‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 157 sur 167 · SONNET CCLIII · texte numérisé non relu

SONNET CCLIII

Certes, pour le chrétien la vie est une lutte, Un combat corps à corps et de chaque moment. Où le vœu d'abstinence et de renoncement Se trouve à bien des chocs et des pièges en butle.

Ou trébuche souvent. Hélas! plus d'une chute Imminente nous l'ait mesurer tristement Combien est incomplet notre détachement; Puis jusqu'en notre esprit l'ennui nous persécute.

Mais grâce à la prière, aux devoirs accomplis, Parmi tous ces tourments aux pénibles replis, L'Ame garde une joie assurée et propice.

Récompense et secours de son labeur fécond. O l)ienl'aisaute épieuve ! Ici, dans le calice, L'amertume est au bord et le miol est au fon<l.

lUIYTHMi: WIX.

Toujours, pour le regard qui peuse,' C'est un spectacle douloureux Lorsque le mal et la souffrance, Avant l'heure de décadence, Fanent les objets gracieux :

Lorsque la saison inégale Détruit les fleurs de l'amandier, Et qu'après la nuit glaciale.

Jaunit la branche virginale, Aux feux du soleil printanier;

Lorsque l'aile de la tempête Coupe les thyrses des lilas, Ou du peuplier qu'elle arrête Abat la cime, ou bien étêtc Les ombrages d'acacias;

Lorsque, orpheline ou négligée , La couvée expire de froid ; Lorsque la ruche est saccagée, Que l'abeille qui s'est vengée S'égare et meurt loin de son toit ;

Lorsque la colombe lidèle Subit les serres de l'autour; Lorsque s'éteint la tourterelle ; Lorsqu'jui loin la brebis ai)pelle L'agneau perdu pour son amour;

Lorsque penche la tête blonde Qu'en vain l'innocence défend ; Lorsque d'amertume s'inonde, Ou bien, sous la misère immonde, Tiilil un visfipe dCnlanl;

l.orsque les hymnes de la lyre Se changent en gémissement, Que la voix du poëte expire, Pour ne point apprendre à maudire.

Sous quelque sombre accablement.

Voilà les choses qui refrènent Bien des sourires dans les yeux, Dont les impressions parviennent Jusques au cœur, et qui n'obtiennent De réponse que dans les cieux !

Mais, ô pitié trop enseignée.

Ah ! l'aspect navrant entre tous, C'est celui d'une àme bien née Qui se dégrade, condamnée A tout ce qui fit ses dégoûts.

C'est une noble créature Dont le front resplendit encor De la divine signature.

Et qui, dans la fange et l'ordure, Traîne elle-même ce trésor.

C'est l'esprit au regard sublime Naguère convive du ciel.

Et qui maintenant ne s'anime Que pour quelque calcul infime De l'intérêt matériel...

Hélas î et combien est plus ample L'horreur d'un semblable larcin Pour quiconque en trouve l'exemple Dans ses remords, et qui contemple Ln tel spectacle dans son sein !

ti'22 —

SONNET CCLW.

Lorsque l'Ëxpiateur suprême poursuivait, En face de la croix, son œuvre rédemptrice, Il ne recula point l'instant du sacrifice ; Mais parfois l'épouvante k son cœur arrivait.

Lorsqu'à Gethsemani son heure s'achevait, il s'écriait : Mon Père, éloignez ce calice. Que votre volonté toutefois s'accomplisse ! Et son sang en sueur de ses tempes pleuvait.

Oui, quoique Dieu vécût dans cette âme divine, La douleur y roula son angoisse intestine. Jésus connut aussi l'affreux abattement.

En proie à l'agonie amère et ténébreuse, H eut sa défaillance et son gémissement; Tant de l'humanité l'étreinte est douloureuse!

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