‹ ChanteclerChapitre 71 sur 157 · I.e cri de froid, le cri de peur, le cri d'ennui · texte numérisé non relu

I.e cri de froid, le cri de peur, le cri d'ennui

De tout ce que désarme ou désœuvré la Nuit;

De la rose tremblant, dans le noir, toute seule;

Du foin qui veut séclicr pour aller dans la meule;

Des outils oubliés dehors par les faucheurs

Et qui vont se rouiller dans l'herbe; des blancheurs

Qui sont lasses de ne pas être éblouissantes;

C'est tellement le cri des Bêles innocentes

Qui n'ont pas à cacher les choses qu'elles font,

Et du ruisseau qui veut être vu jusqu'au fond;

Et même — car ton œuvre, ô Nuit! te désavoue —

De la flaque qui veut miroiter, de la boue

Qui veut redevenir de la terre en séchant;

C'est tellement le cri magnifique du champ

Qui veut sentir pousser son orge ou ses épeautres ;

De l'arbre ayant des fleurs qui veut en avoir d'autres;

Du raisin vert qui veut avoir un côté brun;

Du pont tremblant qui veut sentir passer quelqu'un

Et remuer encor doucement sur ses planches

Les ombres des oiseaux dans les omlDres des branches;

De tout ce qui voudrait chanter, quitter le deuil,

Revivre, resservir, être une berge, un seuil,

Un banc tiède, une pierre heureuse d'être chaude

Pour la main qui s'appuie ou la fourmi qui rôde;

Enfin, c'est tellement le cri vers la clarté

De toute la Beauté, de toute la Santé,

Et de tout ce qui veut, au soleil, dans la joie.

Faire son œuvre en la voyant, pour qu'on la voie;

Et, lorsque monte en moi ce vaste appel au jour,

J'agrandis tellement toute mon âme pour

Qu'étant plus spacieuse elle soit plus sonore

Et que le large cri s'y élargisse encore;

Avant de le jeter, c'est si pieusement

Que je retiens ce cri dans mon âme, un moment;

Puis, quand, pour l'eu chasser enfin, je la contracte. Je suis si convaincu que j'accomplis un acte; J'ai tellement la foi que mon cocorico Fera crouler la Niiit comme une Jcriclio...

LA. FAÏSATTï;, épouvantée.

Chantccler!

CHANTECLEn.

Et sonnant d'avance sa victoire, Mon chant jaillit si ucA, si lier, si pércmploire, Que l'horizon, saisi d'un rose tremblement, M'obéitl

L\ FAISANE

Chanlecler !

Je chante 1 Vainement La Nuit, pour transiger, m'offre le crépuscule; Je chante! Et tout à coup...

LÀ. FAISANE

Chanlecler 1

CU.AÎiTECLER.

Je recule, Ébloui de me voir moi-même tout vermeil, Et d'avoir, moi, le coq, fait lever le soleil!

LA Ï'AISAHE.

Alors, tout le secret de ton chant.''...

CHANTECLEIV.

C'est que j'ose Avoir peur que sans moi l'Orient se repose! Je ne fais pas : « Cocorico! » pour que l'écho Répète un peu moins fort, au loin : (( Cocorico! » Je pense à la lumière et non pas à la gloire. Chanter, c'est ma façon do me battre et de croire. Et si de tous les chants mon chant est le plus fier. C'est que je chante clair afin qu'il fasse clair!

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