C H A PITRE XIV
les déchirures ont souvent été rattachées par les mains de la duchesse d’Aumale ; l’épée du prince, la seule qu’il ait portée soit en Algérie, soit pendant son commandement au 7e corps ; à la garde de cette épée est attachée la petite croix de la Légion d’honneur, celle de chevalier, que le duc reçut après ses premiers et heureux faits d’armes en Afrique, Cette croix lui était précieuse entre toutes.
Vient ensuite la partie du petit château qui n’a pas changé depuis le xvme siècle, c’est-à-dire dont les appartements ont gardé leur forme primitive et dont la décoration, préservée pendant la période révolutionnaire, a pu être reconstituée plus tard. C’est d’abord la chambre de M. le Prince, le fond seul en a été modifié. A îa place du lit d’apparat, le panneau central a été décoré de boiseries dorées anciennes et de peintures de Christophe Huet1. Ces peintures représentent des plantes, des oiseaux plus ou moins conformes à la réalité. Dans le tableau principal se trouvent des animaux qu’au premier coup d’œil 011 peut prendre pour des chiens 5 ce sont des chèvres. Elles semblent fantastiques; mais leur pied est fourchu, et nous pouvons témoigner de leur existence, en ayant vu de vivantes, toutes semblables, en Angleterre dans le parc du palais de Hatfîeld.
1 Christophe Huet travailla beaucoup pour les princes de Condé.
La chambre de M. le Prince contient un des plus beaux meubles que l'on connaisse : une grande commode en marqueterie, de forme ovale sur les deux bouts, avec quatre pilastres sur les angles, en bronze doré, haut relief, représentant Hercule, Mars, la Prudence et la Tempérance. Ce meuble est le pendant du fameux bureau Louis XV du Musée du Louvre; il est du reste l'œuvre des mêmes artistes; les ciselures ont été faites par Hervieu; la marqueterie est toute de Riesener. 11 porte les armes royales, champ d'azur aux trois Heurs de lys d’or. Acquis par le duc d’Aumale, il était antérieurement au château d’Eu. Au milieu de la chambre est un bureau garni aux angles de figures d’après Callot, acheté par le duc d’Aumale aux descendants du fermier général pour lequel il avait été fait. L’ameublement se complète par des tapisseries de Beauvais à petits personnages.
Le grand cabinet qui suit est meublé de tapisseries de Beauvais à fond rose, époque Louis XVI, avec bouquets, fleurs ou guirlandes en camaïeu gris clair. La monture des sièges est en bois doré orné de feuilles d’acanthe et de perles, avec pieds en forme de colonnes cannelées ; chacun de ces bois est signé J. -B. Séné. Le lustre était autrefois un de ceux du palais Bourbon ; il lut restitué avec les autres objets des diverses résidences des Condé.