‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 46 sur 91 · CETTE · texte numérisé non relu

CETTE

et de bonne chère, et il n’y avait que peu ou même point de galanterie, le roi ne tournant point encore ses beaux et jeunes regards sur aucun objet. Les dames sont toujours prêtes, et l’on ne pouvait pas dire : le roi ne l’est pas, puisqu'il était plus fort et plus avancé à quatorze ans et demi que tout autre jeune homme à dix-huit ». Si le roi ne marquait encore aucune curiosité, les jeunes princes qui l’entouraient montraient moins de retenue ; le comte de Clermont, frère de M. le Duc, qui n’était guère plus âgé que son souverain, « en conta à M de Grave, qui ne fit pas la difficile et ne voulut pas refuser

un prince du sang; le mari, qui les a pris sur le fait, s’est

voulu fächer, puis s’est pris à rire, et fait un mauvais personnage » (Mémoires de Mathieu Marais). Le comte de Clermont ne fut pas discret, M. de Grave battit sa femme, et le roi rit beaucoup de l’aventure. Une autre galanterie se termina d’une façon tragique. La plus belle des sœurs de M. le Duc, M”"° de Clermont, était éprise d'un gentilhomme de haute naissance, Louis de Melun, duc de Joyeuse, prince d'Épinay. Agé de trente ans, « rempli de bonnes qualités » au témoignage de Villars, il accompagnait Louis XV à Chantilly, heureux de vivre dans l'intimité de la charmante princesse dont il partageait la flamme. Résolue à l’épouser, M" de Clermont s'ouvrit à son frère; celui-ci, qui rêvait pour sa sœur l'alliance d’une maison souveraine, lui défendit de penser à un mariage si disproportionné avec ses propres ambitions. M"° de Genlis assure que M'e de Clermont passa outre, et qu'un mariage secret fut contracté par une belle nuit d'été dans la Laiterie de la Ménagerie. Ce fut un bonheur éphémère : le 30 juillet, au cours de la chasse, M. de Melun fut blessé d'un coup d’andouiller par le cerf aux abois ; ramené au château, il mourut quelques heures après. Le roi et la cour partirent le lendemain;

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puis le cercueil quitta le château après avoir été béni dans la chapelle ; un service solennel fut célébré dans l'église de la paroisse, et le convoi funèbre prit la route de Lille en Flandre, où la maison de Melun avait sa sépulture dans l’église des Dominicains.

En 1725, Louis XV passa deux mois à Chantilly, juin et juillet. « Les divertissements sont les mêmes que l’année dernière, grande chère, beaucoup de chasses, et le jeu, qui n’est pas si vif qu’au précédent voyage parce quil n'y a point tant d'argent » (lettre de M. de Besenval au marquis d'Avaray, 14 juin). De son côté, Mathieu Marais constate qu'on « se divertit à Chantilly, malgré la misère du peuple, et qu'on y fait une chère si grande qu’on n’en a point vu encore de pareille ». Louis XV y faisait aussi son métier de roi et tenait deux conseils d’État par semaine ; le 17 juin, dans la chapelle du château, il recut le serment de fidélité du nouvel évêque de Tulle; le 22, ce fut le tour de l’évêque de Rennes. La veille, le roi avait fait grâce de la vie à trois déserteurs arrêtés par la maréchaussée. Le séjour fut gâté par une pluie continuelle ; le 6 juillet, Besenval écrit mélancoliquement : Q Il y à vingt-neuf jours que le roi est à Chantilly et mot sous la tente, sans que nous ayons vu passer vingtquatre heures sans pluie ». Cela n’empêchait pas Louis XV. de chasser chaque jour et de poursuivre à tour de rôle cerfs, sangliers, chevreuils et daims. Il ne quitta Chantilly que pour aller signer le contrat de son mariage à Versailles (9 août). Il devait y revenir l’année suivante, quand la disgräce subite du ae juin 1726 coupa court aux préparatifs.

