LOUIS XIII
bien. J’ai pris trois grands loups depuis que je suis ici. M. le Grand (Cinq-Mars) témoigne avoir grand dessein de bien vivre avec moi » (31 janvier 1641). Quelques jours après, le 5 février, au cours d’une chasse en Bonnet (bois de Royaumont), il griffonne ce billet :« Je viens de prendre deux loups et suis encore après un. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour tuer des marcassins, ce qui est assez difficile en cette saison; je ferai toujours tuer un chevreuil et une bête fauve ». C'était une gracieuseté à l'adresse de Richelieu ; ce gibier était destiné aux festins du mariage de sa nièce, M'° de Brézé, avec le fils du prince de Condé, jeune homme de vingt ans dont le roi discernait déjà le mérite et auquel il ne craindra pas, deux ans après, de confier la principale armée dela France.
L'année 1641 marque un notable affaiblissement dans la santé du roi, déjà fort éprouvée par l’abus des médecines et des remèdes. À la fin d'octobre, il déclare vouloir passer à Chantilly les fêtes de la Toussaint, fait venir sa musique de Paris, invite Richelieu. Puis, le 3 novembre, le cardinal reçoit ce billet de Chantilly : « Je me suis toujours trouvé indisposé depuis que vous êtes parti d'ici; j'ai été contraint de prendre quatre médecines, et encore ce matin un petit remède ». Louis XIII vint encore à Chantilly en 1642, mais n'y put revenir en 1643, et mourut le 14 mai, prophétisant la victoire éclatante qu'allait remporter, le 19, le jeune duc d'Enghien.
Louis XIII jouit de Chantilly sans s'inquiéter de l'embellissement du château ni de l’accroissement du domaine ; il marqua cependant son passage par la construction d’une maison qui subsiste dans le parc et qui recut le nom de « la Caboutière » à la fin du xvr° siècle, à cause de Ia présence d’un jardin de fleurs qu'y créa pour le Grand Condé un célèbre amateur parisien, l'avocat Henri Caboud. Audessus de la porte cochère de l’enclos qui entoure cette
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maison, M. le duc d’Aumale a fait sculpter à nouveau les armes et le chiffre de Louis XIIT, qui avaient été dégradés sous la Révolution. D’autres témoins de l'occupation royale sont conservés dans les archives de Chantilly sous forme de registres, inventaires de titres dressés par les archivistes Pierre Aberlenc et Jean Faugère, richement reliés en maroquin semé de fleurs de lis et timbré des armes de Louis XIIT. |
Au mois de novembre 1643, voulant reconnaître les brillants services du duc d'Enghien, dont les victoires etaient une éclatante auréole sur l'aube du nouveau règne, Anne d'Autriche rendit Chantilly à la mère du jeune héros, la princesse de Condé, sœur du malheureux Montmorency.
C'était le temps de la bonne Régence, Temps où la ville aussi bien que la cour Ne respiraient que les jeux et l’amour.
Chassée par le morose Louis XIII, la gaieté reparut à Chantilly, grâce surtout à la jeune et galante société qui entourait le duc d’Enghien et sa sœur, la belle duchesse de Longueville, société dont s’accommodait la princesse de Condé, restée jeune d’esprit, mais qui ne plaisait guère au prince, d'humeur peu commode. La contrainte qu'on s'était imposée du vivant du feu roi et de son terrible ministre faisait place à un débordement de vie qui tournait volontiers à la licence et au libertinage; le prince de Condé en sera si indigné qu'il écrira un jour au duc d'Enghien: « Mon fils, Dieu vous bénisse. Guérissez-vous, ou il vaut mieux vous poignarder vous-même que de faire la vie que vous faites; je n’en sais ni cause, ni raison. Je prie Dieu de me consoler. Je vous écris au désespoir, et suis, Monsieur, votre bon père et ami. Henry de Bourbon » (18 août 1646). Le prince était sur-