VI PRÉFACE
bout des cheveux du saule ; au pied des moulins de Montmartre, dont le tic-tac semble scander les vers ; à Enghien, à défaut du lac d'Elvire et du lac Majeur, ou parmi les petits jardins de lilas et d'aubépine, dont les branches, quand on les dérange, laissent tomber des souvenirs avec des perles de rosée et des gouttes de pluie semblables à des larmes. Une fraîcheur toute moderne s'allie, dans ce charmant recueil, à la franche saveur gauloise. La stance alterne avec le couplet le plus harmonieusement du monde. Si l'auteur est sensible au bleu argenté du clair de lune, le rouge clair qui scintille au ventre d'une bouteille ne lui déplaît pas. Libre, pur, sincère, il lève franchement son verre plein de vin et boit sans crainte le généreux sang de la vigne, sûr que son honnête souffle n'amènera aucune parole mauvaise, aucun secret immonde sur ses lèvres empourprées, oii la chanson voltige comme une abeille sur une fleur. 11 y a loin de là à ces stupides refrains bachiques qui font venir la nausée comme un mélange de bois de Campêche et de litharge. M. de Chàtillon est peintre; l'habitude d'étudier la nature, de saisir les effets, de suivre les lignes, d'apprécier les rapports des couleurs, lui a donné, sans qu'il la recherchât, une précieuse originalité d'écrivain; chez lui, point de descriptions vagues, point de métaphores mal suivies; chaque objet est à sa place, comme dans un tableau , avec sa lumière,