SONNET XCVII
Le jour que dans mes yeux descendit la pensée. Je vis sur mes regards un regard arrêté, L'un des plus purs flambeaux d'où la maternité Dans une àme d'enfant ait sa flamme versée.
0 le legs le plus beau fait par la fiancée A l'épouse, c'est toi, blanche sérénité. Majestueux reflet de la virginité, Lumière égale et sainte, astre du gynécée !
Vainement les hivers viendront, nombreux et frui(h La beauté pourra bien s'effacer sous le poids De la neige des ans que la bise accumule;
Mais le cœur innocent de viles passions Au iront transfiguré gardera sans macule Le frais encadrement de tes chastes rayons.
SONNET XCVIll.
Comme un joyeux bambin j'ai peine à ne pas suivre Les soldats au passage, et mon creur rit toujours, Quand brise à mon oreille un fracas de tambours. Qu'entrecoupent soudain les fanfares de cuivre.
Je sais bien cependant que je ne pourrais vivre A ce métier vorace où, tombant à rebours, La muse qu'on arrache à toutes ses amours Est pareille à l'enfant englouti par la guivre.
Mais ce n'est pas cela : non, le cri de l'acier N'éveille point en moi la fougue du coursier, Mais du ramier plutôt l'allégresse plaintive.
De natal souvenir privé par le destin.
Les armes, où vécut mon enfance captive. De la famille ainsi ne bercent ([ue l'iuslincl.
SONiNET XCJX.
Domestiques parfums, charme du gynécée, Belle famille antique, où sont tes doux trésors, Et ton chaste repos qui des bruits du dehors A la fois abritait les sens et la pensée ?
0 vierges au front calme, à la robe plissée. Dont rien n'a contourné ni Tâme ni le corps. Femmes à l'œil limpide, enfants riants et forts, Hélas, où retrouver votre race elTacée !
Ah ! nous sommes partout déshérités et seuls. Plus errants que ces morts qui, privés de linceuls. Encombraient des enfers la porte fatidique.
L'affreuse solitude en tous lieux nous poursuit : Le temple, la maison et la place publique Sont pleins également de son immense nuit.
RHYTHME XIL
Bel arbre aux rameaux d'or, ô Noblesse de France,
Tu n'es plus qu'un grand souvenir, Dont l'immortalité, sans germe d'espérance,
Est à jamais ton avenir.
Comment a disparu ce colosse superbe.
Monument des siècles féconds?
Mineur, prends tes outils, et, sous les plaques d'herbe.
Poursuis ses fondements profonds.
Tranche, fouille le sol; tamise la poussière :
Pas un caillou, pas un fétu Qui n'ait été trempé de sa sève guerrière
Et pénétré de sa vertu !
Mais pas un rejeton, mais pas une semence,
Où i»uisse mordre le soleil !
il ne vibre plus rien de cette forci; immense :
C'est la morl, et non le sommeil.
Ainsi ce li'oiic témoin dune si vaste lutte,
Et ces feuillages somptueux.
Tout s'est comme dissous et perdu dans la chute ;
Ainsi ce front majestueux, Ce front qui, tant de fois éprouvé par la foudre,
A toute épreuve se montrait.
Un jour il n'a fallu, pour le réduire en poudre.
Que quelques coups de couperet!
Quand le chêne au vaste héritage, Qui, fondateur de la foret, A vaincu la neige et l'orage.
Recèle un ennemi secret. Quand le ver le ronge aux entrailles, La hache, avec quelques entailles.
En vient à bout^ sans que jamais Ni le soleil, ni la rosée Puissent de la souche épuisée Susciter de nouveaux sommets.