‹ Chant du sacre, ou, La veille des armesChapitre 3 sur 6 · L ARCHEVEQUE · texte numérisé non relu

L ARCHEVEQUE

[)i nous étions encore aux siècles des miracles , La colombe, planant sur les saints tabernacles, T'apporterait du ciel le chrême de Clovis, Et les anges eux-même , *aux accens d'un prophète ,

Poseraient sur ta tête

La couronne de lis !

Mais les temps ne sont plus ! le passé les emporte 5 Le ciel parle à la terre une langue plus forte : C'est la seule raison qui l'explique à la foi ! Les grands événemens ,' voilà les grands prestiges !

Tu cherches les prodiges.

Le prodige c'est toi !

C'est toi! roi sans sujets! fugitif sans asile! Proscrit du trône ingrat d'où l'Europe t'exile , Tu vas traîner des rois l'indélébile affront, Puis , au moment marqué par le maître suprême

Tu reviens : de lui-même

Le bandeau ceint ton front !

Tu reviens sans trésors , sans alliés , sans armes Toucher du pied royal cette terre de larmes , Cette terre de feu qui dévorait les rois ! Comme un homme trompé par un funeste rêve,

On s'éveille, on se lève,

On s'élance à ta voix !

Le voilà ! — Ce seul mot a reconquis la France !

Tout un peuple çnivré de zèle et d'espérance

Te porte dans ses bras au palais paternel !

Le soldat, des Germains ne compte plus le nombre,

Et se désarme à l'ombre

De son trône éternel!

Les villes à tes pieds portent leurs clefs fidèles ^ Les soldats étonnés , ouvrant leurs citadelles , Comme un salut royal déchargent leur canon ! Ces drapeaux que jamais, aux éclairs de la poudre,

Ne fit baisser la foudre ,

S'abaissent à ton nom!

La liberté superbe , à ta voix assouplie ,

Sous un joug volontaire avec amour se plie -,

Tvi souris au pardon , sur la force appuyé !

Trente ans comme un seul jour s'effacent : ta mémoire

Se souvient de la gloire ,

Le crime est oublié!

Il semble qu'un esprit de grâce et d'harmonie

Aux cœurs de tes sujets ait soufflé ton génie!

Que du royal martyr le vœu soit accompli !

Et que chaque Français, comme une sainte oflraiide,

Devant tes pas répande

L'espérance et l'oubli.

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