CHAPITRE III
Né à Chantilly le 15 juin 1534, Henri de Montmorency avait épousé, le 26 janvier 1559, Antoinette de La Marck, fille du duc de Bouillon ; elle lui donna quatre enfants, deux fils et deux filles : Charlotte fut mariée au fils naturel de Charles IX, Charles de Valois, comte d'Auvergne, plus tard duc d'Angoulême ; la cadette, Marguerite, à Anne de Lévis, duc de Ventadour; un des fils ne vécut que deux ans; l’autre, Hercules, comte d’Offémont, né en 1572, mourut à Pézenas le 15 février 1593. Le duc de Montmorency était veuf depuis le mois de mai 1591; ses frères Damville et Thorey n'avaient pas de fils; le vif désir de perpétuer son nom et sa race lui fitaussitôt prendre la résolution de se remarier, et ses soixante ans ne craignirent pas de s’unir aux vingt printemps d’une jeune veuve du Midi, Louise de Budos, fille de Jacques, vicomte de Portes, et de Catherine de Clermont-Montoison, et veuve de Jean de Gramont, seigneur de Vachères. Le mariage se fit à Pézenas le 29 mars 1593 ; une fille, Charlotte-Marguerite, naquit l’année suivante (11 mai 1504), puis vint le fils tant désiré, Henri, né Le 30 avril 1595.
Jusqu'en 1598, la situation intérieure de la France ne permit guère le repos; Henri IV avait son royaume à conquérir, et Montmorency était son bras droit ; aussi le
LE CONNÉTABLE HENRI DE MONTMORENCY br
connétable ne fit-il que de courtes apparitions à Chantilly. Le 6 novembre 1595, Henri IV, apprenant son retour de Bourgogne, Provence et Dauphiné, lui écrit de Chauny : « Sachant que votre long voyage mérite du repos, aussi ne voulant empêcher le contentement que vous aurez de voir votre maison de Chantilly, ma cousine la connétable et votre fils, je vous donne dix ou douze jours pour vous reposer, vous priant, le dit temps passé, me venir trouver ». Henri IV venait d'entreprendre le siège de La Fère, qui se prolongea jusqu'au 16 mai 1596; il accorde alors un court congé au connétable, et le rappelle le 12 juin : « Mon compère, vous avez pris assez de repos en vos maisons ; il faut que vous veniez m'aider et soulager aux affaires qui se présentent ».
La fin des hostilités délivra M°° de Montmorency d’une grande anxiété ; aucun accident de guerre n’était plus à redouter pour le connétable. Sans doute il devait prolonger son séjour dans le nord pour l’exécution de la paix, le licenciement des troupes, mais on pouvait se rendre près de lui en toute sécurité, et la duchesse en profita. Elle revint à Chantilly pour recevoir sa tante, Laurence de Clermont, veuve de Jean de Dizimieu, et se complut à lui faire les honneurs du château, du jardin, du parc « Il ne se peut rien voir de si beau au monde, ce sont des merveilles », écrit Laurence au connétable (juin 1598). Le ménage de Bucamp excita l'intérêt de la nouvelle venue, et la châtelaine le lui montra avec fierté : poulains, chèvres, moutons, et surtout un superbe troupeau de cinquante-deux bêtes à cornes. Le côté utile était alors à considérer ; l'argent était rare, le connétable accablé de dettes ; il avait fallu vendre la vaisselle d'argent, engager les bassins et coupes d’or; le financier Zamet faisait des difficultés pour continuer ses avances de fonds. Au mois d'août, l’intendant Girard du Thillay ne craignit pas d’ex-