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après vingt-cinq ans d exil ? Là où les deux émigrés avaient passé leur jeunesse , il ne restait plus que des ruines. On essaya de les dissimuler sous la parure de l'herbe et des fleurs. Les terrasses galonnées et entourées de balustrades qui recouvrirent remplacement du grand château détruit par la Révolution , ont subsisté jusqu’en 1880. Mme de Clinchamp les a connues. Le duc d’ Aumale s'y était promené dans son enfance ; il avait gardé le souvenir de ses premières visites à Chantilly , et il a bien des fois raconté devant M",e de Clinchamp l impression qu’il en conservait. Avec la merveilleuse précision de sa mémoire , il se rappelait aussi les explications que lui avait données plusieurs fois son parrain , le duc de Bourbon , sur la distribution ancienne du château et sur le passé tout entier de Chantilly .
De son côté , Mme de Coiffer a vu la duchesse d’Aumale s’installer après son mariage au reyde-chaussée du petit château , dans les appartements décorés par Eugène Lami et qui n’ont guère changé depuis. Encore un souvenir personnel que Mme de Clinchamp a recueilli de la bouche d'un témoin oculaire. Dans son extrême jeunesse , elle a entendu parler des joies du jeune ménage , si heureux alors , pour lequel s' ouvraient de si séduisantes perspectives. Temps trop courts, fragments de bonheur sans lendemain auxquels devaient succéder les longues années d'exil. Après l'été de 1846 , la
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duchesse d'Aumale et son fils aîné le prince de Coudé ne revirent ni Chantilly ni la France. Malpré l'élégance des décorations , une impression de mélancolie se dégage des appartements particuliers de la princesse , où les joies ont été si brèves, où planent avec les portraits des enfants morts tant de souvenirs de deuil.
On ne peut oublier non plus , en revoyant à la même place le mobilier de 1846 , que la duchesse d'Aumale l'a fait envoyer en Angleterre après 1848 , afin de retrouver sur la terre d'exil pour son mari et pour elle quelque chose , comme une image matérielle , du bonheur disparu.
C'est un coin de Chantilly qu'elle essayait de faire revivre par un sentiment délicat d'affection conjugale. C'est aussi Chantilly que le duc d’Aumale veut revoir en rentrant en France , c'est là qu'il conduit tout d'abord son dernier fis , le duc de Guise.
Enfin les lois d'exil sont abrogées. Le prince peut reprendre à loisir et mûrir longuement un projet conçu dès 1846 , celui de reconstruire le grand château. Il destinait primitivement cette construction à l unique enfant qui lui restât ; puis, lorsqu 'il eut eu la douleur de le perdre, lorsque, comme il le disait lui-même avec une profonde tristesse, la dernière flamme de son foyer se fut éteinte, une pensée d une autre nature commence à se préciser dans son esprit. Voulant