Chapitre xi i i
transporté en Angleterre et, sur ses ordres, disposé autant que possible comme il l’avait été en France.
Mais aux chagrins de l’exil, de l’inaction, vinrent se joindre pour la famille royale les douleurs que la vie sème, hélas! sur les pas de tous : la mort du roi, du père si respecté, celle de la duchesse d’Orléans, de la duchesse de Nemours, emportées en pleine jeunesse, la perte de jeunes enfants, enfin la sainte reine enlevée à la vénération des siens et de tous !
Tant d’événements n’étaient cependant que le triste prélude des douleurs les plus cruelles qui puissent atteindre en ce monde le cœur d’un père et d’une mère. Le prince de Condé, ce fils si tendrement aimé et si digne de l’être, meurt à vingt ans loin de ses parents, en Australie, au cours d’un voyage.
Ce terrible malheur frappa le duc d’Aumale au cœur et pour toujours; la mère, avec un courage que l’on peut appeler surnaturel, car Dieu seul le lui donna, ne changea pas visiblement sa vie ; bonne, indulgente pour chacun, la charité en personne, elle consacra plus que jamais son temps et ses soins à son mari et au jeune fils qui leur restait, François d’Orléans, duc de Guise, né depuis l’exil, alors âgé de douze ans.
Mais, quoiqu’elle s’efforçât de n’en rien laisser soupçon-
ner, on vit sa santé décliner de jour en jour, et dès ce temps, malgré le déchirement de son cœur de femme et de mère, elle fit à Dieu l’entier sacrifice de sa vie, Je priant de soutenir, de protéger les deux êtres si chers qu elle allait quitter ; puis, trois années après la mort de son fils aîné, elle s’éteignait dans les bras de son époux et de son dernier enfant.
Le duc d’Aumale ressentit au plus profond de son cœur cette nouvelle et immense perte, qui brisait l’intérieur charmant où, toujours, il avait trouvé une douce consolation aux tristesses de sa vie dans 1 amour si unique, si tendre, si constant de celle qui lui était enlevée.
Maintenant, son jeune fils l'occupera entièrement ; l’enfant sera son fidèle et aimable compagnon. 11 veillera sur ce fils avec le soin le plus scrupuleux, s’appliquant à former cette jeune âme, à la rendre forte pour le combat de la vie, qu’il savait par expérience être dur, spécialement aux natures délicates comme celle de cet enfant.
Voulant soustraire son fils à l’atmosphère de tristesse qui l’entourait, le duc résolut de voyager; il décida qu’ils iraient en Russie, en Autriche, en Italie, où ils avaient tant d’amis et de relations de famille; la fin de juin 1870 les trouva en Allemagne.
Depuis longtemps, le duc d Aumale s inquiétait de l’ave-