RHYTHME XXVIII
Où donc est l'univers? où donc est la lumière? Où sont les firmaments tout remplis de soleils, Et le temple, et l'espace, et l'étendue entière?
Les anges fraternels, les séraphins pareils
Aux regards du Très Haut, tous ces esprits de flamme.
Dans quel sein dorment-ils et de quels longs sommeils?
Au seuil de l'intini prosterne-toi, mon âme;
Dieu seul est par lui-même et n'a point commencé :
La raison le témoigne et l'esprit le lu'oclamc.
D'un éternel repos Dieu ne s'est point lassé; Il est ce qu'il était, ce qu'il sera sans cesse ; Son œuvre est éternel en ce qu'il l'a pensé.
Lui seul est nécessaire, et la loi (|ui le presse,
Sa puissance, eiit été satisfaite à jamais,
S'il n'eût produit que soi, son Verbe, sa sagesse
De l'unité sans borne admirables effets,
Sa vie et son amour s'exercent en lui-même :
1/action absolue implique tous les laits.
0 mon âme, à jamais périsse ce blasphème, Que les êtres, portant leur raison d'exister. Fassent seuls, éternels, vivre l'Être suprême!
Comme si le fini pouvait rien ajouter A l'essence infinie, incréée, immuable.
Qui se possède enfin pour se manifester.
Ainsi l'éternité simple, incommensurable.
S'engendrerait des temps morcelés et divers, Qui sauraient retrouver sa forme invariable.
Dieu deviendrait l'accord, la loi de l'univers ; Le Créateur enfin serait la créature.
Kl même subirait le concours des enfers.
Chrétiens, notre croyance est un peu moins oliscure VA, sans que nous sentions notre îlme se sécher Nous pouvons méditer la sublime lecture
Que Jean Boanergès, l'aigle du grand rocher, Nous propose au début de son saint Evangile : \J\ nous trouverons tout, si nous savons chercher.
Rn vous-même, ô Seigneur, vous avez votre asile. Et le Verbe est en Dieu dès le commencement, Dieu, puissant comme vous, agissant et tranquille.
Vous êtes l'un en l'autre, et tous doux, vous aimant, De toute éternité, d'une substance unique, Vous produisez l'Esprit eu vous également.
Unité, Trinité glorieuse, aulheiilique,
0 Dieu Toute-Puissance, Intelligence, Amour,
Tous les trois en un seul, et sans qu'un seul al)di<iae
Mystère dont jamais nous ne ferons le tour, Heureux ceux dont le cœur vous suit et \ous adore! S'il ne leur est donné de se plonger un jour
Jusqu'au centre éclatant qui les aveugle encore, * 0 Vérité, du rpoins sur leurs regards élus Vous maintiendrez l'extase, inaltérable aurore.
Et qui sait, ô Seigneur, si, les temps révolus, Quand vous aurez jugé la mort avec la vie. L'aile des saints désirs ne subsistera plus?
Si ce festin céleste où votre œil les convie N'est pas l'essor direct et l'amour incessant Que n'entravera plus nulle grossière envie,
Impeccable progrès, où rien ne redescent. Mais qui porte sans fin vers la face éternelle L'àme toujours plus claire et le regard croissant?
Car, 0 Seigneur, jamais les degrés de l'échelle Qui soulève vers vous le monde des esprits Ne peuvent le confondre à son divin modèle :
Puisqu'ils sont infinis, ils restent infmis, Lt, dans l'éternité sans cesse plus splendide. Jamais absolument Dieu ne sera compris.
Non, même ces vainqueurs dont l'exemple nous guid( Non, parmi les esprits, les plus illuminés. Ni l'Ange messager, ni l'Archange intrépide.
Près du trône divin, ne peuvent, prosternés, Chanter de l'IIosanna les sublimes louanges. Sans un voile de flamme à leurs fronts couronnés!
Et les neuf chœurs sacrés des trois gianiles phalanges Leurs beautés, leurs splendeurs, leurs exultations, Des feux des Séraphins jusqu'aux ailes des Anges,
Trônes et Chérubins, et Dominations, Archanges et Vertus, Principautés, Puissances, Ne sauraient embrasser tant de perfections.
0 majesté, mais quel torrent de jouissances Verseront sous ce voile aux esprits triomphants De votre ordre éternel les spectacles immenses ;
Lorsque, sur cette terre aux brouillards étouffants, Le monde, paresseuse et fugitive image.
Donne, en vous révélant <à vos humbles enfants.
Tant de joie et pour vous tant de noble courage! SONNET CCXLVII.
Le doute est du pécheur l'éternel châtiment ;
Des calices impurs où puise sa folie
C'est le retour vengeur, l'inévitable lie
Que l'âme, pour sa part, hérite (mî s'endormant.
Le poison peu à peu l'imprègne, et sourdement A l'action des sens la courbe et la rallie ; Sur les lèvres en vain la foi qui se replie Cherche dans la })arole un dernier ahment ;
La vérité n'a i>lus que l'accent du mensonge. Et toujours au remords dont le cri se prolon La paresse tient tête et répète : Qui sait?
Sans apaiser h^ mal, en cette alternative, Elle <Mi ju-oscrit du moins h* salutaire elTet : A rcndiiicissemeiil r'esl ainsi ipidn anive.
SONiNKT CCXLMII.
iNous vous coiiiiiiissons bien : allez, vous ii'èles pas Si méchants, ni si fiers non plus, que vous le dites. Ah! vous voudriez voir, en vous chargeant des suites, Nos églises, autels, croix et clochers à bas?
(Xii, oui, vous livieriez d'implacables combats. Pour efïacer du sol ces pierres parasites, D'une trop longue erreur formules décrépites, Oue vous narguerez même à l'heure du trépas.
(jui sait? vous scelleriez votre foi négative
De votre sang versé, bien surs, quoi qu'il arrive,
A tous nos arguments de vivre indilTérents...
Et demain, vous viendrez, sans vous croire des traîtres. Demain, pour une femme et quelques mille francs, Vous mettre à deux genoux devant un de nos prêtres.