‹ Chant du sacre, ou, La veille des armesChapitre 4 sur 6 · CHA^T DU SACRE · texte numérisé non relu

CHA^T DU SACRE

Viens donc ! élu du ciel que sa force accompagne , "Viens! — Par la majesté du divin Charlemagne! La valeur de Martel ou du soldat d'Ivri ! Par la vertu du Roi qu'a couronné l'Eglise!

Par la noble franchise

Du quati^ènie Henri !

Par les brillaus surnoms de cette race auguste : Le Sage , le Vainqueur , le Bon , le Saint , le Juste ; LcT grâce de Philippe ou de François premier ! Par l'éclat de ce Roi dont l'ascendant suprême

Imposa son nom même

Au siècle tout entier!

Par ce martyr des Rois qui mourut pour nos crimes! Par le sang consacré de cent mille victimes ! Par ce pacte éternel qui rajeunit tes droits! Par le nom de celui dont tout sceptre relève !

Par l'amour qui t'élève ,

Sur ce nouveau pavois!

Au nom du seul puissant , du seul saint , du se\\\ sage , Dont l'espace et le temps sont le vaste héritage, Dont le regard s'étend à tout siècle , à tout lievi! Sois sacré ! tu deviens par ce royal mystère

Le maître de la terre ,

Le serviteur de Dieu!

Règne! juge! combats! venge! punis! pardonne! Conduis ! règle ! soutiens ! commande ! impose ! ordonne ! Parla vertu d'en haut, sois couronné! sois Roi! Ta main , dès cet instant , peut frapper , peut absoudre ;

Ton regard est la foudre !

Ta parole est la loi !

^^L dit : un seul cri part; l'air mugit, l'airain sonne Les drapeaux déroulés flottent ; le canon tonne , Et l'ardent Te Deum , ce cantique des rois , S'élance d'un seul cœur pt de cent mille voix !

^^UE la terre et les cieux et les mers te bénissent ! Qu'au chœur des chérubins les séraphins s'unissent Pour célébrer le Dieu, le Dieu qui nous sauva ! Saint, Saint, Saint est son nom! Que la foudre le gronde ! Que le vent le murmure , et l'abîme réponde : » Jéhova ! Jéhova !

)) Qu'il gouverne à jamais son antique héritage ! )) Sur les fils de nos fils qu'il règne d'âge en âge \ » Nos cris l'ont invoqué ! sa foudre a répondu ! » De toute majesté c'est la source et le père! » Le peuple qui l'attend, le siècle qui l'espère y) N'est jamais confondu !

Qu'il est rare , ô mon Dieu , que tel main nous accorde Ces temps , ces temps de grâce et de miséricorde, Où l'homme peut jeter ce long cri de bonheur, Sans qu'un soupir, faussant le cantique d'ivresse, Vienne en secret mêler aux concerts d'allégresse » L'accent d'une douleur !

Mais béni soit mon temps ! le inonde enfin respire. De trente ans de combats le bruit lointain expire 5 La terre germe l'homme , et n'a plus soif de sang ! Sur deux mondes unis qui marchent en silence On n'entend que la voix de la reconnaissance » Qui monte et redescend.

Les rois ont recouvré leur divin héritage ; Les peuples leur rendant un légitime hommage , Ont place dans leurs mains le sceptre de la loi ! Elle brille à leurs yeux comme un céleste phare , Et dans le temple en deuil leur piété répare » Les débris de la foi.

4o CHAMT DU SACRE.

» L'homme voit sur les mers ses flottes mutuelles » A tous les vents du ciel ouvrir leurs libres ailes ; « La sueur de sou front ne germe que pour lui 5 » Et partout dans la loi , sourde comme la pierre , » Le crime a son vengeur, la force sa barrière , )) Le faible son appui.

)) En génie , en vertu , la terre encor féconde , » Ouvre un champ sans limite à l'avenir du monde ^ » Chaque jour à son siècle apporte son trésor \ » Les élémens soumis ont reconnu leur maître , )) Et l'univers vieilli , rêve qu'il voit renaître » Un dernier âge d'or ! . . . .

VEILLE DES ARMES. 4i

'/T toi qui relevant les débris des couronnes , Viens du trône des rois embrasser les colonnes, Rêve des nations, qu'ont vu passer nos yeux , Que le Christ après lui fit descendre des cieux , Liberté ! dont la Grèce a salué l'aurore , Que d'un berceau de feu ce siècle vit éclore , Viens ! le front incliné sous le sceptre des Rois , Poser le sceau du peuple au livre de nos lois! Trop long-temps l'univers lassé de tes orages, Aux mains des factions vit flotter tes images ; Trop long-temps l'imposture usurpant ton beau nom, De ses honteux excès fit rougir la raison : L'univers cependant , effrayé de lui-même , T'invoque et te maudit , t'adore et te blasphème , Et comme un nouveau culte aux humains inspiré. Ne peut fixer encor ton symbole sacré !

Je ne sais quel instinct , plus sûr que l'espérance , Présage aux nations ton règne qui s'avance ! L'opprimé , l'oppresseur te rêvent à la fois : Un peuple enseveli ressuscite à ta voix ; Le voile qui des lois couvrait le sanctuaire Se déchire, et le jour de tes yeux les éclaire. Les partis triomphans , si prompts à t'oublier, Se couvrent de ton nom comme d'un bouclier; Chaque peuple à son tour te possède ou t'espère , Et ton œil cherche en vain un tyran sur la terre !

Viens donc ! viens , il est temps , tardive Liberté !

Que ton nom incertain par le ciel adopté ,

Avec la vérité , la force et la justice ,

Du palais de nos Rois orne le frontispice !

Que ton nom soit scellé dans les vieux fondemens

De ce temple où la foi veille sur leurs sermcns ;

Et que l'huile en coulant sur leur saint diadème

Retombe sur ton front et te sacre toi-même !

Règne! mais souvieus-toi que l'illustre exilé

Par qui , dans ces climats , ton deuil fut consolé ,

Précurseur couronné que salua la France ,

T'annonça dans nos maux comme une autre espérance 5

Et l'arrachant lui seul aux mains des factions ,

Fit de tes fers brisés l'ancre des nations î

Que ton ombre régnant sur un peuple en délire ,

Et victime bientôt des fureurs qu'elle inspire ,

Fit au monde étonné regretter les tyrans !

Que tu fus encliainée au char des conquérans ,

Que ton pied traine encor les fers de la victoire

A ces anneaux dorés qu'avait rivés la gloire ,

Et que pour affermir et consacrer tes droits,

Ton temple le plus sur est le cœur des bons Rois!

H(Df

Page 1