fort et terrible : il commande à la foudre, « Et son regard embrasse et la terre et les cieu\.
« C'est lui qui devant vous fera lever la proie. « Un peuple condamné va tomber sous vos coups; « Marche donc ; maintenant tu sais où l'on t'envoie. « Vous êtes l'avenir, et la terre est à vous.
« Mais la rébellion porle aussi sa vengeance. « La science est funeste, et tu l'éprouveras: « Dans ton sein vainement descend l'intelligence; « C'est par tes yeu\ encorque tu te convaincras.
« Lorsque chacun des liens, délivré de sa tâche, « Verra s'ouvrir pour lui l'asile du touibcau, « Toi seul, tu n'obtiendras ni merci ni relâche: « Tu pourras crier grâce et suer sang et eau,
(( Tu vivras exilé, tu vivras sur la terre.
— IGl —
« Pour voir monter cet astre encore à son malin, « En suivre chaque phase^ et, témoin solitaire, « De ta race en entier contempler le destin.
« Tu verras ses combats, son empire et sa gloire, « Ses cnmes, ses revers, son supplice, et souda'în « Son nom, ce nom puissant, pâlir dans la mémoire, « Et tomber, dégi^dé, de Tinsulte au dédain.
« C'est alors qu'atteignant le but de ton voyage, « Et fort de ton épreuve et d'un si long tourment, « De tout ce qui s'est fait tu rendras témoignage, (* Quand paraîtra ton peuple au divin jugement.»
Hélas! nous y touchons à cette heure terrible ! Souiève encor le voile affaissé sur mes yeux ; Esprit, viens m'enfermer de ton aile invisible ; Ne m'abandonne pas à ce monde odieux.
Mais parle : dans ces jours de ruine accomplie. Que devient parmi nous le guerrier pèlerin? Car le Dieu qui pardonne et qui jamais n'oublie N'a pas encor brisé la sentence d'airain.
Où donc est-il le Franc à la blonde moustache? Où brille sa poitrine et ce bras redouté Qui faisait tournoyer la massue et la hache, Alors que s'instruisait sa rude puberté ?
Où donc est le vainqueur de la Gaule et de Rome, Le néau d'Attila, le soldat de Clovis?
Où donc le chevalier, où donc le gentilhomme Qui roule sur son corps la bannière des lis?
où le vengeur enfin de la tombe divine, Le croisé généreux, le pénitent bouillant. Qui délivra Sion et fit en Palestine Répéter aux échos la chanson de Roland ?
Si c'est lui dont la voix résonne dans la tienn*'. Esprit qui m'as jeté parmi ces visions,
Ksprit des jours passés, qu'alors il te souvienne Si mon cœur profana tes révélations.
Je l'ai vu, je l'ai vu! Des royales armures,
Ah ! ce n'est plus le temps : un suaire en lambeaux,
Un corps armorié de livides blessures,
Voilà de sa splendeur les restes les plus beaux.
Que son visage est pfde et sa tête affaissée!
Mais, plus que les douleurs, comme l'ennui profond,
De son venin jaloux qui glace la pensée,
A flétri cette forme et dévasté ce front!
Ce n'est plus désormais qu'un fantôme, qu'une ombre N'habitant qu'à demi le séjour des vivants, Et qui disparaîtra, sitôt qu'en la nuit sombre Vn reste de feuillage aura fui sous les venis.
Et cependant, malgré les coups qui l'ont meurtrie, Celte âme vit encor; ce cœur, comme autrefois. S'attache avec amour au sol de la patrie, Et le temps qui n'est plus revit dans cette voix.
SONNET CLXXXIIl.
M'è verde sempre in mano la corona Onde già fece si crudel riQuto Quella che mala contro me riputo, Ned esser stata inver se stessa buona. La speme dunque ancor non m'abbandona Che, più felice, un di sarà tessuto Questo diadema a tal fine cresciuto, Se nella mente l'aura ben mi suona.
Sol n'è caduta una candida perla Che, dal tempo oscurata e tolta via, Ne conobbè onde più del mar spietalc ;
Neppiir posso spesar di rivederla:
Che pnr reflusso nullo in queste sia, E uessun |)csce mai di Policrate.
