CHAPITRE XIII
Ni la duchesse d’Aumale, ni le jeune prince de Condé, ne devaient revoir la France ; le coup de tonnerre de février 1848 les trouva en Afrique. C’est d’Alger qu’après de nobles adieux le duc d’Aumale, le prince de Joinville et leurs deux familles s’embarquèrent pour l’Angleterre.
Pendant vingt ans, la noble et courageuse femme qu’était la duchesse d’Aumale sut alléger les amertumes, les tristesses de l’exil, en partageant ce que le prince son époux appelait le mal du pays. Elle sut être le charme et la vie de l’intérieur qu elle créa pour lui, pour ses enfants, intérieur si royal et si simple à la fois, que tous ceux qui eurent l’honneur d’y être admis en ont gardé l'ineffaçable souvenir.
Quand vinrent les événements qui affermirent l’exil en éloignant toute possibilité de le voir cesser dans un avenir prochain, elle voulut que sa maison sur le sol étranger fût
un souvenir de la France. Elle souhaita que tous les objets qui les avaient entourés à Chantilly vinssent orner cette habitation d’Angleterre, pour leur rappeler, à l’un et à l’autre, les doux commencements de leur vie commune. Elle s’ingénia toujours de toutes manières à adoucir le regret de la Patrie absente, si profond chez celui qui était l’intérêt, le but unique de son existence.
De par les décrets impériaux du 22 janvier 1852, les biens que la famille royale possédait en France devaient être vendus dans l’espace d’une année. Pour le domaine et le château de Chantilly, cette vente fut effectuée en laveur des banquiers anglais Coutts and C°, qui, une fois les droits d’enregistrement acquittés, envoyèrent en France un représentant résider à Chantilly.
Le colonel Mac-Call vint habiter le château d’Enghien; il administra le domaine pendant les vingt-trois ans que dura l’exil du duc d’Aumale, reçut ce prince à la rentrée en France et resta en fonctions jusqu’à l’abrogation des décrets F
Pour obéir au désir de la duchesse d Aumale, tout le mobilier des appartements qu’elle occupait à Chantilly fut
1 Pendant ces vingt-trois ans, le château fut loué d’abord à l’ambassadeur d’Angleterre en France, Lord Cowley, qui en fit pendant longtemps sa résidence d’été. Après lui, le locataire fut le comte Duchàtel, et enfin, dans les dernières années, le duc de La Trémoille.