Relégué à Chantilly, le duc de Bourbon ne « songea plus qu’à s'amuser » ; c’est lui-même qui l'écrit en 1727. Il donna tout d’abord un nouvel essor aux travaux en cours, surtout du côté de la ville, dont il fut le véritable

créateur. La grande rue fut tracée sur la vieille route de Gouvieux, et la place de l'Hôpital dessinée. La construction des Grandes Ecuries avait été entreprise en 1719; l'hôpital fut édifié en 1723 ; l’église fut agrandie en 1724. De 1722 à 1730, le prince concéda les terrains sur le côté de la rue en bordure de la Pelouse, avec obligation de construire des maisons sur un plan uniforme donné par son architecte; il en fut de même pour les concessions accordées autour de la place de l'Hôpital. Le vieux hameau des Fontaines fut ainsi relié à la ville nouvelle et perdit son Caractère champêtre. Là se trouvait l'antique ferme de Normandie ; le prince en fit l'acquisition en 1730, rasa les bâtiments, et sur cet emplacement créa la manufacture de porcelaines dont les produits sont si recherchés de nos jours ; elle est aujourd’hui représentée par un vaste immeuble à cour carrée dite la cour Aaron, situé dans la rue de la Machine. Cette rue fut d’abord nommée par M. le Duc rûe du Japon. Le goût des choses de la Chine et du Japon était alors fort répandu en France, et l’on s’appliquait à imiter les produits artistiques de ces pays lointains. « M. le Duc, écrivit Louis de Sarrobert en 1760, a établi une manufacture où l’on fait des porcelaines qui imitent parfaitement celles du Japon, tellement qu'il y a des morceaux qu’on ne peut distinguer de la véritable. Elle travaille pour le public ». Ce sont des ouvriers transfuges de Chantilly qui créèrent la manufacture royale de Sèvres. La fabrication de Chantilly, éminemment artistique au temps du duc de Bourbon, subit ensuite des

transformations successives ; elle soutint sa réputation

jusqu’à la Révolution, puis déclina rapidement quand le patronage des princes de Condé lui fit défaut. La manufacture subsista cependant jusqu'en 1870. Les belles pièces de Chantilly, sans être rares, sont haut cotées ; le Musée Condé en conserve environ cent cinquante. |

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Le duc de Bourbon, continue M. de Sarrobert, « s'amuse aussi à faire faire, dans son château, des toiles peintes qui imitent si parfaitement celles des Indes qu'elles vont ensemble dans des meubles sans qu’on puisse en connaître la différence, et même, celles qui ne sont pas faites pour copier les véritables ont l'avantage que les dessins en sont plus agréables et plus corrects. On fait aussi dans le château des vernis qui imitent si bien les ouvrages de la Chine que souvent les plus connaisseurs s’y trompent. Mais les toiles peintes et les vernis ne se font que pour lamusement et l’usage de Monseigneur, ou des personnes à qui il veut en faire présent». Les laboratoires et ateliers étaient installés dans les pièces voûtées où se trouvent aujourd'hui la bibliothèque, la salle de travail et les archives ; le salon qui précède la bibliothèque était « la galerie pour la manufacture des toiles peintes » ; venaient ensuite le « laboratoire des vernis de la Chine », la « salle du Labyrinthe », le « cabinet de chimie » et le « laboratoire de chimie ». Toute cette installation disparaîtra avec le duc de Bourbon; le matériel de l’atelier des toiles peintes sera vendu à des industriels venus de Nevers, qui continueront la fabrication dans un coin du domaine, le château de Coye. Parmi les artistes qui furent alors employés par le prince, il faut distinguer le peintre-dessinateur Jean-Antoine Fraisse, qui a laissé un recueil gravé de ses compositions : Livre de dessins chinois, tirés d'après des originaux de Perse, des Indes, | de la Chine et du Japon, dessinés et gravés en taille-douce par le sieur Fraisse, peintre de S. A. S. Monseisneur le Duc (Paris, Lottin, 1735, in-f°). Dans la dédicace, l’auteur mentionne avec enthousiasme « toutes les merveilles répandues avec profusion dans ce magnifique château : étoffes des Indes les plus magnifiques, toiles peintes et perses du goût le plus exquis, porcelaines de la Chine et

