CHAPITRE PREMIER
orsque par une belle soirée d’été l’on contemple le
JL/ site charmant qui s’appelle Chantilly, au murmure de ces eaux qui, selon Bossuet, jamais ne se taisent, ces bois aux avenues sans fin, non seulement les yeux s’arrêtent sur la royale demeure qui s’élève toute blanche, « telle qu’un cygne endormi sur l’eau1 », mais encore l’esprit évoque les souvenirs du passé, remonte vers les siècles que ces murailles ont vus, et leur histoire revit tout entière ; car si l’aspect a changé, c’est toujours le même, l’unique rocher, isolé au milieu des marais, qui sert de base à la petite forteresse, au château féodal, au palais.
Les Bouteiller de Senlis, qui empruntent leur nom à la charge héréditaire conférée à eux par les rois, — « Bouteiller de France », — les Bouteiller semblent
1 Duc d’Aumale, Histoire des princes de Coudé , t. VII, p. 707.
avoir été les premiers seigneurs, un peu connus, de Chantilly. Ils le possèdent jusqu’au milieu du xive siècle. Le dernier d’entre eux le lègue à son parent Jacques d’Erquery, qui ne fait que passer et donne par testament la forteresse et ses dépendances à son cousin Jean de Laval, seigneur d’Attichy, dont le neveu, Guy de Laval, vend le domaine à Pierre d’Orgemont, chancelier de France, en 13861.
Chantilly, comme tout le pays environnant, souffrit beaucoup de la Jacquerie ; commencée et continuée à Clermont en Beauvoisis, elle dévasta toute la contrée qui est maintenant le département de l’Oise, puis l’Ile-de- France, et s’étendit très rapidement. Pendant cette insurrection, la petite forteresse de Chantilly subit une ruine presque complète. Les d’Orgemont la relevèrent entièrement, l’embellirent (i 386-1393). Avec eux, l’histoire de Chantilly sort des ténèbres.
Dans la seconde moitié de la guerre de Cent ans ( 1 40 5-1 44 1 ) , Chantilly appartenait à Jean de Fayel, vicomte de Breteuil, qui s’intitule tantôt seigneur de Chantilly, tantôt capitaine de Chantilly. Ce seigneur eut maintes difficultés avec les habitants de Senlis et leur fit bonne guerre, malgré les « lettres amoureuses » que
1 Historique de Chantilly, par M. G. Maçon (Senlis, 1901).