‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 30 sur 167 · SONNET XXXVI · texte numérisé non relu

SONNET XXXVI

J'ai trouvé ta piste, ; Petit réséda ;

Mais rcnfant résiste : i

Elle te garda. i

D'or ni d'améthyste i Flore ne broda

La fleur grêle et triste ;

Qu'elle t'accorda. ;

Vivre à la ceinture j

D'une beauté pure

Est un beau destin : l

l^arfum qu'on adore, •

11 vaut mieux encore ;

Mourir dans son sein. |

SONNET XXXVII. j

Au plus fort des beaux jours, quand s'enlace et se croise i

La liane au sarment, la fleur avec le fruit, j

Que chaque herbe recèle un insecte qui luit, ;

Que les buissons, d'où suinte une odeur de framboise, ,

De passereaux toujours enferment quelque noise, | Et que partout la vie et fermente et bruit,

De la nature alors l'haleine qui vous suit ; Vient vous frapper au cœur, comme un jet de cervoise.

On tombe sur le sol, et, les bras étendus, i

On invoque ces Dieux que la terre a perdus : I Pan, Cybèle, Diane et sa troupe nomade.

Et, lorsqu'on se relève, on voit, sous les rameaux,

Flotter les traits riants d'une jeune Dryade

Don! ccl livuine r;ipi<l(' a (rouble \v repos. j

SONNET XXXVIJI.

11 est, au sein des bois que j'ai tant parcourus, Entre deux sentiers verts, une pointe inclinée, Couverte de bruyère et de bouleaux ornée : Lieu charmant, un de ceux qui m'arrêtent le plus.

Là, me trouvant un soir assis sur le talus. Deux légères entants à ma vue étonnée S'offrirent, descendant la pente gazonnée, Sans que nul pas suivît leurs pas inentendus.

Les bras entrelacés, et, d'un regard tranquille, Admirant le feuillage ou l'occident mobile. Elles passaient ainsi, calmes dans leur printemps.

Je les vis disparaître aux plis de la vallée. D'où la brise vers moi rapportait par instants Leur voix, leur fraîche voix de rires émaillée.

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