CHAPITRE XI F
Rien maintenant ne parlera plus au coeur désolé du père, rien ne le consolera si ce n’est le souvenir toujours présent de ceux qui ne sont plus. Jusqu’aux derniers jours de sa vie, il recherchera les personnes qui les ont connus et aimés, pour rappeler les actions de la mère et des fils, les faire revivre près de lui en quelque sorte. Hors cela, il gardera en lui-même, dans la solitude de son cœur, sa profonde et inconsolable douleur. Son énergique nature surmontera ses sentiments intimes; il remplira les devoirs qui lui incomberont: le travail, auquel il se donne plus que jamais, l’y aidera; mais, suivant sa propre parole, la dernière flamme de son foyer s’est éteinte.
La mort de son cher enfant éloigne pour un temps de l’esprit du duc d’Aumale les projets qu’il avait faits pour Chantilly; plus tard, une pensée noble et grande vint remplacer celles qu’avait suggérées l’avenir du jeune prince à qui la demeure était destinée.
Dès ce temps, le dessein de léguer Chantilly à la France
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paraît arrêté dans la pensée du duc; mais il veut que le don soit digne de celui qui le fait et de la Patrie à qui il sera offert; ce dessein restera donc secret. Outre les grands travaux à exécuter, il faut chercher les moyens qui seront les plus propres à éloigner les difficultés, les plus légaux en un mot. Des années passeront pendant lesquelles le projet sera mûri.
La France avait rendu au duc d'Aumale son épée et lui avait confié le commandement du 7e corps d’armée. 11 fut reçu à Besançon avec un véritable enthousiasme; car, ainsi qu’en l’approchant en ce jour le lui dit le vénérable cardinal archevêque de cette ville, « les clefs de la France sont en sûreté entre les mains d’un fils de France1 ». Le prince s’acquit la sympathie générale et la conserva toujours.
Tout en se dévouant entièrement à son devoir militaire, dès 187^ le duc fit commencer à Chantilly les immenses travaux que nécessitait la reconstruction. 11 choisit pour les diriger un homme éminent qui devint plus tard son confrère à C Institut, M. Daumet, lui confia ses idées et les plans depuis longtemps arrêtés dans son esprit. Lorsque ses multiples devoirs lui laissaient une liberté que lui procurait sa prodigieuse activité, soit à Chantilly, soit à Paris,
1 Discours du cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, à l’arrivée du général-duc d’Aumale. Le cardinal mourut pendant le commandement du prince.