SONNET CLXXX
Oue déjà mes amours sont loin de ma mémoire. Loin de mon cœur surtout! Et cependant j'ai peur : Ce calme si profond est bien souvent trompeur; Mais quoi, voilà trois ans que ma honte est notoire :
Car de l'âge où je suis les belles sont la gloire. On le prétend du moins. Qu'y faire? Le bonheur M'a paru jurférable. On peut, sans déshonneur. Sur ce qu'on doit tenter ne point s'en faire accroire.
Ah ! je raille trop tôt : non, ce cœur désœuvré
De sa sève de feu n'est pas encor sevré.
Et la triste insomnie en saurait bien que dire.
oh! reslez-moi fidèle, idéale beauté; (lardez, pour me sauver d'un vulgaire délire, A jatuais sur vos veux mon regard arrêté.
SOxNiNET CLXXXI.
La lyre, en tous les temps, a divers interprètes : Beaucoup qui, dans leur sein, l'entendaient résonner Dans les sentiers poudreux ont osé profaner Ses oracles ravis aux antiques retraites.
0 Muse, n'as-tu point des faveurs plus secrètes Pour ceux qui de respect savent t'environner. Et le même Taurier devra-t-il couronner Les poètes valets et les libres poètes ?
Mais que dis-je? Ceux-ci n'ont pas le meilleur sort, Et leurs chants, qu'étoulTa la misère et la mort, Souvent n'ont obtenu qu'une palme avortée.
Aux autres le secours des puissances du temps. Et les charmes d'une œuvre à loisir complétée, Et les moissons de gloire et les noms éclatants!