‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 164 sur 167 · SONNET CCLXX · texte numérisé non relu

SONNET CCLXX

Froide neige, descends de ton épais nuage; Verse tes Ilots muets; encombre les vallons, Les plaines, les hauteurs; couvre d'un blanc plumage Ft les rameaux des bois et l'herbe des sillons.

Sauvés sous cet abri d'un trop cruel outrage. Quand viendra le printemps calmer les aquilons, Plus féconde la terre et plus prompt le feuillage Reprendront leurs splendeurs que nous nous rappelons.

Détachement béni, c'est ici ton emblème. Oh ! que ton enveloppe et glaciale et blême (iarde mon àme aussi jusqu'à mon dernier jour :

Min que, sans languir, traversant son supplice,

Dans le réveil célesle elle s'épanouisse

Au soleil invofjué de l'éternel ;unour. ,

SO>iNET CCLXXl.

Bieiilieiireux est le jour, quoique pénible encore, Où, voyant le péché dans toute sa laideur, Humilié, cliétif, on cherche le Seigneur Dont au cœur pénitent la grâce vient éclore !

0 mon àme, retiens ce cri qui te dévore. Et, des vils. meurtriers quand sévit la fureur. Reste devant ton Dieu , reste dans ta ferveur. La résignation vers le ciel est sonore.

Bienheureux est le jour où, tout près de l'autel. On vient prendre sa part du festin immortel, Où, repuisant Tamour à sa source première.

Sans retour, sans mélange et tendrement soumis.

Nous pouvons élever l'extatique prière,

I^our ceux que nous aimons et pour nos ennemis!

SONNET CCLXXIL

Grâce au divin secours, héroïque dictame Qui remet la vigueur dans les cœurs les plus las, La toile est terminée, où j'ai peint les combats Éclairés en mon sein par une triple flamme.

Je vois s'y dérouler tous les fils de mon àme : Le nœud qui les unit ne se brisera pas : J'ai le temps désormais de préparer mon bras. Pour lancer sur Tensouple une nouvelle trame.

Mais ce premier tissu doit être mon linceul ; D'avance sur ma peau je l'ai cousu tout seul : Je veux qu'il y demeure et jamais ne se rouvre.

On le retrouvera lorsque je m'en irai;

El. n'importe plus tard comment il se recouvre,

C'est dans ce vêtement qu'un jour je revivrai.

lUlYTHMh: X\\l.

Amis, coinme on ne sait ni qui vit ni qui meurt ►Et que l'on peut mourir de plus d'une manière, Avant que du trépas je ne sente le heurt;

Soit qu'il pousse mon corps dans la commune bière, Qu'il fasse pénétrer la nuit dans mon cerveau, Ou, muet, me renferme en un cloître de pierre;

J'ai voulu pour vos yeux compléter ce tableau De mon humble existence et de ma vie intime : Vous n'y retrouverez, tout étant au niveau,

M de rare malheur ni de vertu sublime : J'ai souffert, il est vrai, mais assez justement. Et puis me résigner sans être magnanime.

Je n'ai donc point ici bâti de monument :

J'ai taillé mon sépulcre à ma juste mesure.

Pour y dormir moi-même et sans craindre autrement

Qu'un fantôme engendré de ma propre imposture. Pour se mettre en mon lieu, jetât mes os dehors, Telle quelle du moins j'aurai ma sépulture.

J'ai parlé moins souvent des vivants que des morts, Ue l'avenir bien peu, mais beaucoup de moi-même, Et cette infirmité me laisse sans remords.

La troisième personne est encline au blasphème. Je ne fais point ici de procès; mais je crois Que l'encre sur le front est un mauvais baptême.

Il vaut mieux faire encore un spectre de sa voix

Que de la ranimer par ([uehiue pacte infâme,

En prônant et dorant, comme de grands exploits,

Ees choses où l'on courix' d son corps et son âme.

SONNET CCLXXill.

A M. LE M'^ A. DE BELLUY.

Je ferme ici ce livre écrit avec mon sang : Ami^ que pour nos cœurs il soit un témoignage. On y lira ton nom dès la première page, Et je l'y veux encore inscrire en finissant :

Car tu n'as pas été pour moi comme un passant. Xi comme ces espoirs dont la gloire volage (Que j'ai trop écoutée) abusa mon courage. Quels que soient nos deslins, tu n'en peux être absent.

La prière aujourd'hui succède au cri de guerre Que ma bouche irritée avait poussé naguère ; Mais j'ai gardé mon poste, et tu m'approuveras.

D'impuissance, dit-on, notre cause est frappée. Qui le sait cependant? L'àme inspire le bras. Et la croix peut servir de poignée à l'épt'e.

•Jio

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