‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 24 sur 91 · HENRI II DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

HENRI II DE MONTMORENCY

laisser entraîner par Gaston d'Orléans dans une révolte ouverte dont le but était la ruine du cardinal de Richelieu. Pris les armes à la main au combat de Castelnaudary, il n'eut pas la chance de succomber aux blessures dont il était couvert, et 1l expia son crime sur l’échafaud de Toulouse le 30 octobre 1632. Le jugement qui condamnait le rebelle avait prononcé la confiscation de ses biens; Louis XIII les remit aux sœurs du maréchal, la princesse de Condé, les duchesses d'Angoulême et de Ventadour, mais en retenant pour son usage personnel le plus beau morceau de l'héritage, le domaine de Chantilly, qui lui plaisait tout particulièrement, surtout à cause de la chasse, et il en jouit jusqu’à sa mort. Il en prit possession le 15 février 1633, et il écrivit le lendemain à Richelieu : « La journée de hier se passa à verbaliser et à nous transporter dans les galetas de ce lieu pour faire ouverture des portes selon les formes, pour y faire le choix des meubles que je voulais retenir; et aujourd'hui j'ai été à la | chasse, où j'ai eu grand plaisir ».

Louis XIIT en usa librement avec les collections réunies par le connétable Anne, et c’est à lui qu’il faut imputer la disparition de nombreux manuscrits et d'objets d'art qui ne se retrouvèrent pas à Chantilly au temps des Condé. Il en reste des témoignages écrits. L’exemplaire des Statuts de l’ordre de la Jarretière, qu'Anne de Montmorency avait reçu en même temps que le collier de l’ordre, est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale : une note écrite à la fin du livre par le marquis de Fourille, grand maréchal des logis du roi, atteste qu'il lui fut donné à Chantilly en 1633, « au premier voyage que Sa Majesté y fit pour en prendre possession ». D'autre part, Gaston d'Orléans n’eut pas honte de réclamer sa part de la dépouille du dernier Montmorency, dont la fin lamentable était son œuvre ; il se fit attribuer par Louis XIII la col-

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lection de médailles antiques dont le connétable Anne était si fier; le roi lui écrivit le 3 juillet 1638 : « Je vous envoie par Archambault les monnaies que je vous ai promises, qui ont été trouvées à Chantilly, après les avoir fait voir au père Sirmond; il a tout étiqueté... ». Le trésor numismatique de Chantilly fut envoyé à Blois, d’où il revint une vingtaine d'années plus tard à Paris, pour former le noyau du cabinet devenu dans la suite le Département des Médailles de la Bibliothèque nationale. C'est à cette époque aussi qu'on peut fixer l'enlèvement d’une grande partie de la correspondance du connétable Anne, recueillie par Béthune, classée en de nombreux volumes reliés à ses armes et par lui déposés ensuite dans la bibliothèque du Roi.

Louis XIIT avait goûté les agréments de Chantilly au temps du maréchal de Montmorency, dont il avait souvent été l’hôte. Il y fit désormais de fréquents séjours et y revintplusieurs fois chaque année; cefutsa maisonfavorite. De son goût très vif pour ce beau lieu, on trouve de multiples témoignages dans les lettres qu’il adressait journellement à Richelieu ; il lui écrit le 19 juillet 1634 : « Je vous envoie des perdreaux, ils sont pris de hier. Tout le monde veut que je parte d’ici, mais il n’y a rien qui presse,

je m'y trouve fort bien ». La cour, la reine, les princes l'y

accompagnent ; il y reçoit des visiteurs de marque, dont l’illustre Bernard de Saxe-Weimar, qui parut s’y plaire : « I ne fait pas état de partir si tôt ; il est nécessaire de le presser » (27 avril 1636). Huit jours auparavant, Louis XIII annonçait qu'il avait donné audience à l’ambassadeur d'Angleterre et au nonce du pape, et il ajoutait : « J'ai pris avec grand plaisir deux loups ce matin ».

Du 6 août au 7 septembre 1636, le roi séjourne à Chan-

lily, mais cette fois il ne songe guère à son amusement, et ses lettres ne font mention d'aucune chasse. La situa-

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