Chapitre xiv
Les lustres de Chantilly, qui étaient nombreux et beaux, sont restés acquis à l’État.
Voici le salon des Singes ou la « grande Singerie », tant de fois décrite, dont les détails pleins de fantaisie font un ensemble si spirituel et si gracieux. Parmi les plus remarquables de ces petites figures de singes, est le porte-drapeau du régiment d’Enghien. Revêtu de l'habit aux couleurs de Coudé, dans l’attitude la plus fière, il tient son étendard au milieu de toutes sortes d’attributs guerriers. Plus loin, une dame, sans doute Diane chasseresse, reçoit le pied du cerf que lui présente un veneur portant l'habit de Coudé, tandis que de l’autre côté un coureur, aussi vêtu de la livrée de Coudé, lui présente une lettre. Ces deux costumes du veneur et du coureur ont été copiés et portés très élégamment, il y a quelques années, pour un bal costumé. Enfin voici un autre singe assis sur le globe terrestre, une carte devant lui, un compas à la main, et donnant tous ses soins à ses travaux géographiques. Les moindres parties de ces peintures méritent l’attention, mais défient en même temps toute description; la vue seule les fait comprendre. Toute cette brillante décoration est attribuée à Christophe Huet. 11 est aussi l’auteur de l’écran placé devant la cheminée et qui représente la Leçon de lecture des Singes1.
1 Cette peinture a été reproduite au dix- huitième siècle dans les Singeries ou dijjé-
Une remarquable table de Boule est placée dans ce salon. Parmi le meuble de satin brodé, était autrefois une petite chaise décorée d’une fine broderie de boutons de roses, faite pour la duchesse d’Aumale par la comtesse Paul de Ségur, son amie. C’était un charmant spécimen du talent célèbre de la comtesse, qui est aussi habile brodeuse que peintre distingué.
L « appartement » continue par la galerie des Batailles et le salon dit de Musique, dont les boiseries dorées sont peut-être les plus belles de toutes celles que l’on admire à Chantilly. On peut voir, dans ce salon, une armoire d’ébène incrustée de cuivre et ornée de figurines de même métal; le fond, brodé de jais blanc et de fleurs de chenille, est, dit-on, l’ouvrage d’une princesse de Condé.
Les trois premiers tableaux de la galerie des Batailles ont été faits, ainsi que nous l’avons dit, sur les indications du Grand Condé. 11 avait donné lui-même le plan, l’ordre de bataille pour celui de Rocroy, et, pour ainsi dire, dicté au peintre sa composition. Le duc d’Aumale a réuni dans cette galerie les plus précieux souvenirs des princes de Condé. C’est un drapeau wallon pris à Pvocroy 1 ;
renies actions de la vie humaine représentées par des singes , recueil de douze pièces gravées par J. Guélard, d’après Christophe Huet.
1 Ce drapeau fut apporté au duc d’Aumale en Angleterre vers 1855, par un prêtre qui avait été chargé, en confession, de le remettre à l’héritier des Condé. Il a donc