C H A P I T R E' XIV
il se faisait présenter les plans et les très beaux dessins que M. Daumet avait à lui mettre sous les yeux. Ce premier travail se fit rapidement; le savant architecte y apportait le soin et la perfection qu’il met à ses œuvres.
Le château reconstruit devait s’appuyer sur les anciennes murailles; pas plus maintenant que dans les siècles passés, on ne devait changer le plan primitif de la vieille demeure ; les trois tours du côté nord seront conservées; dans l’élévation seule, le prince laisse un libre cours au génie de Lartiste. La tâche n’en est que plus difficile; mais, avant d’en arriver à ce couronnement de l’œuvre, il s’agit, par un délicat et habile travail, de consolider les murailles démantelées, les voûtes exposées depuis tant d’années, sans protection suffisante, à toutes les intempéries, de les rendre capables de supporter les bâtiments nouveaux. Heureusement elles avaient traversé les siècles, subi maintes fortunes sans que leur solidité ait été ébranlée1. Le travail se fit, non seulement avec science, mais aussi avec beaucoup d’art, et les belles voûtes anciennes ne perdirent rien aux majestueux piliers qui leur prêtent un si puissant soutien.
C’est dans les salles que ces grandes voûtes abritent que
1 Des comptes de maçonnerie pour la réfection des tours au xive siècle, existent aux archives de Chantilly.
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sont déposées les archives de Condé, si souvent mises à contribution par les curieux d’histoire; elles offrent un vaste et nouveau champ à l’érudition. Le duc d’Aumale les avait mises dans l’ordre parfait où elles sont maintenant, aidé dans ce travail avec tant d’intelligence et de savoir par M. Gustave Maçon, que le duc se plaisait à considérer comme le continuateur de son œuvre, et qui, en effet, la continue avec un dévouement au-dessus de tout éloge.
Bientôt, sur les anciennes murailles, s’éleva l’élégante construction actuelle qui renferme les précieuses collections du Musée Condé.
Une opération qui demandait un goût aussi sûr que savant, consistait à trouver le moyen de réunir les deux châteaux ; autrefois ils ne communiquaient que par des ponts couverts; le fossé sur lequel ces ponts étaient établis avait été comblé, ainsi que nous l’avons remarqué, vers 1 8 1 8 ou 1820.
Depuis la destruction du grand château, ses ruines demeuraient isolées; le reconstruisant, il devenait nécessaire de rattacher les deux bâtiments pour 11’en faire qu’une seule habitation. Dans ce but, une tour légère et très gracieuse s’éleva à l’angle du jardin de la Volière, où elle unit parfaitement les deux édifices. A l’intérieur, un vestibule