SONNET CLXXXIV. j
Luiii^ bien loin sont ces jours de poésie entière,
Où la langue des vers parlée à haute voi\
A tous nobles esprits se rendait familière,
Et passait de l'oreille à la bouche des rois.
Aux palais, aux manoirs la harpe coutumière !
(Chantait des cours d'amour les arrêts et les lois. l
Elle peuplait d'échos la voûte hospitalière,
Et, non moins>que Tépée, elle avait ses tournois.
Ainsi, du gai savoir promulguant les préceptes.
Dames et chevaliers s'en nommaient les adeptes :
Doctrine que dans l'air on respirait alors. ;
Et c'était moins un art encor qu'une croyance,
Non pas cette tardive et pénible science
(.fu'il nous faut aujourd'hui payer de tant d'efforts, '
Sans jamais au dehors Qu'elle puisse trouver et de vie et d'usages, Proscrits enfin des mœurs par les briseurs d'images.
SONNET CLXXXV. j
Non, tu ne peux mourir, et mes terreurs sont vaines, 1
0 Muse, ô Poésie, ô véritable amour!
Tu vis et tu vivras : le soleil et le jour
Sont moins que toi la vie et des monts et des plaines.
Tant qu'un esprit, debout dans les âmes humaines, Portera nos regards au céleste séjour, Tu seras avec nous, et ton souffle à l'entour Charmera notre exil, nos erreurs et nos peines.
Et vous qui de ses chants osez nier Tessor, i
Ou qui le profanez, plus coupables encor, '
Vous pouvez vous mentir, vous dégrader vous-mêmes, i
Endurcir votre oreille et vous crever les yeux, I
Et ressasser sans (in d'insipides blasphèmes; Mais vous n'éteindrez pas les étoiles des cieux.
RHYTHiME XXII.
— Qu'est devenu le sang des hardis cavaliers? Où ce front indomptable et ces regards altiers
Dont Cromwell tout puissant n'a pu courber l'audace? O pauvre Jacobite, ô jeune homme chagrin, Te voilà morne et seul sur le même chemin Où riaient autrefois les clameurs de ta race !
Oilloden sans retour vous a-t-il accablés?
A ces derniers combats que d'hommes sont allés,
Cicatrisés déjà de plus d'une défaite !
Et qui sait, car le sort se retourne soudain ,
Si Preston quelque jour, de Londres plus voisin,
Ne vous livrera pas la victoire complète?
Du fond de son exil Charles est revenu. Celui-ci, jusqu'au bout s'il reste méconnu, Peut-être saura-t-il s'imposer en personne. Allons, hommes loyaux, qu'un espoir si joyeux Rassérène vos fronts, et, comme vos aïeux, ("hantez en chœur : Le roi reprendra sa couronne !
— Tu peux, sans me blesser, railler mon dévouement. Non, non, Dieu ne m'a point frappé d'aveuglement! Des illustres bannis je sais quel est le crime,
Et qu'il n'est point de ceux que l'on puisse oublier. Pour proscrire leurs droits et vous en délier. Vous aviez un grief terrible et légitime.
Il fallait leur ruine. Et comment en effet
Les absoudre du mal que vous leur aviez fait?
L'échafaud de Whitehall criait toujours vengeance.
Le trône avait gardé les stigmates du sang,
El le nom de Stuart infligeait, rougissant,
L'n implacable outrage à votre conscience.
Les traits du roi -martyr revivaient dans ses liis. Chacun d'eux, ranimant de funèbres détis,
OnVait à \os regards un inenaçaiit rantùiiio. Vous vous êtes défaits de ce remords vivant, tt d'un vain repentir exclus dorénavant De tous les cœurs anglais par la loi du ro\annie.
0 Stuart, ô mon maître, oli! dans ton abandon. N'en crois pas de ton cœur l'héroïque pardon : Us n'elîaceront plus cette sentence impie. Quand le crime est si grand, et que le meurtiier Sur de nouveaux forfaits ose encor l'appuyer,
il faut bien ici-bas que le juste l'expie.
Dans ta foi, dans ton cœur ils t'ont calomnié, tt jusqu'en tes enfants maudit et renié ; Puis, faisant de la force un insolent usage, lis se sont arrogé la souveraineté ; Ils ont des mains de Dieu repris la royauté, El, de leur propre chef, donné ton héritage.
