SONNET CXXX
Si vous avez hanté les funèbres décombres.
Où la pariétaire étale ses lambeaux ;
Si vous avez fouillé les gothiques tombeaux,
Tout vides d'ossements, mais encor peuplés d'ombres;
Et là si vous avez, aux nuits lentes et sombres. Senti fraîchir sur vous Laile des noirs corbeaux, Et des goules, sourdant comme des escarbots. Ouï, plein de terreur, les lamentables nombres ;
Alors vous comprenez qu'au delà du trépas, La mort n'est plus qu'un mot et ne subsiste pas. C'est le détroit fatal et l'infaillible épreuve;
C'est la [>orte où, frappés du glaive d'Azraël, C(^ux dont l'âme et la chair d'iniquités s'abreuve Tomberont, rejetés dans l'exil éternel.
SONNET CXXXl.
Entre tous ces beaux fronts qu'au regard idolâtre Le bandeau souverain dressa plus radieux, Pas un mieux que le tien ne fascina les yeux, Fille des PtQlémée, ô reine Cléopàtre!
Nulle femme non plus, d'une àme si marâtre, Aux infâmes plaisirs, aux amours odieux N'a su prostiluer l'œuvre pure des dieux, Et de fange et de sang souiller ce noble albâtre.
Rois, esclaves, guerriers, dans tes sinistres nuits S'entassaient, sans combler tes voraces ennuis : Ton étreinte eut brisé les épaules d'Alcide ;
Et, .lorsque ta fureur eut perdu son appât, Tu tendis ta poitrine à l'aspic régicide. C'était le dernier crime enfin qui te restât.
SONNET CXXXIl.
J'ai cherché, comme un autre, à sonder ce symbole, Ce beau monstre idéal qu'on nomme Don Juan. Et, lorsque le scalpel s'est brisé sur son flanc, J'ai contemplé d'en haut sa course vaine et folle :
Alors, ne goûtant plus au miel de sa parole, Et contre ses regards me faisant un écran. Dans sa débilité j'ai vu ce fier tyran Pâlir, et dépouiller la sublime auréole.
Non, tu n'es point le christ d'un impossible amour;
Du désir égoïste implacable vautour.
On ne doit que mépris à ta souffrance impie.
Les cieux n'ont rien appris de ton courage altier ;
Tu restes de Satan la vulgaire copie.
Et la terre en son sein t'absorbe tout entier.
— IIG -—