C H A PITRE III
tissantes de l'amour que le roi Henri IV avait eu pour elle et de ce qui s'était passé en son voyage de Flandre1 ».
Les soirées à Chantilly n’étaient pas moins attrayantes que les promenades, car, continue Lenet, « après que l’on avait fait les prières ordinaires en la chapelle, où tout le monde assistait, on se retirait en l’appartement de la princesse douairière, où l’on jouait à divers jeux. Il y avait souvent de fort belles voix et des conversations agréables. C’était grand plaisir de voir toutes ces jeunes dames qui composaient cette cour-là, tristes ou gaies, suivant les nouvelles reçues. On voyait les unes et les autres se promener sur le bord des étangs, dans les allées des jardins et du parc, sur la terrasse ou sur la pelouse, seules ou en troupe suivant l’humeur où elles étaient. Jamais on n’a vu un si beau lieu, dans une si belle saison, rempli de meilleure ni de plus agréable compagnie3 ».
Nous écouterons encore le récit que fait Lenet de la manière dont la princesse de Condé, Claire-Clémence de Maillé-Brézé, quitta Chantilly, craignant que son fils ne lui fût enlevé. « Le io avril iô^'o, à 8 heures du matin, la princesse douairière reçut une nouvelle qu’elle me fit
1 Mémoires de Lenet.
2 Ibid.
l'honneur de m’envoyer dire par Dalmas1; c’était l’avis que des troupes étaient envoyées pour occuper les passages de la rivière d’Oise et le pays environnant pour, à la fin, entourer et investir Chantilly et empêcher ainsi les princesses de communiquer avec leurs amis desquels elles pouvaient avoir conseil.
« Lorsque la vérité de 1 investissement fut confirmée, la jeune princesse dit qu’elle suppliait humblement sa bellemère, que, quoi qu’il put arriver, on ne la séparât point de monsieur son fils; la princesse douairière la remercia les larmes aux yeux.
« A ce moment, Dalmas vint dire qu’un gentilhomme qui était ordinairement chez le Roi et s’appelait du Vouldy avait des lettres de Sa Majesté pour les princesses. Nous conseillâmes à Mme la Princesse douairière de contrefaire la malade et de dire à cet envoyé ce qu’elle jugerait à propos pour retarder l’exécution de l’ordre qu’il apportait. Je passai en diligence à l’appartement de la jeune princesse, qui était au lit pour un grand rhume, et la priai de se lever promptement et de mettre à sa place M1Ie Gerbier, jeune fille anglaise, l’une des filles d’honneur2 ».
' Dalmas, capitaine qui commandait le château de Chantilly.
2 Mémoires de Lenet.