‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 74 sur 167 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Jà des bourgeons les feuilles desguainées i

Vont relevant les amoureux lambris, «

Et Zephyrus, par molles alenées, i

Emmy les fleurs, cueillant leurs esperits, '

De la nature embasme le pourpris.

Serait point temps, ô mon âme endormie, |

En si doulx temps, de refaire une amie? -^

Ains ou treuver, de plus souef parfum, i

Cueur féminin de foy bien affermie?

Quant est de moy, je n'en congnois pas un. !

Des oysillons les bandes ramenées !

Soubz les fousteaux semblent gaigner le prix.

Et do clianrons o>inailleiit les joiiiiircs. Du renouveau lonl les chants et les cris Leurs petits cueurs mignonnement espris.

Adonc m'a dict ma pauvre chalemie :

Ne croy-tu pas qu'à ta muse blesmie Un air nouveau serait bien opportun ?

Quierez-le donc et l'enseignez, ma mie : Quant est de moy, je n'en congnois pas un.

Vers nos logis les arondes tournées

De mol duvet veloutent les abris

Où meuriront leurs amours fortunées.

Tout faict le chœur ez noces de Cypris.

Dans le bled verd se mussent les perdrix.

Ah! cueur lassé, vestu de tristamie,

Vouldrois-tu pas, avant l'aage ennemie,

Chevir d'un nid, reclouz et demy-brun,

Qui t'agreast (je dy sans infamie)?

Quant est de moy, je n'en congnois pas un.

Un prince icy, remply de preud'hommie, Soit salué (sans le designer mie).

Pour ne faillir à l'usage commun.

Hormiz au Louvre un Pharaon momie.

Quant est de moy, je n'en congnois pas un.

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