Chapitre i i
vertueuse, la plus aimable, la plus charmante des femmes. L’un et l’autre se plaisent à embellir cette résidence déjà si belle. Marie-Félice se souvient de son origine italienne. Voici des fontaines toutes vivantes de Nymphes, de Tritons, de Fleuves, de fleurs; les marbres, les statues éclairent la verdure de leurs blancheurs.
Les poètes chantent le maréchal, sa bravoure, sa magnificence ; la maréchale, sous le nom de Sylvie, sa piété, ses vertus, ses grâces, son savoir, sa bonté aussi, car elle est secourable à tous. En ces lieux Sylvie est vivante; la petite maison qui porte ce nom, dit encore de nos jours qu’aux heureux temps de sa vie elle aimait cette retraite et venait s’y reposer du monde. Mais les trop courts instants de bonheur que rappelle ce lieu s’effacent bientôt pour ne laisser qu’une apparence de vie à celle qu’on appelait « les délices du monde »; elle va disparaître et pleurer près d’un tombeau pendant de longues années, sous l’habit des filles de Sainte-Marie.
Gouverneur du Languedoc depuis 1613, Henri de Montmorency, mécontent de la cour après 1630, s’en fut résider dans son gouvernement; la duchesse l’y accompagna. Lorsqu’arriva l’entreprise de Gaston d'Orléans, elle fit tous ses efforts pour empêcher le maréchal de recevoir le frère du roi et de s’engager avec lui.
Très aimé en Languedoc, tout puissant dans ce gouvernement, Montmorency se crut assez fort pour la lutte; il arma, fut vaincu et pris le ier septembre 16^2.
Ni le roi, ni le cardinal de Richelieu n’écoutèrent les supplications de la maréchale demandant la vie de son mari; elle-même leur était suspecte; 011 l’accusait, bien à tort, d’avoir engagé le maréchal dans cette rébellion.
Le roi refusa de la voir. Elle conjura alors le duc d’Orléans de se rappeler la parole donnée, de tout essayer pour sauver celui qui s’était perdu pour lui : ce fut en vain .
Pendant ce temps, Henri de Montmorency attendait son sort en prison. Son jugement n’était pas douteux. L’on fit comparaître Saint-Preuil, Guitaut, tous ceux qui l’aimaient, l’estimaient si hautement. Ce fut Guitaut qui, interrogé s'il l’avait reconnu dans le combat, répondit avec larmes « que le feu et la fumée l’avaient empêché d’abord de le reconnaître, mais qu’ayant vu rompre six de leurs rangs, et tuer leurs hommes jusqu’au septième, il avait compris qu’un seul homme était capable d’une telle action, celui-là même qui maintenant était sur la sellette. Son cheval ayant été tué, cela seul avait permis qu’il demeurât parmi eux ».
Le maréchal fut condamné; il montra devant la mort