SONNET CXX
0 Grèce ! ce qui tait ta souveraineté , Mieux que Léonidas et le grand Alexaiidie; Ce qui du premier rang te garde de descendie, C'est de l'art, dans ton sein, la divine beauté.
Comme des rois puissants, armés de majesté , Tes glorieux sculpteurs, survivant à leur cendre, A jamais de l'oubli sont là pour te défendre, Et le monde est soumis à leur autorité.
Entre ces seuls vainqueurs et leurs trois dynasties Les conquêtes du beau demeurent réparties : Toute forme retourne à leurs types sacrés.
En marchant devant eux ils ont saisi la palme, Arborant saintement à leurs fronts éclairés L'inspiration dans le calme.
SONNET CXXl.
Comme ce mont fameux où le génie antique A ligure de l'art l'escarpement hautain, Dressant un double front, l'épopée homérique Du ciel de poésie envahit le lointain.
Là deux Muses, nouant leur changeante tunique Sous la ceinture d'or, et gardant à la main Et l'homicide épée et la rame nauti(pie. Abritent dans l'azur leur éternel destin.
Le vallon, palpitant d'harmonieux feuillages, Voit blanchir dans son sein, à l'abri des orages. Vu temple au long portique, aux magiques autels :
Sous la robe de neige et le vert diadème, Le vieillard ionien y siège, Dieu lui-même. Au milieu de ces dieux qu'il a faits immortels.
SONNET CXXll.
Éros. oui, j'ai voulu, profanant tes mystères, De ta coupe sacrée avilir le cristal Au rouge vin des sens : je n'ai pu, dieu fatal, Y calmer un instant Tardeur dont tu m'altères.
Inflexible gardien des âmes solitaires, Tu veilles, nuit et jour, au trésor idéal, Ainsi que le griffon d'un antre oriental, Sans incliner jamais tes prunelles austères.
Je ne résiste plus, ô sublime tyran !
Des terrestres espoirs j'ai franchi le courant :
Je plonge dans l'éther l'aviron de mes ailes.
Adieu les prés, les fleurs et les ombrages verts !
La muse initiée aux beautés éternelles,
Ne doit chercher qu'aux cieux d'objets pour ses concer
SONNET CXXllI.
Pour atteindre au séjour que Jupiter habite. Avoir, d'un bras puissant, combattu sans repos. Dompté l'hydre, et Cacus, et les douze travaux. Ce n'est point à son fds un suffisant mérite :
Il faut que la souffrance et le feu le visite ; Ce qu'il mêle à sa gloire et d'impur et de faux. Il le doit expier jusqu'au fond de ses os. C'est en vain que d'abord son supplice l'irrite :
L'implacable tunique, adhérente à son corps. Dans ce sang orgueilleux infuse le remords, Et lui fait rejeter la haine et l'adultère.
Le héros a compris comment se font les dieux. H s'est soumis ; il monte au bûcher salutaire. D'où son àme dun trait arrive dans les cieux.
n II Y TU ME \V.
ENDVBIION.
Au sommet de Lathmos, le beau mont de Carie, 11 faut que chaque nuit s'illumine et sourie :
Loin tous nuages imposteurs ; Autant que les frimas, loin ces molles haleines. Qui font des simples fleurs, habitantes des plaines,
Sourdre des poisons séducteurs !
Point de ces chants obscurs, exhalés sous les voiles D'un feuillage étouffé, mais des fraîches étoiles
Le silence mélodieux; Et la céleste lyre aux cordes invisibles. Dont les sons seulement à Tàme perceptibles,
Jaillissent sous la main des dieux !
Et cependant Télu de ces blanches retraites. Le noble initié qui veut ces chastes fêtes,
iN'est iils ni des dieux ni des rois ; D'aucun pouvoir fatal les jalouses entraves N'entourèrent ses pas d'impérieux esclaves
Qui sans cesse évoquent des lois.
C'est un simple berger, presque un enfant encore. Plus Hbre que les airs et plus beau que l'aurore.
Sauvage, taciturne et lier.
Le laitage et les fruits, austère nourriture. Comblent tous ses besoins ; jamais sa lèvre pure
N'a goûté le vin ni la chair.
D'une peau de bélier sa ceinture est lissue, Et l'air qui vient souiller sur sa poitrine nue,
La sent à peine piilpiter.
Ses beaux |)ieds sont posés sur la sandale antique ; Ses bras sout d'une viei'ge, et la crosse rustique
Semble faite pour les porter.
Sa bouclio, arc i)lirygien qu'uno llrchc soiilùv, Reste dans son sourire, et lentement s'acliè^i»,
Teinte d'un sang toujours égal.
Le fruit sombre du myrte environne sa joue ; Le pampre sur son cou se recourbe et se joue,
Autour du chapeau pastoral.
Dans ses yeux sans mélange une étoile lointaine Respire, comme au fond d'une ombreuse fontain;',
Un rayon dormant du soleil ; Et nul souffle importun, nulle vapeur livide N'a troublé cette source et de ce front limpide
Terni l'harmonieux sommeil.
Lorsqu'à demi voilé d'une ombre diaphane, Ses dogues à ses pieds, debout, son regard plane,
Vers l'astre qui blanchit le ciel.
On dirait, à le voir, rêverie ou prière. Sur le penchant du mont quelque berger de pien-e
Montrant le bercail éternel.
Aussi bien les beautés qui hantent la vallée
Jamais, si beau qu'il soit, n'ont, d'une àme troublée,
Cherché ses regards ni ses pas ; Et lui-même jamais ne s'est tourné vers elles : Il habite au milieu des nymphes immortelles,
Et son cœur ne s'en émeut pas.
Ce n'est point le fardeau d'une ignorance obscure Qui l'a pu retenir : déjà de la nature
Il sait la voie et les secrets ; Il a \u du troupeau les poursuites lascives: Mais jamais le printemps d'étincelles plus vives
X'a fait trembler ses yeux distraits.
Les bergers querelleurs, respectant son silence, N'ont jamais de ses chiens ému la surveillance M vaille son oisiveté.
Ils le laissent légnor au plus haut i)âturage,
hit tous redouteraient, en lui faisant outrage,
De commettre une impiété :
Car bientôt cet enfant, Ame toujours sereine. Pour son amante aura Phœbé, la blanche reine,
Déesse des contemplateurs.
Ses rêves éthérés, où Textase pénètre, De l'amour ici -bas ne lui feront connaître
Que les clartés sans les ardeurs.
RHYÏHME XVI.