CHAPITRE IV
ous verrons maintenant Louis de Bourbon au repos,
X il un repos relatif; les craintes et les méfiances de la cour l'y condamneront, jusqu’à ce que le besoin ou le danger force le roi à recourir à son épée ; en attendant, son activité toujours en quête d’aliments cherche à employer ses loisirs ; c’est d’abord le rétablissement de ses affaires dont le désordre est extrême, puis la réparation, l’embellissement de ses résidences abandonnées depuis tant d’années, rendues inhabitables; mais tout manque pour ces entreprises, et les créanciers abondent.
Gourville1 est appelé; par d’habiles mesures il parvint à satisfaire les plus pressants des créanciers, et à dégager les terres de Chantilly, Dammartin, Montmorency.
Commencent alors, pour durer plus de vingt ans, les
1 Jean Hérault, seigneur de Gourville, qui par son habileté rétablit les finances de la maison de Condé, et fut aussi employé par M. le Prince et son fils en qualité de négociateur politique; il réussit dans la plupart des missions qui lui furent con¬
fiées.
travaux qui vont changer l’aspect du château de Chantilly et de ses alentours. Le grand canal est tracé et creusé pour recevoir les eaux de la Nonette, petite rivière qui prend sa source non loin d’Ermenonville, et se jette dans l’Oise après avoir traversé Chantilly et le pays environnant. Le grand canal la recueille, ainsi que les sources abondantes en ces parages, pour produire cette nappe d’eau magnifique que nous admirons.
Le Nôtre commence, en 1663, à dessiner les jardins dans les vastes espaces de prairies que nous avons vu Mme la Princesse traverser lorsqu’elle quitta Chantilly en 1650. 11 convertit ces prairies en parterres entrecoupés d’un savant aménagement de canaux et d’étangs. Une machine hydraulique est construite pour le service des cours d’eau par l’ingénieur Manse ; la tradition dit que cette machine fut faite sur les indications et les dessins du Grand Condé lui-même, presque aussi habile ingénieur que grand homme de guerre. Le bâtiment qui renfermait cette machine et qui contient de nos jours celle, plus moderne, employée au même usage, s’appelle encore le pavillon de Manse. L’avant-cour, entrée actuelle du château, est créée en même temps ; les voûtes sous l’esplanade sont percées. Une partie des jardins dessinés par Le Nôtre existe encore. Ces jardins sont antérieurs à ceux de Ver-