LA BECASSE
Je ne sais pas. Mais c’est ravissant !
LA FAISANE, qui, elle, n’oublie pas de surveiller le ciel entre les branches, — a part.
La nuit passe!
L’Etoile | yee -
Vet A - r \ it Pteay CHAN TECLER, au Siemieot @une voix couragée
‘ Chanter !. !... Mais connaissant ton cristal s sans défant, Nais, je me ‘contenter de mon cuivre?
Sty Pa ape ae io LE ROSSIGNOL. . Le a eat ty emai iy | FS faut! ane . CHANTECLER. f + oe Vaisje pouvoir chanter? Mon chant va me paraitre,
Hélas! irgp ¥ rouge et trop brutal !
LE. ROSSIGNOL. — ie Pat Le mien, peut ate “ M a sable quelquefois trop facile et trop bleu!
AF CHANTECLER. e - Oh! comment daignes-tu me faire cet aveu?
LE ROSSIGNOL
Tu ves batt pour une amie a moi, la Rose!
ae donc cette triste et rassurante chose 7% ~ Que nul, Coq du matin ou Rossignol du soir.
N’a tout a fait le chant qu'il réverait d’avoir !
bs Ye 5
CHAN TECLER, avec un désir passionné.
Ob! étre un son qui berce!
LE ROSSIGNOL, igs +
Yguk Rtre un devoir qui sonne! B
CHANTECLER. uy
Je ne fais pas pleurer!
LE ROSSIGNOL
Je n’éveille personne |
Mais aprés ce regret, il reprend, d’une yoix toujours plus haute et — plus lyrique :
Qu importe | Il faut chanter! chanter méme en sachant Qu ‘il existe des chants ay ‘on préfére a son chant! Chanter jusqu’a ce que..
je Une détonation, Un éclair dans le hallier. Court silence. Puis, un
petit corps roussitre tombe aux pieds de Chantecler. : f
CHANTECLER se penche, regarde ; Le Rossignol!... Les brutes !
7 Et sans voir Je tremblement pile qui commence a edinth Pair, its J ri un sanglot :
fi
Tué! = quand il n’avait Gants que cing minutes |
a8 ae ~ Une ou deux plumes voltigent lentement. }
LA FAISANE
La... ses plumes...
- CHANTECLER, pendant que le corps a un dernier soubresaut.
Meurs donc, petit André Chénier!
Bruit de feuilles froissées: et, d’un buisson, émerge la grosse tite ébouriffée de Patou. 4
Saguaas SCENE VIL
Les Mémes, PATOU, qui sortira un moment. ae eases CHANTECLER, 8 Patou. : aie ; Tort. , fe 4 : ‘AY vec un reproche. oat en Tu viens le chercher?
5! om PATOU, honteux.
ieee Mars Se Pardon... Ce braconnier
se M oblige...
CHANTECLER, qui s’était jeté devant le corps pour le protéger, le démasque. Hi
Un rossignol!..
‘ PATOU, baissant la tate.
vt Oui. La race méchante Aime lancer du plomb dans un arbre qui chante! ; 2
Vois... L’insecte creuseur de tombe est arrivé... “ie i PATOU, reculant doucement.
Je ferai comme si je n'avais rien trouvé!
; = petit corps.
Coléoptare, ; Oa le corps a frappé viens vite ouvrir la terre! — -— Les Nécrophores noirs sont les seuls fossoyeurs- Qui savent ne jamais vous emporter ailleurs, ‘ Pensant que la moins triste et plus pieuse tombe
~ C’est la terre qui s’ouvre a la place ot l’on tombe!
Aux Insectes funébres, tandis aa le Rossignol commence doucement & s’enfoncer.
os, +
Ces -Creusez !
LA FAISANE, 4 part, regardant l’horizon.
. La-bas...
y En vérité, je vous le dis, Bulbul, -verra ce soir |’Oiseau du Paradis!
LA FAISANE, & part.
Le fave blanchit... \
Coup de sifflet au loin.
PATOU, & Chantecler.
ie Je yais revenir. On m‘appelle. % Aton - Il disparatt.
Pes :
my \ LA FAISANE, qui regarde tantét Phorizon, tantét le Coq, ate avec inquiétude, ; > a x of Ah! comment lui cacher?..
nh >} 4 bad Elle s’avance tendrement vers Chantecler, l’aile ouverte, pour Jui BAy cacher le cété qui s’éclaire tim peu, et profitant de sa douleur: ‘ . Viens pleurer sous mon aile!
