SONNET CCLXVI
L'un dans un triple écrin, sous la soie et l'ivoire Et les plaques d'acier, enferme son trésor : Diamants amassés de Golconde et Lahor, Antiques parchemins ou reliques de gloire.
L'autre, d'un vain amour embaumant la mémoire, En incruste l'image en son cœur et dans l'or, Et d'un printemps éteint qui pour lui dure encor Recompose s ms tin la guirlande illusoire.
Ainsi chacun se fait quelque cher talisman
Oue, mieux (jue du regard, il couve incessamment,
Aux oublis destructeurs épave dérobée :
Et moi, dans un métal trois fois purifié. Je recueille et j'enchâsse une perle tombée De tes yeux sur mon cœ.ur, ô divine amitié !
SONNET CCLWn.
Quoi, vous aussi, poëte; et votre noble voi.v Préconise à son tour les erreurs de la prose! De triste suicide une histoire morose Jusqu'en vos flots si purs a jeté ses gravois.
Est-ce donc que Jésus n'a pas porté sa croix ? |
Tous ont-ils oublié le sang qui les arrose?
Ne sont-ils plus chrétiens, et Tère est-elle close '
D'inflexible lumière et de grâce à la fois? j
Non, non, ne quittons pas notre route étoilée. Pour contempler l'abîme et la nuit désolée ! Devant le désespoir ne nous prosternons pas.
A qui dans le néant a mis sa confiance, ;
Même au plus douloureux, au plus faible, au plus las, La Muse en tous les temps ne doit que le silence.
SONNET CCLXVIll.
A M. CH. ELLE Al .
Enfant, si l'on vous dit qu'il est bon de connaître
Le monde et ses dangers, la vie et ses erreurs, i
Secouez loin de vous ces discours tentateurs : j
Quiconque parle ainsi n'est qu'un fol ou qu'un tiaîlre. '
Sans le vouloir, hélasî vous tomberez peut-être j
Assez pour en garder de cuisantes terreurs : i
Toute chair est fragile, et, plaisir et douleurs, Dans tous ce qui nous touche un piège s'enchevêtre.
(Combattez corps à corps le démon de l'orgueil ; i
Mais sauvez-vous, fuyez, sans risquer un coup d'cril,
Quand la sirène impure autour de vous serpente. I
C'est en réglant ainsi la lutte du devoir
Que d'un trop large assaut lame se rend exempte, I
Et sinon du remords, du moins du désespoir. i
SONNi:! CCl.XlX.
J ai vu dans mes cheveux s'argenter quelques fils. C'en est donc fait : tu vas m'arriver, ô vieillesse, Amenant avec toi le dégoût, la tristesse, La désillusion, tous les sombres exils.
Tu n'amèneras rien : ces hôtes trop subtils Hantèrent dès longtemps mon étrange jeunesse. Allez, mes cheveux bruns, ô trompeuse richesse ! Pourquoi survivre même k mes songes virils?
Je n'ai que vous à perdre au vent qui vous moissonne. Irai-je maintenant prétendre une couronne Qui du déclin de l'âge ait lieu de s'elTrayer?
La seule qui jamais me parut enviable
Fleurit parmi la neige, et, mieux que le laurier,
A la foudre sait rendre un front invulnérable.