du Japon de la première ancienneté, ouvrages de laque

et de vernis de tous les pays où cet art a été porté à sa plus grande perfection ». Les inventaires du temps contiennent, en effet, une multitude d'objets de ce genre; la galerie des Batailles et les cabinets voisins en étaient encombrés ; il n’en reste aujourd’hui à Chantilly qu’un « grand coffre de laque, ancien Japon, avec des coqs et des poules en relief dorés » ; il est placé dans la maison de Sylvie. Fraisse parle aussi de la Ménagerie, considérablement augmentée « et remplie des animaux les plus rares », et du cabinet d'Histoire naturelle, « où se trouve rassemblé tout ce qu’on admire en particulier dans les plus riches cabinets » ; cette collection précieuse était installée au premier étage de l'entrée du petit château.

Pour la décoration des appartements, le duc de Bourbon fit appel au talent de Jean-Baptiste Oudry, de François Desportes et de Christophe Huet. En 1725, il commande à Oudry trois tableaux représentant les chasses du loup, du renard et du chevreuil ; les deux premiers sont encore à Chantilly, le troisième est au musée de Rouen. Outre un tableau représentant la chasse du sanglier, M. le Duc fit peindre par François Desportes trois chiens de sa meute, Fanfaraut, Briador, Baltazar ; ceux-ci sont placés près des toiles d'Oudry dans l’antichambre du grand appartement; Fanfaraut est dans la maison de Sylvie. Mais de tous les peintres du duc de Bourbon dont les œuvres subsistent, c’est Christophe Huet qui tient la palme avec ses singeries et ses chinoiseries. Tout le

monde admire la grande Singerie de Chantilly, brillant

spécimen de l’art décoratif au temps de Louis XV (vers 1735). Les panneaux sont couverts de peintures qui représentent les sciences et les arts, la guerre, la chasse, la danse, la peinture, la sculpture, l’architecture, la chimie, et d’autres sujets où les Chinois sont accom-

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pagnés de singes ; ces panneaux sont enveloppés d’encadrements, d’arabesques, de fleurs et d'ornements de tout genre, et entremêlés de médaillons en camaïeu; au plafond, des sujets de chasse, chiens, oiseaux, daims, sangliers, etc., singes armés de fusils et de dagues, Chinois aux quatre angles ; le tout avec une variété d'ornements, guirlandes, fleurs et fruits, et une profusion de couleurs qui produisent un véritable feu d'artifice dont l'œil est à la fois ébloui et charmé. Christophe Huet exécuta aussi pour le duc de Bourbon, en 1734-1735, dix grandes toiles décoratives qui sont conservées à Chantilly; elles représentent des paysages d'Extrème-Orient animés par des bêtes dont le peintre a pu prendre les modèles à la Ménagerie, chiens, lapins, moutons, perroquets, singes, oiseaux, cygnes, etc. Enfin, Jean-Marc Nattier fut appelé à Chantilly par M" de Clermont, qui affectionnait un coin du parc où la découverte d'une source ferrugineuse avait occasionné, en 1725, la création d'un pavillon et d’un jardin; source et jardin existent encore au bout des écluses du grand Canal, près de la route de Creil. C’est aux Eaux minérales de Chantilly que la princesse voulut poser devant Nattier; ce remarquable portrait, exécuté dans l'été de 1729, toujours occupé une place d'honneur à Chantilly; au xvin* siècle, il ornait la « chambre de M. le Prince » dans le bel appartement du petit château ; on l’admire aujourd'hui dans la grande galerie de Poutuie