Tl met, avec un sangiot, sa téte sous laile consolatrice.. . qui.se rabat vivement sur lui. Et la Faisane le berce en murmurant °
Tu vois bien que mon aile est’douce... tu vois bien...
ee s “ek al. ee bg ag
" cuanreeten, pew oie oun Res ee
is FAISAN E, le bergant toujours et regardant de ‘temps en tinge rh. : derriére elle, v un rapide mouvement de téte, ov en est la lumiére. i ...Qu’une aile est un coeur déployé... — eet.” (oe ae A part.
Sar ; i BH Ne L’Aube vient!
A Chantecler.
Tu vois bien... — a aAR: de ° A cart x =e Liair palit.
* A Chantecler.
Pee ..-Qu’elle est...
Pe BR es. OF” Pe apart.s “i - Tout l’arbre est rose!
oe A Chantecler.
& ...Un bouclier qui berce, un manteau a repose, Un baiser jee finit par devenir un toit..
/ Tu vois bien..
Elle dine en arriére, et écartant brusquement ses ailes :
B.) que le jour peut se lever sans toi! oe i CHAN TECLER, avec le plus ‘grand cri de douleur que puisse pousser
a 5 un étre. \
3 “Ah! -
a LA FAISANE, continuant implacablement.
---——.,.que les mousses vont bient6t étre écarlates !
Bee;) "- GHANTECLER, courant aux mousses.
Ah! non, men attendez! pas sans moi!..
Les mousses § eniohineoe
a Les ingrates!
; LA FAISANE
L’horizon...
CHANTECLER, suppliant, a I’horizon. “ie Non!... Des” LA FAISANE. eu ...8e dore!
Tout le fond se dore en effet.
ot : CHANTECLER, chancelant.
Ah! quelle trahison!
Wiig ean rei “LA FAISANE. t
q ae On est tout pour ‘un ceeur, rien pour un hor ee 5 as Pindae CHANTECLER, deéfaillant. - a.
Ah! Crest vrai..= meee oy : : % TENG
; PATOU, qui rentre, joyeux et cordial, ee
| Me voila, c'est moi, je viens te dire —
Qu ‘ls Taulent tous ravoir, dans la ferme en délire,
Le Cog qui fait le jour du haut de son talus,
; CHANTECLER. - weg Ils le croient maintenant que je ne le crois nicer
; PATOU, s'arrétant, saisi. — BS ‘
Comment? ;
LA FAISANE, se serrant Aprement contre hanionlass
Tu vois qu'un coeur qui contre vous se serr
-Vaut mieux qu'un ciel auquel on n'est pas nécessaire |
GHANTECLER.
LA FAISANE. é
Que l’ombre, aprés tout, vaut bien le j jour loisqut ona de l'ombre on est deux !+ ke
‘J ~é il
AU
CHANTECLER, égaré. \ ‘hae “A
Oui... oui... %
oie Mais, tout d'un coup, il s’écarte d’elle, se redresse et d'une voix éclaen ee tante : é
Rok .% Cocorico !
ee LA FAT§ANE, interdite. ee Pourquoi chantes-tu donc! .
as : GHANTECLER.
ae Pour m’avertir moi-méme, 7 Ns Puisque j’ai par trois fois remié ce que j'aime! Bye. | no LA FAISANE. Ks
} Kt quoi donc?
CHANTECLER, Mon meétier !
A Patou.
Reprenons le sentier }
Sra FAISANE, Que vas-tu. faire?
Mon métier! ;
AC FAISANE, avec fureur. ,
; -CMUANTECLER.
. a , La paupieére | re ae oS FAISANE, lui montrant la pourpre prep sane ale Aurore. Soit ! tu réyeilleras les dormeurs.. : ys) i * CHANTECLER. ake ea Et Saint Pierre!
es LA FAISANE. | .
- Mais tu vois que le jour s'est levé sans ta voix!
3 CHANTECLER. . fate ‘ Mon Becin est plus stir que le jour que je vois | ee Be ; LA FAISANE, désignant le corps du Rossignol, déja a moilié Mee er. dans Ja terre.
oe \-Pas, pl h F t !
PS wed oP p us que ce chanteur ta oi ne peu renaitre
‘ a 2 ss al UNE VOIX, dans l’arbre, au-dessus de leurs létes, fait tout 4 coup éclater | aN la note émouvante et limpide.
Tio! Tio! . ‘ee .
“LA FAISANE, *frappée de stupeur. eat Un autre chante?
PATOU, Jes oreilles frémissantes.
Et mieux encor peut-ttre !
LA FA 1s ANE, regardant avec effroi dans le feuillage, puis dans'la petite as tombe qui se creuse.
Un autre chante quand celui-ci disparait?
x ; LA VOIX.
