‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 23 sur 91 · HENRI II DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

HENRI II DE MONTMORENCY

Le 10 septembre, quinze jours de répit lui furent accordés. Cependant il ne quitta pas la France, et le succès de Pyrame lui permit même de se présenter bientôt à la cour. Il passa le printemps suivant à Chantilly, où il acheva les odes de la Maison de Sylvie :

Pour laisser, avant que mourir, Les traits vivants d’une peinture Qui ne puisse jamais périr Qu'en la perte de la nature, Je passe des crayons dorés Sur les lieux les plus révérés

Où la vertu se réfugie, Et dont le port me fut ouvert Pour mettre ma tête à couvert Quand on brûla mon effigie.

Nous pouvons sans impiété Flatter une chaste beauté Du doux encens de nos louanges...

Ainsi, sous de modestes vœux, Mes vers promettent à Sylvie Ce bruit charmeur que les neveux Nomment une seconde vie...

Trois ans après la mort de Théophile, son ami Mairet, attaché à la maison de Montmorency depuis 1621, donna aussi le nom de Sylvie à une « tragi-comédie pastorale » qu’il dédia à son illustre patron (Paris, Targa, 1629). Le nom de Sylvie a depuis été conservé à la maison, à la fontaine, à l'étang, et à la partie du parc qui les avoisine.

Cette fontaine, qui aujourd’hui ne donne presque plus hd! eau, était alors abondante ; c’est encore Théophile qui nous l’apprend :

Dans ce parc un valon secret Tout voilé de ramages sombres, Où le soleil est si discret | Qu'il n’y force jamais les ombres,

Presse d’un cours si diligent Les flots de deux ruisseaux d’argent,

Et donne une fraîcheur si vive À tous les objets d’alentour Que même les martyrs d'amour Y trouvent leur douleur captive.

Un étang dort là tout auprès, Où ces fontaines violentes Courent et font du bruit exprès Pour éveiller ses vagues lentes.

Lui, d’un maintien majestueux, Reçoit l’abord impétueux

De ces naïades vagabondes

Qui dedans ce large vaisseau Confondent leur petit ruisseau Et ne discernent plus ses ondes.

Les eaux de la fontaine de Sylvie alimentaient seules l'étang et les fossés du château. C'était peu pour une nappe aussi vaste. D'autre part, l’eau potable n'était fournie que par un puits qui se trouvait dans le grand château, près de la tour de Vineuil; le petit château en était dépourvu, ainsi que la « basse cour » fortifiée située au-devant, en contre-bas de la terrasse du Connétable ; le duc de Montmorency fit chercher au loin l’eau qui lui manquait. À quatre kilomètres en amont de Chantilly, près du village de Saint-Léonard, des sources abondantes furent captées, dont le débit fut recueilli par un aqueduc souterrain quiexiste encore. Commencé en décembre 1622, cet important travail ne fut achevé qu'en 1627 et coûta plus de 40.000 livres. L’aqueduc aboutissait alors près de la maison des prisons, qui se trouvait hors de la « basse cour », et dont l'emplacement peut se déterminer devant la partie méridionale du château d'Enghien. Le Grand Condé modifia plus tard la dernière partie du tracé de l’'aqueduc, en vue de l’alimentation des fontaines et jets d'eau du grand Degré, du canal des Truites et du bassin du Serrurier ; et cette destination subsiste toujours.

En 1632, Henri de Montmorency eut le malheur de se

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