ACTE DEUXIEME. I
C II A N r E C I. K « .
Oui, je sens que je vais lo dire, et que j'ai tort! Tout ça, paico qu'elle a sur la tète de l'or!
Il marcli.(i lirusquemenl sur elle.
Seras-tu digne, au moins, d'avoir été cboisiei^ Jusqu'au fond la poitrine est-elle cramoisie?
Parle!
GIIANTECLER.
Regarde moi, Faisane, et, s'il se peut. Tâche de découvrir toi-même, peu à peu. Cette vocation dont ma forme est le signe. Reconnais tout d'abord mon destin à ma ligne, Et que, cambré comme une trompe, m'incurvant Comme une espèce de cor de chasse vivant. Je suis fait pour qu'en moi le son tourne et se creuse Autant que pour nager fut faite la macreuse! Attends!... Constate encor qu'impatient et fier Et grattant le gazon de mes griffes, j'ai l'air De chercher dans le sol, tout le temps, quelque chose..
LA FAISANE
Eh bien! mais vous cherchez des graines, je suppose?
Non! ce n'est pas cela que jamais j'ai cherché. J'en trouve, quelquefois, par-dessus le marché. Mais, dédaigneusement, je les donne à mes poules!
LA FAISANE
Alors, griffant toujours la terre que tu foules. Que cherches-tu?
L'endroit où je vais nie planter.
Car toujours je me plante au moment de chanter. Observe-le !
LA FAISANE
C'est juste, et puis tu t'ébourififes.
(08 CIl.VN TECLER.
Je ne chante jamais que lorsque mes huit grilTcs
Ont trouvé, sarclant riierbc et chassant les cailloux,
La place oii je parviens jusqu'au tuf noir et douxl
Alors, mis en contact avec la bonne terre.
Je chante!... et c'est déjà la moitié du mystère,
Faisane, la moitié du secret de mon chant...
Qui n'est pas de ces chants qu'on chante en les cherchant,
Mais qu'on reçoit du sol natal, comme une sève î
Et l'heure où cette sève, en moi, surtout, s'élève,
L'heure où j'ai du génie, enfin, où j'en suis sûr.
C'est l'heure où l'aube hésite au bord du ciel obscur.
Alors, plein d'un frisson de feuilles et de tiges
Qui se prolonge jusqu'au bout de mes rémiges,
Je me sens nécessaire, et j'accentue encor
Ma cambrure de trompe et ma courbe de cor;
La Terre parle en moi comme dans une conque;
Et je deviens, cessant d'être un oiseau quelconque,
Le porte-voix en quelque sorte officiel
Par quoi le cri du sol s'échappe vers le ciel 1
LA FAISANE
Chanteclcr 1
CnANTECLER.
Et ce cri qui monte de la Terre, Ce cri, c'est un tel cri d'amour pour la lumière, C'est un si furieux et grondant cri d'amour Pour cette chose d'or qui s'appelle le Jour, Et que tout veut ravoir : le pin sur ses écorces. Les sentiers soulevés par des racines torses Sur leurs mousses, l'avoine en ses brins délicats Et les moindres cailloux dans Icm's moindres micas; C'est tellement le cri de tout ce qui regrette Sa couleur, son reflet, sa flamme, son aigrette Ou sa perle; le cri suppliant par lequel Le pré mouillé demande un petit arc-en-ciel A chaque pointe verte, et la foret mendie Au bout de chaque allée obscure un incendie;