‹ Chant et poésieChapitre 77 sur 81 · I \ CHAT · texte numérisé non relu

I \ CHAT

C'est le fait d'un sauvage !

Et votre jeunesse, en un mot, Peut seule me toucher, Mignot ;

Je pardonne à votre âge.

Mais Mignot, dans sa langue aussi,

Me dit : C'est un peu drôle De venir me prêcher ainsi.

Quel est donc votre rôle?

Qui ne mangez-vous pas? — Vraiment, Vous qui prenez un ton charmant

Pour un pareil reproche ; Gare à moi ! si vient le moment

De me mettre à la broche.

La cigale frissonne et les raisins sont mûrs. Tout se tait dansleschamps,où chaque pampreest rouge, Les marronniers du parc regardent si leurs murs Sont toujours à leurs pieds. — Le grand peuplier bouge Le vent veut s'élever, et le brouillard du soir Estompe îi l'horizon le point que j'aime à voir.

Le soleil est couché. — Traverse les prairies, Bondis, ô mon cheval ! on nous attend tous deux ; La nuit tombe, et c'est toi qui toujours généreux, M'emportes dans l'espace, où vont mes rêveries....

Pour tous les vignerons c'est l'heure du souper. Hop ! car déjà les toits des chaumières s'enfument. Et les étoiles d'or aux fenêtres s'allument, Et l'on entend au loin, les chiens dogues japper. Ton galop cadencé retentit sur la route.

Tout est morne. Les champs, les bois sont violacés

La nature s'endort. Le ventbruïl, j'écoute. — L'horizon seul est clair, les nuages foncés.

Hop! hop! Quels sifflements... C'est la bise qui chante. En automne, la nuit le vent est glacial. Je vois l'arbre s'enfuir... le champ tourner... la plante Se pencher pour mieux voir galoper mon cheval.

La route est singulière ainsi que toutes formes; Les vapeurs de la nuit confondent, mêlent tout: Les buissons rabougris, de loin semblent énormes. L'orfraie et le hibou chantent, perchés partout !...

Hurrah! hurrah! Voici les murs du cimetière, Voici les tombeaux blancs... Plus vile, par ici; Les morts sont là, crispés et couchés sous la pierre, £i eu silence dit : Vous serez tous ainsi.

LE CAVAI.IKH. |'2l

Hurrah! La mort poursuit... va vile, le temps presse. Oh! si j'allais mourir en chemin, dans le bois.... Manquer au rendez-vous! Que dirait ma maîtresse '.* Tu voles, elle atlend... et tu comprends, je crois.

Hurrah ! hurrah ! hurrah ! Je sens sur mon visage Comme un masque glacé qui m'étreint au passage; J'entre dans la forêt, où se tord sous le vent, L'arbre désespéré comme un être vivant.

Je ne distingue plus un poteau d'une tige.

Tout passe, m'éblouit... Ton élan furieux

Fait voler dans les airs mon chapeau... Quel vertige!

Tout fuit et tourbillonne, et je sens sur mes yeux

Aveuglés par le vent, un brouillard, un nuage,

Et des larmes rouler le long de mon visage.

Si je me désarçonne, une chute est la mort...

Faire naufrage ici, quand là-bas est le port !

Dieu ne le voudrait pas. — Je vais voir ma maîtresse,

Et je ne puis tomber malgré tant de vitesse ;

Car j'ai l'amour en croupe et l'espoir avec moi.

— Poursuis donc l'horizon qui s'enfuit devant toi....

Quand chacun de tes pieds sur la pierre étincelle, Tu peux incendier la forêt... — Si lu veux. Retarde un peu ta course, ou bien crins et cheveux Arrachés par le vent, voleront péle-méle.

Va ! puisque je ne peux arrêter ton essor.

Hurrah! hurrah! hurrah! hurrah! — Plus vite cneor,

Tu ne dépasseras jamais une pensée !

Mais l'air s'attiédit.... La forêt est passée.

Encor plaines et bois. — Au bruit du vent du nord,

Va, comme en poursuivant un cerf au son du cor ;

Puisque tu veux courir , cours, franchis ! — Dans ta course, J'ai perdu mon chapeau, ma cravache et ma bourse. Qu'importe? ei demain, aux rayons du soleil, Quelque vieux bûcheron trouve cet or vermeil; Il s'en ira porter la joie en sa demeure. Et s'il n'a rien, du moins sera-t-il riche une heure. Argent perdu, tant pis ! — Heureux de mon amour, Je ne demande pas deux bonheurs dans un jour.

Hurrah ! Nous arrivons... Hurrah !... La plaine immense

Est déjà traversée! — Et, pour ta récompense,

Tu seras caressé sur le front, comme moi;

Et l'hospitalité sera digne de toi.

Hurrah !... Tu ralentis ta course vagabonde ;

L'écume, aux fils d'argent, en longs réseaux t'inonde,

Et tu viens t'arrêter de toi-même, au buisson

D'où je peux contempler sa petite maison.

Salut! mon paradis, mon endroit, ma chaumière, Mon coin aimé ; maison, murs cachés sous le lierre ;

Banc de pierre à la porte, où l'arbre hospitalier

Offre les fruits mûris que lui tend l'espalier;

En penchant ses rameaux sur l'indigent qui passe,

Ou sur le voyageur qui veut y prendre place.

Salut ! mon paradis; le feu brille, on m'attend,

Mon chien Pyrame aboie et la fenêtre s'ouvre....

Aux battements d'un cœur, roi, j'entredans mon Louvre!

•le suis heureux! Un roi peut-il en dire autant?

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