Chapitre i i
ce même courage dont il avait donné pendant sa vie tant et de si magnifiques preuves. Jusqu'à la fin, il unit la plus noble résignation aux sentiments les plus chrétiens.
Ap rès avoir reçu son arrêt, il écrivit à la duchesse sa femme son dernier adieu en ces lignes :
« Mon cher cœur, je vous dis le dernier adieu avec une affection pareille à celle qui a toujours esté entre nous. Je vous conjure par le repos de mon âme, que j’espère
estl'e bientôt au marie-félice des ursins, duchesse de montmorency . religieuse de la visitation, a moulins
ciel, de modérer
vos ressentiments et de recevoir de la main de nostre doux Sauveur cette affliction. Je reçois tant de grâces de sa bonté que vous devez avoir tout sujet de consolation.
Adieu encore une fois, mon cher cœur1 »(}o octobre 16} 2).
Le désespoir de la maréchale fut sans bornes; elle tomba dans « un abîme de douleur », passant ses jours et ses nuits en prières. On entendait ses gémissements : « Mon Dieu, disait-elle, je n aimais que lui; vous me Lavez ôté pour que je n’aime que vous » 1 — On l’emprisonna ; tous les maux l’accablèrent, sa santé succomba. Enfin, après deux ans de réclusion, le roi accorda sa mise en liberté, dont elle usa pour se retirer à la Visitation de Moulins, 16^4. C’est là qu’après mille traverses elle recueillit les restes de son époux et fit élever le mausolée qui existe dans la chapelle du couvent2 vis-à-vis la grille du cloître. Après trente-quatre années passées dans la prière et les austérités, ses cendres rejoignirent enfin celles de celui qui avait été son unique amour en ce monde.
1 Vie de Madame de Montmorency , par Cotolendi.
2 Maintenant le lycée.