‹ Chant et poésieChapitre 3 sur 81 · PRÉFACE. VJ · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VJ

son ombre portée, sa perspective; ses figures sont bien plantées, ont une physionomie distincte, et sont indiquées par une louche vive et spirituelle. Ce qu'il chante, il serait capable de le dessiner, au besoin môme de le sculpter, car il manie aussi bien le ciseau que la brosse : jamais nature ne fut plus artiste. Vignette, paroles et musique d'Auguste Chàtillon est une signature qu'il pourrait mettre au bas de chacune de ses charmantes pièces, dont plusieurs ne seraient m déplacées parmi les chants populaires de la France, que fait recueillir maintenant le ministère de l'instruction publique. M. de Chàtillon, bonne fortune que lui envieront tous les poètes, a composé plus d'une de ces chansons qui semblent faites par tout le monde et n'avoir jamais eu d'auteur; telles qu'en inventent les carriers en tournant leur grande roue rouge, les charretiers au tintement des grelots de leur long attelage, les compagnons en brandissant leur canne enrubannée sur le chemin du tour de France, les villageois en versant leur hotte pleine de raisins dans la cuve (te la vendange, la jeune fille en tirant en silence son aiguille près de la fenêtre que l'hiron'delle libre vient agacer de sonaile.- Son auberge de la Grand'Pinte, entre autres, vaut, par ses tons doux et bruns, sa chaude couleur enfumée, un cabaret d'Ostade. Seulement, la lourde ivresse de la bière et du tabac fait place a l'entrain philosophique et joyeux de bons vivani

v'anls

VHI PREFACE.

trinquant à l'amitié et se réjouissant devant un bon feu, d'être à l'abri des frimais qui poudrent la plaine à blanc et dessinent leurs ramages sur les carreaux.

Après la Grand'Pinte, indiquons à L'attention du lecteur, Coup d'oeil a travers une grille, la Berceuse, Vêprée. AU petit Démon. Pigeon, Solitude. Montmorency . petits chefs-d'œuvre de sentiment et de grâce. — Tout en gardant la note familière, le poëte, qui jadis a vécu dans l'intimité amicale des maîtres de la grande école romantique, a su rester dans les limites de l'art. — La rime, le rithme, la çonpe des strophes dénotent chez lui ce souci constant de la forme, sans lequel il n'y a pas d'œuvre durable. — >~ous prédisons donc, sans crainte d'être un faux prophète, un succès de vogue au volume de M. de Chàtillon auprès des naïfs et des lettrés, car il concilie la simplicité et l'art, et ses chansons peuvent se brailler au cabaret et se soupirer au salon.

Théophile Gautier.

C'est mon premier livre, lecteur, Et si votre esprit s'en délasse Comme d'une brise qui passe, 3e serai fier d'en être auteur.

En deux mots, voici la préface:

« J'ai chanté selon mon humeur

Et fait de mon mieux. — Par malheur

La tristesse a pris trop de place.

Si vous aimez ce livre ainsi, Au Hasai\l je dirai : Merci !

Car c'est un bizarre mélange,

Comme une vie en désarroi :

Le Diable est à côté de l'Ange, Le Doute à côté de la Foi.

I A (iRANDPlNTE

A la Grand'Pinte, quand le vent Fait grincer l'enseigne en fer -blanc,

Alors qu'il gèle ; Dans la cuisine on voit briller Toujours un tronc d'arbre au foyer;

Flamme e'ternelle Où rôtissent, en chapelets :

Oisons, canards, dindons, poulets.

Au tourne-broche; Et puis le soleil jaune d'or, Sur les casseroles encor

Darde et s'accroche.

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