‹ ChanteclerChapitre 74 sur 157 · ACTE DEUXIEME. Il · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME. Il

CIIANTECLEU, duoe voix do commandement.

Horizon I reprenez, à mes cocoricos, Vos lignes de petits peupliers verticaux!

LA FAISANE, penchée sur la vallée.

On voit sortir de l'ombre un monde que tu crées!

GUANXECLER.

Je te fais assister à des choses sacrées.

— Collines des lointains, précisez vos contours 1 —

Faisane, m'aimez-vous?

LA FAISANE

Nous aimerons toujours Être dans le secret des Éveilleurs d'Aurore!

GIIANTECLER.

Tu me fais mieux chanter. Viens plus près. Collabore.

LA FAISANE, bondissant près de lui.

Je t'aime!

CHANTBGLER.

Oui! tous les mots que tu me dis tout bas Deviennent aussitôt plus de soleil là-bas!

LA FAISANE

Je t'aime! *

GIIANTECLER.

Et si tu dis seulement : « Je t'adore! » Je vais dorer d'un coup la montagne!

. LA FAISA^E, hors d'elle.

Eh bien... dore!

GIIANTECLER, lançant son cri le plus éclatant.

Cocorico !

La montagne s'est dorée.

LA FAISANE, montrant les collines qui restent violettes

IMais les coteaux?

GHANTEGLER.

Chacun son tourl C'est aux cimes d'abord de recevoir le jour!

Il6 CIIANTECLCn.

— Cocorico!

LA FAISANE

Ah! sur une pente engourdie Glisse un premier rayon...

CHANTECLER, joyeusement.

Tiens! je te le dédie!

LA FAISANE

Les villages lointains commencent à se voir!

ghantecleh.

Coc...

Sa voix so brise.

Vous n'en pouvez plus !

G H A N T E G L E R , se raidissant.

Si! je veux en pouvoir!

Il lance cperdumenl :

Cocorico ! Cocorico !

LA FAISANE

Mais tu t'épuises!

ClIANTEGLER.

Vous voyez bien qu'il flotte encor des choses grises...

— Cocorico!

LA FAISANE

Tu vas le tuer!

Je ne vis Que lorsque je me tue à pousser de grands cris!

LA FAISANE, serrée conlre lui.

Je suis fière de toi !

ClIANTEGLER, ému.

Votre tète s'incline?

LA FAISANE

J'écoute se lever le jour dans ta poitrine! J'aime avoir entendu d'abord dans tes poumons Ce qui sera plus tard des pourpres sur les monts!

CII ANTECLEU , lan:lis que les peliles maisons lointaines commencent à fumer dans l'aurore.

Je le déclic cncor ces formes lalliimées : L'homme ofïVe des rubans, moi j'offre des fumées!

LA FAISANE, regardant la plaino.

Je vois grandir ton œuvre au loin !

GlIANTECLER, la regardant.

Moi, dans tes ycu.x!

LA FAISANE

Sur les prés!

Sur ton col !

Et, tout d'un coup, d'une voix étouffée :

Ah ! c'est délicieux I

LA FAISANE

Quoi?

CHANÏEGLER.

Je fais mon devoir en te rendant plus belle : Je redore à la fois mon valloq et ton aile!

Mais s' arrachant à la tendresse, il se précipite vers la droite.

Mais l'ombre, en s'enfuyant, livre encor des combats : Il reste quelque chose à faire par là-bas! Cocorico !

LA FAISANE, regardant le ciel.

Oh! là...

CHANTECLER regarde aussi, et avec mélancolie :

Que veux-tu que j'y fassc.^ L'étoile du matin s'efface!

LA FAISANE, a\ec le regret de la petite clarté que la Lumière est obligée d'effacer.

Elle s'efface!...

Ah! mais... nous n'allons pas nous attrister ainsi?

Et s'arrachant à la mélancolie, il se précipite vers la gauche.

Il reste quelque chose à faire par ici!

llS CIIA.NTLICLEH.

Coc...

A co moment des chanU de coqs montent de la vaUce. Il s'arrêlc et, doucement :

Tien*! les enlcnds-lu maintenantP

l.\ FAISANE.

Qui donc ose?.

CUAJiTECLER.

Ce sùiil les autres coqs.

LÀ FAISANE, penchée sur la plaine.

Ils chanlcnl dans du rose...

CUANTECLER.

Ils croient à la claiic dès qu'ils peuvent la voir.

LA FAISANE

Ils chantent dans du bleu...

J'ai chanté dans du noir.

— Ma chanson s'éleva dans l'omhre, et la première. C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière!

LA FAISANE, indignée.

Chanter en même temps que toi!...

CHANTECLEtt.

Ça ne fait rien.

Leurs chants prennent du sens en se mêlant au mien; Et ces cocoricos tardifs, mais cpii font nombre, Hâtent, sans le savoir, la retraite de l'ombre.

Droit sur le tertre, il cric aui cocjs lointains :

Oui, tous!...

CIIANTECLER et TOUS LES COQS A LA FOIS.

Cocorico !

Puis :

CUANTECLER, soûl, avec une cordialité Taniiliore.

Hardi, le jour!

LA FAISANE, trépignant à côte do lui.

Ilnrdi!

CllAM'ECI.ER, jclant des encouragements à la Lumière.

Mais oui, c'est ce foit-Ià qu'il faut dorer, pardi! Allons, voyons! du vert sur celte clicnevière!

A< TF, DEUXIEME. IIQ

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