‹ Chant et poésieChapitre 20 sur 81 · L'OEUVRE D'ART · texte numérisé non relu

L'OEUVRE D'ART

Si vers vous, ses regards s'étaient un jour tournas, Si vous aviez pu voir son coquet petit nez ; Si sa bouche cerise et ses cheveux d'ébène. Vous étaient apparus seulement un instant Roi, vous en eussiez fait aussitôt votre reine! Peintre, je ne pouvais, hélas! en faire autant.

Elle était ma Vénus, ma beauté, mon modèle.

Nulle n'était rieuse et charmante comme elle.

Bien qu'elle préférât, de ses propres aveux,

Aux tableaux les plus beaux, le bal le plus champêtre;

Pour l'en aimer un peu moins, il me fallait être

Imbécile ou mauvais : je n'étais rien des deux.

SS l'oeuvre d'art.

Elle était belle et bonne, et sur cela j'insiste; Elle était ravissante, et nullement artiste. M'imaginant. à tort, me grandir à ses yeux : Dans l'art je m'efforçais à faire de mon mieux.

Un jour, dans un tableau, j'avais peint son visage ; Son profil syriaque était splendide a voir; J'étais fier de cette œuvre. Elle me dit, le soir: Pourquoi ne peins-tu pas sur émail?... Quel dommage!

M'en rapportant à vous, artistes, nies amis, Vous seuls apprécïrez ce mot d'email, là mis.

— On préfère au géant, bien souvent un pygmée... Je n'étais grandi, moi, que par ma bien-aimée; J'espérais son éloge.... et mon chef-d'œuvre fait: Mon Dieu! ne produisit sur elle aucun effet.

Pour comprendre : V émail, décoché sur ma gloire, Il faut être orgueilleux comme un peintre d'histoire! Qu'importe? elle m'aimait, et je l'aimais aussi.

— Et la moralité se trouve dans ceci :

Tout grandit par l'amour, c'est lui qui nous inspire ; La femme est l'instrument, mais c'est nous qui chantons. Soyons heureux ainsi, créons pour un sourire.... Hélas] puisque le luth n'entend pas les chansons.

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