Ce sacrilège orgueil n'admet point de retour. Ta race dans l'exil verra son dernier jour, VA jusquos au tombeau n'aura plus de pati'ie.
1 lalii par ses sujets, par tous les rois ti'alii, Le roi di'jiossédé, si justement haï,
-Ne désarmera pas riniame raillerie...
Et peut-être qu'un jour, dans sa lente douleur. Voulant toucher au doigt l'excès de son malheur, Sans combat qui l'appelle, il viendra solitaire. Au domaine natal évoquer ses aïeux, Contempler leurs tombeaux, leurs palais oublieux, l-:t, comme un étranger, errer sur cette terre.
El même, de ses yeux, alors il pourra voir Ouelque nouveau Rrunsuick sur le trône sasseoir, Sans que dans l'air s'éveille un souffle do lenipêl<\ Le peuple curieux de tout événement Ira, comme une foule, à ce couronnement Dont nul éclat vengeur n'interrompra la foie.
— lOG — Montrosc, Claverhouse, où sont vos combatlaiils? N'ai-je pas vu là-bas vos étendards flottants, Et briller à l'entour les clay mores des bandes? Non, le dernier combat n'est pas encor perdu. Le sol va s'ébranler. JN'a-t-on pas entendu Le pibroch retentir et voler sur les landes?
Hélas ! c'est le vent seul qui frappe les échos :
A travers les halliers, c'est le bruits des troupeaux
Que gardent à pas lents les pâtres taciturnes :
Et de nos morts sacrés les tombeaux anxieux,
Vainement remués, n'assemblent autour d'eux
Que le chœur impuissant de leurs spectres nocturnes..
Eux-mêmes, pour toujours acceptant leur trépas, Les vaillants Écossais ne s'éveilleront pas; Au tombeau sont couchés Glaverhouse et Monlrose. Ah ! le dernier espoir s'est enfui de mon cœur; Mais, ô mon roi, le fils de ton vieux serviteur Serait heureux toujours de mourir pour ta cause !
SONNET CLXXXVL
Bûcheron, je t'envie. Ah ! plutôt qu'une épée Que n'a-t-on devant moi mis quelque bon outil! En vain s'écroule un trône et s'eflace un parti, Ta hache va toujours et n'est point détrempée.
Nul deuil ne laissera ta vie inoccupée. Peu t'importe comment l'État se travestit, Ou dans quels noirs sentiers la ville s'abrutit : Ta marche en ce chaos ne peut être inculpée.
Si tu n'as qu'un métier, il est (idèle et sur, Et le devoir jamais ne t'oflVe rien d'obscur. Qu'atteignent à la fois le blâme et les louanges.
Tu souflies <Iu soleil et des ligueurs de l'air;
Mais ton soimneil est calme, et ce pain (|ue (u m;Migp>
La sueur de tes mains ne le rend pas amer.
SOiNNET CLXXXVII.
Inditrérente?... Oh non : car dans votre regard. J'ai vu trembler ces feux qui décèlent la haine. Je vous suis odieux? Je le comprends sans peine ; Vous devez repousser cet amour de vieillard,
Incrédule, hautain, sans caresse et sans fard. Qui ne demande rien à sa belle inhumaine. Mais, d'un rire jaloux, la réveille et la gène, Quand, le soir, attendrie, elle rêve à l'écart.
Celle qui sait haïr saurait aimer sans doute. Et l'on dit que souvent... Appât que je redoute. Je n'irai pas pour toi retomber dans la nuit !
J'ai bien assez fouillé ces cavernes de l'àme, Où quelque bulle d'eau qui vacille et s'enfuit Est le seul diamant qu'ait fait jaillir la flamme.
SONNET CLXXXVJll.
Je vous salue, enfant au front superbe, Noble beauté, vierge au regard puissant, Aux purs contours enrichis d'un beau san^, Aux longs cheveux plus dorés qu'une gerbe.
Votre poitrine est une grappe acerbe.
Qu'abrite encor son duvet fleurissant ; Sous le soleil et le vent caressant.
Votre col souple ondule comme une herb(^
Je vous salue, et puissiez -v(»us mourir, . 0 chaste fleur, avant de vous ouvrir.
Avant le hàle et la poussière abjecte ;
Avant d'avoir goûté le sort commun.
Livrant vous-même à quelque vil iusecle Tout votre miel avec son doux parfum 1