‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 94 sur 167 · SONNET CXXXV · texte numérisé non relu

SONNET CXXXV

Un soir que la marée était haute et la luin^ En son plein, j'allai seul au rivage. La mer S'endormait comme un lac. Arrêté sur la dune. Tandis que sous mes pieds râlait le gouffre amer,

Mes yeux plongeaient au loin. Une idée importune En sa spirale acerbe alors vint m'en fermer : De l'Océan ces flots n'étaient qu'une lagune. Un coin où mes regards s'épuisaient à ramer ;

Mais, eùt-on l'hippogriffe avec le cœur d'Astolfe, Sans l'embrasser jamais, on franchirait le golfe. Le jaloux horizon partout borne nos pns...

Et l'esprit a le sien aussi : car la pensée. Toujours de sphère en sphère à la cime élancée, Arrive à l'infini, mais ne le comprend pas!

SONNET CXXXVl.

Hors la plainte et le deuil au monde rien ne dure.

Depuis le jour fatal où j'ai dit à Famour

Un éternel adieu, depuis ce triste jour,

J'ai vu mourir, renaître et passer la verdure :

Vn an ! Et cependant ma main sur ma blessure Ne pose qu'en tremblant, et, comme dans sa tour Veille un soldat hargneux, je regarde à l'entour. Croyant qu'à ma misère on veuille faire injure.

J'ai souffert d'autre part; mais les déceptions Que le monde gardait à mes ambitions N'ont pu m'intéresser à d'infimes épreuves.

11 est quelques douleurs que le temps n'use pas. Et Dieu seul peut combler les âmes vraiment veuves. Qui n'ont plus de désir ni de crainte ici-bas.

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