‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 17 sur 91 · A NES · texte numérisé non relu

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poser la situation à la duchesse de Montmorency; elle lui promit d'y «apporter les remèdes par un grand retranchement ». La mort lui épargna ce souci.

Le connétable était à Fontainebleau quand il apprit la fin subite de sa femme, survenue à Chantilly le 26 septembre 1598. Il accourut aussitôt, montrant une extrême douleur. Après les cérémonies funèbres, il se retira dans sa maison de Mello, où il épousa secrètement, trois mois plus tard, la tante de la défunte, M®° de Dizimieu. Ge mariage précipité, rapproché de la mort subite de la duchesse, mit en travail les imaginations. Pierre de l'Étoile n’hésita pas à voir l'intervention du diable dans la fin si brusque de la jeune femme ; un siècle plus tard, Saint- Simon rapporta gravement et longuement cette histoire diabolique, en y ajoutant des détails circonstanciés cou tordu, odeur de soufre, et surtout l'anneau magique grâce auquel Louise de Budos s'était fait aimer de Montmorency et qui, recueilli par M”° de Dizimieu, lui attira comme en coup de foudre l'amour du connétable. Il ajoute même que le fantôme de Louise de Budos prit l’habitude d’apparaître à Chantilly pour annoncer la mort des seigneurs du lieu, et que cette apparition fut surtout . manifeste peu de temps avant la mort du Grand Condé.

Ce qui est certain, c'est que le connétable épousa secrètement, à Mello, M®° de Dizimieu, qui n avait que vingt-huit ans, et que, peu de mois après, il mourait d'envie d’en être débarrassé. Comme ce mariage avait été contracté en violation des lois de l'Église, il fit solliciter à Rome l'absolution et en même temps la cassation. Le pape accorda la première, refusa la seconde, et imposa l'obligation de contracter un nouveau mariage dans les règles. Le connétable s’exécuta, mais il renvoya aussitôt sa femme et ne la revit jamais. Saint-Simon donne l’explication de ce revirement : Laurence avait perdu l’an-

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neau magique. L'étrange mari avait assez de maisons pour loger la malheureuse ; elle vécut à L’Isle-Adam d’abord, puis à Offémont, à Villiers-le-Bel; enfin, après la mort du connétable, à Paris et à Méru. Elle avait quatrevingt-trois ans lorsqu'elle mourut, fort oubliée, le 24 septembre 1654.

Les loisirs de la paix permirent au connétable de s’occuper de Chantilly. Au mois de septembre 1599, il «ordonne pour beaucoup d'argent de réparations », et l'on fait aussitôt «amas de pierre de taille et de chaux ». Le premier travail fut le curement des fossés et de l'étang du pare (étang de Sylvie), encombrés de roseaux. On profita de la baisse des eaux pour visiter les fondements du château et les murs de berge, et l’on reconnut la nécessité d'importants travaux. Le tour des étangs était à refaire en entier. La volière du petit jardin était complètement ruinée. Enfin, il parut urgent d’abattre le gros pavillon, quoique presque neuf, mais mal assis et miné par l’eau, qui reliait le corps des offices à la galerie de la cour basse, à l’angle ouest du petit château, et de le reconstruiresur des bases plus fermes ; c'était une besogne délicate et qui nécessitait l'intervention d’un habile architecte ; le connétable appela Pierre Biard. Ingénieur, architecte, sculpteur, Pierre Biard était un grand artiste et jouissait d’une juste renommée, Employé tour à tour par le gouvernement de la Ligue, par Henri IV, par le duc d'Épernon en Guyenne, enfin par le connétable de Montmorency, il mourut en 1609. Son talent lui permet de figurer avec honneur dans cette longue suite des célèbres architectes de Chantilly, ouverte en 1528 par Pierre Chambiges et close si dignement de nos jours par M. Daumet.

La pénurie d'argent imposait la prudence, et l’intendant Girard du Thillay avait fort à faire pour modérer l’ardeur du connétable, dont les projets s’accordaient

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