[I faut 11 rossignol, toujours, dans la forét!
Et, dans |’duae, une foi si bien habituée Quelle y revienne encore apres qu'on I’a luée!
eae A PAISANE. Pat le soleil monte? — a! es 5S, ae Beate ie ce te CHANTECLER.
| Sep ke os Eh bien, c'est que dans Pai Ta avait da rester de ma chanson dhier !
A ce moment, des vols mous et gris passent a travers les arbres.
LES HIBOUX, ululant de joie.
A: + PATOU, qui a levé la late et les suit ee Jeux. | oe “ Les Hiboux,. fuyant la clarté neuve, : Sont rentrés dans le bois!
LES H1IBOUX, regagnant leurs trous dans les et arbres. ie Il sest tu!
e) CHANTECLER, toute sa force retrouvée.
Nae Et la preuve ry Que j je servais a la clarté quand j Je chaniais, ; Crest que tous les Hiboux sont gais quand je me tais! ; Et marchant vers la Faisane, avec une sorte de défi. Je fais venir 'Aurore!... et je fais plus! ,
me = se LA FAISANE, suffoquée. eS : Vous faites?...° “fam * CHANTECLER. 2 — Car, dans les matins gris ol tant de pauvres bétes, ' $'éveillant sans y voir, n’osent croire au réveil, Le cuivre de mon chant remplace le soleil !
ir kh 3 - Et il remonte en disant : Allons chanter! :
Comment reprend-on du courage Quand on*douta de |’ceuvre?
me oh On se met 4 l’ouvrage | Y LA FAISANE, avec une colére obstinée.
Mais si tu ne fais pas se lever le matin?
ar CHANTECLER.
Me \c est que je suis le Coq d’un soleil plus lointain |
iy Be ees AO oe cae Paes
. fes cris font 4 la Nuit qu’ils percent sounniee voiles- Ces blessures de jour qu’on prend pour. des étoiles! — Moi, je ne verrai pas luire sur les clochers. ea Le ciel définitif fait d’astres rapprochés;
Mais si je chante, exact, sonore, et si, sonore,
Exact, bien aprés moi, pendant longtemps encore, ~ Chaque ferme a son Coq qui chante dans sa cour, — Je crois qu'il n’y aura plus de nuit!
Mise} “LA FAISANE. se Phe if Quand? ae ek CHANTECLER.
eae | eet Un Jour! —
oe -*. LA. FAISANE. SP ofl
Va-t’en donc oublier notre forét! a ;
s CHANTECLER. y ye
Non certe,
__ Je n’oublierai jamais la noble forét verte
Ou j’appris que celui qui voit son réve mort a’
___Doit mourir tout de suite ou se dresser plus fort!
: it aS LA FAISANE, d'une voix qui veut étre insullante-
Rentre a ton poulailler, le soir, par des échelles!
q 5S = CHANTECLER. . pa . Les oiseaux m’ont appris qu’on monte avec ses ailes! 3 VE LA FAISANE. ~ oie ; Va voir ta vieille Poule au fond de son panier! ; i CHANTECLER. :
: Ahi forét des Crapauds, forét du Braconnier, | Forét du Rossignol, forét de la Faisane, ye Quand elle me verra, ma vieille paysanne, AWTS Revenir de ton ombre ow |’on souffre en aimant, Que dira-telle? |
PATOU, imitant la vieille voix attendrie.
« Ila grandi »...
E CHANTECLER, avec force. if | Certainement !
oA I] va pour sortir.
at aye {
aie ‘part !.. Pour les garder quand ils sont i
mn Des bras ! des bras! des Doe, ae tie n Bre,
PATOU, ae
tle: Va-t’en ! ip an ae Sinem 5 3 ~ bas 4 aan Tween - CHANTECLER, & Paton. +g Raa Reste un peu! hes 2a ea Sia ‘\, PATOU. i 1 Je veux bien! —
Rien ne sait regarder pleurer comme un vieuX chien
PrReA.s FAISANE, criant, a Chantecler, avec un bond vers lui. ae) \ toe
a Emmeénemoi!
CHANTECLE R se retourne, et d’une voix inflexible. Sp Veux-tu passer aprés l’Aurore ?
aa LA FAISANE, dans un recul sauvage. * a , Jamais! =~ ! aa aa - fe a CHANTECLER.
ge. \ Alors, adieu!
Beet)" / LA FAISANE.
Je te hais! ee CHANTECLER, qui déja s’éloigne & travers les broussailles. F “y Je tadore ! <a ~~~ Mais je servirais mal oeuvre qui me reprend ay Prés de quelqu’un pour qui quelque chose est. plus grand
I] disparait. A