De sa première femme, le duc de Bourbon n'avait pas eu d'enfant ; ses frères et ses sœurs ne se marièrent pas, et la branche menaçait de s'éteindre. Le prince alla chercher femme au delà du Rhin; le 30 juillet 1728, la nouvelle duchesse, Caroline de Hesse-Rhinfeld, fit son entrée à Chantilly. Ce fut l'occasion de fêtes charmantes organisées par les officiers de Chantilly avec le concours

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de toute la population; on fit seulement venir de Paris cinq musiciens fameux, Jean Charpentier, célèbre joueur de musette, Paquereau, Delavigne et les frères Dangui. Un cortège, composé de six quadrilles, se forma dans la galerie des Cerfs, se mit en marche à travers l’Orangerie, sortit sur la Pelouse par la porte de Bucamp, et, entrant par la grille d'honneur et la grande esplanade, vint se présenter à la princesse, qui l’attendait au château : « La première quadrille était composée de la compagnie bourgeoise à pied, avec leurs trompettes, hautbois, etc... La seconde quadrille était composée des bourgeoises de Chantilly, qui présentèrent divers pâtés, gâteaux, beignets et autres sortes de pâtisseries de leur facon. Les jardiniers formaient la troisième quadrille ; ils avaient à leur tête le sieur Charpentier, habillé en jardinier, et le sieur Dangui l'aîné, habillé en paysan, l’un jouant de la musette, l’autre de la vielle » ; ils portaient des corbeilles pleines de fruits des jardins. « Vingt-quatre jeunes filles de Chantilly, habillées de blanc, ornées de bouquets et de guirlandes de fleurs naturelles, tenant des festons de fleurs, formaient la quatrième quadrille ; elles avaient à leur tête le sieur Delavigne en berger, jouant de la musette... La dame Baptiste, gouvernante de la Laiterie, accompagnée du sieur Dangui le jeune habillé en paysan et jouant de la vielle, paraissait à la tête de la cinquième quadrille, suivie de vingt-deux filles de la Ménagerie vêtues de blanc et ornées de rubans; venaient ensuite les garçons de la Ménagerie, galamment habillés ». Tous firent leurs présents, qui consistaient en produits de la Laiterie, crème, fromages, etc., et en ortolans, canetons, dindons, pigeons, poules, tourterelles, cochons de lait, etc. Le jeune Sarrobert, fils du capitaine des chasses, portait une cage pleine de petits oiseaux qui s’envolèrent sous les yeux de la princesse; un autre

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garcon conduisait un agneau blanc; les gardes-chasse étaient chargés de gibier de toute sorte. La sixième quadrille était formée des élèves des écoles, sous la conduite du sieur Paquereau, déguisé en magister, et qui chanta plusieurs couplets. Tout cela mêlé de chants, danses et rondes, et suivi d’un bal général auquel se mêlèrent les princes et les princesses, heureux de partager la joie de leurs vassaux.

Le 2 août, les princes témoignèrent leur gratitude par une fête donnée sur la terrasse du Connétable ; douze portiques abritaient des tables couvertes d'abondantes victuailles et de fruits; des fontaines jaillissantes laissaient couler le vin à flots; des jeux divers avaient été préparés ; un orchestre engageait à la danse; et tout le peuple buvait, mangeait, jouait et chantait, au grand plaisir des princes et princesses placés sur les balcons : « On vit plus d’un Sancho Pança, dans l’état du plus parfait contentement, fatigué de babil et de bonne chère, céder aux douces vapeurs du sommeil; on en trouva en cet état une très grande quantité sur les terrasses et dans les jardins. Cette fête, qu’on peut appeler charmante par le beau désordre, par la singularité et par la variété des tableaux, dura jusqu’à la nuit, mais vers les six ou sept heures, c’est-à-dire dans le temps le plus tumultueux de la fête, M. de Sarrobert vint prendre ‘élite des danseurs et des danseuses, qu'il fit entrer dans la salle du grand appartement, où un nouveau bal se forma au son des vielles et des musettes. La jeune duchesse de Bourbon, qui en fut avertie, quitta le jeu et y vint avec toute sa cour ; elle y dansa avec les autres princes et princesses jusqu’à huit heures qu'on fut se promener en calèche découverte ». La soirée se termina par l’illumination du parterre de l’Orangerie et un beau feu d’artifice (Mercure de France).

