Chapitre i i i
Pendant ce temps, la princesse douairière fit introduire du Vouldy. Après avoir lu la lettre dont il était porteur, elle lui dit qu’elle n’était ni d’âge, ni de santé à partir si brusquement pour un tel voyage que le roi, ou celui qui la persécutait sous le nom de Sa Majesté, lui ordonnait de faire; qu’elle écrirait à M. le duc d’Orléans pour obtenir quelque temps nécessaire à faire son équipage. Quant à lui, il pouvait aller rendre à sa belle-fille la lettre dont il était chargé pour elle, puis se promener, se reposer, en un mot faire tout ce qui lui plairait.
Du Vouldy passa donc dans la chambre de la jeune princesse. On l’introduisit et on le présenta à Mlle Gerbier, qui s’était mise dans le lit de sa maîtresse, où elle la contrefit si parfaitement que son ton, son air de parler, les reproches et les plaintes qu’elle fit contre la reine et le cardinal, ses larmes feintes trompèrent si bien du Vouldy que non seulement ce jour, mais le reste de la semaine, il écrivait qu’il voyait sans cesse la princesse et répondait d'elle. On le mena ensuite saluer le duc d’Enghien, ou pour mieux dire le fils du jardinier, âgé de sept ans comme le jeune prince et vêtu des habits du duc. Comme du Vouldy trouva ce petit garçon au milieu des gouvernantes et des femmes, il ne douta pas que ce fût le duc d’Enghien.
L’escorte de du Vouldy gardait soigneusement les abords
du château; elle surveillait le pont-levis, et un autre détachement posté sur la pelouse observait le pont de chevalets qui fermait la route de Paris (ce pont a été remplacé par celui qui précède maintenant la grille d'honneur) ; mais les archers de la prévôté de l'Hôtel avaient négligé une passerelle qui porte aujourd’hui le nom de pont de la Volière et qui aboutissait alors à de vastes prairies. Au moment où le « gentilhomme ordinaire » s’entretenait avec la princesse douairière, Mme la Princesse prenait son parti et l’exécutait avec non moins de rapidité que de présence d’esprit. Portant son fils dans ses bras, suivie de quelques dames et gentilshommes, Claire-Clémence disparaissait dans le dédale des soubassements du château, gagnait la passerelle oubliée, traversait l’étang, les prairies et trouvait à la lisière des bois un carrosse à livrées grises tenu prêt depuis plusieurs jours1.
Claire-Clémence quitta ainsi Chantilly. Elle déploya alors et ensuite un courage dont personne ne la croyait capable ; ce courage ne fut pas, hélas ! récompensé comme il le méritait.
Mme la Princesse ne devait pas revoir sa belle-mère. Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière de Condé, forcée de s’exiler de Chantilly, mourut à
1 Histoire des princes de Condé, par M. le duc d’Aumale, t. VI, p. 8.
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