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L'enfant tant désiré ne vit le jour que huit ans après, le 9 août 1736. Louis XV est alors dans les meilleurs termes avec son cousin, et il vient chaque année à Chantilly. Le 5 août 1738, « la chaleur étant excessive, surtout dans la cour du château, le roi, sur les neuf heures du soir, alla se promener du côté du Connétable et s’assit sur l'escalier avec les dames, où l’on chanta en chœur plusieurs airs d'opéra » (Mémoires de Luynes). Nouveau séjour en août 1739 avec la reine et le dauphin : « La reine alla au Jeu d’oie, qui est un bosquet fait depuis un an ou deux, où il y a une course de bagues, assis sur des chaises ou monté sur des oies ; la reine se mit dans une de ces chaises et prit même grand nombre de bagues ». Ce Jeu d’oie se trouvait derrière la Caboutière ; dans les dernières années de sa vie, le duc de Bourbon s’attacha surtout à la décoration de cette partie boisée du parc. À droite de la longue allée du pont du Roi, il fit percer l'allée du Quinconce, ainsi nommée du quinconce planté au long du mur d’enclos de la Caboutière. À gauche, le vieux chemin d’Avilly fut rectifié. La naissance de ces trois avenues formait ainsi une patte d’oie (le nom a été conservé) ; entre ces routes, deux angles aigus allaient s'élargissant et furent remplis dans leur longueur de salles et d’allées en zigzag ; il en reste des vestiges. Les deux avenues de gauche et du milieu se perdaient dans le lointain, mais celle de droite ne dépassait guère le quinconce et se heurtait à un carré boisé ou était construit le Jeu d’oie, avec tous ses détails, le pont, les puits, la prison, etc. (on en retrouve des traces à l’intérieur du bois). Dans les carrés suivants, la grande et les petites salles du Sphinx, ainsi nommées d’une figure de marbre exécutée d’après un des sphinx de Coustou placés sur la terrasse du Connétable (la grande est aujourd’hui ornée de quatre bustes d’après l'antique, les deux petites du

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Secret d'en haut d'Hippolyte Moulin et de l'Air de Legrand). Derrière la maison de Sylvie, se trouvaient la Conciergerie et une petite orangerie, puis la salle du

Sycomore (ancien Jeu de bague), et, en travers, le Jeu.

de battoir (ancien Jeu de longue-paume), long et large tapis de gazon, aujourd’hui orné de la Terre d'Antoine Poissant. Dans le carré suivant, terminé à droite par le pavillon du Mail (détruit sous la Révolution), était curieusement tracé le « petit Labyrinthe » ; il n'en reste plus trace, et un stand pour le tir y a été établi au xix* siècle. Au bout de ce carré, un mur terminait le petit parc et marquait la limite des territoires de Chantilly et d’Avilly; ce mur se développait dans l'allée transversale et descendait à mi-côte pour aller enclore le grand Rond et gagner l’allée de Saint-Firmin. Le canal ou « nouvelle rivière » qui amenait l'eau de la Nonette dans le grand Rond faisait partie du « petit parc d’Avilly », qui comprenait l’extrémité du parc actuel avec la grande plaine carrée ; il était séparé du parc de Sylvie par un long Jeu de mail créé

par le duc de Bourbon ; ce jeu occupait tout le côté droit.

du triangle compris entre la route du pont du Roi et le parc de Sylvie, triangle ayant pour base le mur qui fermait le parc de la Caboutière.

Le parc de Sylvie était coupé en deux dans toute sa longueur par une large avenue et divisé en carrés par des allées transversales. La partie voisine du Jeu de mail en avait reçu le nom : bosquet et salles du Mail; en revenant vers Chantilly, on rencontrait la route de Méléagre, l'Arquebuse, carré où était établi le tir (c'est le Laby-

rinthe actuel), l'allée à Breteuil, le bosquet d'Ariane, la”

route du château de Sylvie, le bosquet de Thésée, puis le Souillard, vallée qui existe toujours et qui, alors comme aujourd’hui, se terminait par le « théâtre » ; c'est là que les marionnettes donnaient leurs représentations.

Derrière le théâtre, passait la route de Vervillon, qui longeait ensuite le carré de ce nom {le duc de Bourbon avait fait dresser à l'entrée du parc de Sylvie la statue de M. de Vervillon, écuyer des princes de Condé de 1680 à 1720); puis venaient les Jeux d'enfants (derrière le bosquet d'Ariane), le Labyrinthe, celui de Desgots (derrière l’Arquebuse), le Manège, les Salles neuves, dites aussi « la Croix de Jérusalem » (derrière le bosquet du Mail). A droite, le fond latéral du parc était occupé par le bosquet de Méléagre. Ces divisions existent toujours. L’honneur d’avoir complété le parc de Sylvie et exécuté les créations du parc de la Caboutière revient à Nicolas Breteuil, « jardinier de MF le Duc à Sylvie ».

Le duc de Bourbon ne toucha guère aux parterres de Le Nôtre, si ce n’est pour en modifier la décoration et les embellir. Le pont de la Volière aboutissait au petit parterre des Grenouilles, séparé du parterre de l’Orangerie par un étroit canal transversal ; l’eau des jets de l'escalier qui descendait au parterre de l’Orangerie tombait dans ce canal par la gueule d’un loup marin ou dragon (d’où le nom de canal du Dragon), et se déversait dans le canal qui séparait le parterre de l’Orangerie des deux îles du petit bois, dites îles du Bois-Vert. Ces deux îles, une longue et une petite à côté, formaient ensemble comme un triangle allongé dont la base s’appuyait au canal du Tourniquet, du côté du grand Parterre : la première et la plus longue sera l’île d'Amour (nom gardé à la pointe qui subsiste), la seconde conservera le nom d’ile du Bois-Vert. Par les soins du duc de Bourbon, l'aspect de ces îles fut transformé ; dans la première, une grande salle de verdure, entourée de huit

termes en marbre, occupait le centre; deux autres salles

présentaient un jet d'eau; la seconde était divisée en petites salles et cabinets de treillage et de verdure qui

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renfermaient des jeux : jeux de bague, d’escarpolette, de bascule à ressort, de galet, etc. Du centre de la galerie des Cerfs, qui fermait le parterre de l'Orangerie à l’ouest, partait une large avenue, dite l'allée des Soupirs. A gauche de cette avenue, un tapis de gazon montait vers les cascades de Beauvais, qui subsistent ; les rampes des cascades, ornées de figures de marbre, se terminaient au | bas par deux groupes d’amours en marbre. À droite de l'allée des Soupirs, un joli jardin se développait en longueur et aboutissait à la fontaine de la Tenaille, dont l'emplacement se trouve maintenant hors du parc. Ge « parterre des petites Cascades » était occupé en son milieu par un bassin rectangulaire, aux coins duquel se dressaient les figures en marbre des quatre Saisons ; le bassin comprenait une gerbe et huit jets d’eau, dont quatre partaient des angles. Plus loin se trouvaient la Faisanderie, les Potagers, les grandes Cascades, englobés dans la ville de Chantilly sous la Révolution, et dont il ne subsiste aucun vestige que l’allée principale, devenue la rue des Cascades. | Les Grandes Écuries ont traversé victorieusement les révolutions, et ce chef-d'œuvre de l'architecture civile au temps de Louis XV témoigne du grand talent de l’architecte de Chantilly, Jean Aubert. À l'exception de la Renommée en plomb qui surmontait le dôme central et qui fut abattue en 1792, le monument se présente dans son intégrité. L'écurie proprement dite, qui fait face à la forêt, est un immense vaisseau voûté de pierre, majestueux comme une cathédrale. Dans le dôme central, en face de la grande porte, un enfoncement formant arcade contient une fontaine dont l’eau se répand en cascade dans deux amples coquilles superposées, et retombe dans une vaste cuvette qui servait d’abreuvoir ; les dauphins en plomb qui soutenaient autrefois la plus grande

des coquilles ont été enlevés sous la Révolution, ainsi que les deux chevaux de plomb placés dans la cuvette ; ces chevaux étaient de grandeur naturelle ; l’un était accompagné d’un jeune piqueur qui sonnait du cor, l’autre semblait boire dans une conque marine que lui présentait un enfant. Derrière l’écurie, se trouvent le manège découvert, les cours des remises et des chenils, entourées de bâtiments. La façade circulaire du manège, comprise entre quatre colonnes d'ordre ionique accouplées deux à deux, est percée de trois grandes arcades séparées par une colonne isolée. Ces colonnes portent l’entablement, orné de roses, de modillons, et surmonté d’une balustrade pleine en guillochis qui supporte un grand trophée au centre duquel est l’écusson des Condé, accompagné d'armes, de festons, de guirlandes de fleurs ; cette décoration se termine aux extrémités par deux chevaux qui, la crinière au vent et les jambes battant l’air, semblent s’élancer par-dessus l’appui de la balustrade. Les clefs des arcades, sous la plate-bande qui se développe en frise sculptée au-dessus des colonnes, sont ornées de trophées et d'animaux. Du côté de la ville, la facade des chenils a son entrée par une grande arcade, accompagnée d’un chambranle avec deux pilastres et de tables garnies de trophées de chasses. Dans le fronton est sculptée une chasse au sanglier; sur les pilastres et la rampe du fronton sont représentés une Diane à la biche et le berger Cyparis qui orne son cerf de guirlandes de fleurs. Les entrées du vaisseau de l'écurie sont surmontées

d’amortissements qui soutiennent trois chevaux vus de

face, la tête et les jambes saillantes. La grande porte du dôme est recouverte d’ornements délicatement ciselés ; au-dessus, une riche agrafe accompagnée de consoles d'où pendent des festons de fleurs ; dans le cintre, trois chevaux en pied, sculptés en demi-bosse ; la corniche

est ornée de modillons en forme de consoles, soutenant le fronton, au milieu duquel un grand cartel, tenu par deux anges, présente les armes des Condé. La corniche se termine par deux groupes de lions qui surmontent les pilastres de la façade. Toute cette décoration des Écuries est une œuvre considérable et du plus haut intérêt ; elle complète heureusement la noble architecture de ce majestueux bâtiment. Bien que la date de 1735 soit assignée à l’achèvement de l'édifice, il est de fait que celui-ci ne fut jamais terminé. L'ensemble devait être encadré par quatre pavillons; le quatrième, au-dessus de la route, n’était qu'’amorcé quand le duc de Bourbon mourut; la façade extérieure était seule édifiée (porte Saint-Denis) ; elle se présente sous l'aspect d’une ruine avec les pierres d'attente à l’intérieur et du côté du Manège. Ce pavillon figure sur un plan en élévation conservé au Musée Condé, et Piganiol de La Force en a donné à l'avance la description. A l'intérieur des Écuries, les frontons des grandes arcades qui séparent les cours ne furent pas sAIpRS et attendent toujours leur décoration.

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