‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 79 sur 91 · DÉCORATION VU CHATEAU · texte numérisé non relu

DÉCORATION VU CHATEAU

deux grandesfigures dont chacune fut payée 20.000 francs : d'un côté, Perséphonè cueillant le narcisse; en face, Hadès, dieu des enfers, la guette accroupi et se prépare à l'enlever. Auguste Cain reçut la commande de chiens de meute et de cerfs en bronze qui furent placés sur la terrasse du château, dont l’entrée fut ornée, en souvenir des Montmorency, de la copie des Æsclaves de Michel-Ange, exécutée par Maniglier ; on sait queles originaux, aujourd'hui au Louvre, avaient été mis par le connétable Anne à l'entrée du château d'Écouen, d’où la Révolution les enleva. Enfin le duc d'Aumale voulut faire honneur au grand connétable de la renaissance de Chantilly, et, gràce au superbe talent de Paul Dubois, la statue équestre de l’illustre guerrier vint se dresser en 1886 devant sa maison restaurée : Aic stat, pro ædibus suis renovatts, Annas Momorantius.…

Le bâtisseur ne fit pas tort à l'amateur, etles collections continuèrent de s’accroître. En juin 1880, Auguste Raffet cède au duc d'Aumale 600 dessins de son père ; le prince fut d'autant plus heureux de les posséder qu'il y retrouvait ses camarades de l’armée d'Afrique, et lui-même, et le drapeau du 17° léger, son cher régiment. L'année suivante, il compléta sa collection de dessins de Prudhon en achetant ceux du comte Dejean, quatorze, au prix de 44.800 francs. La vente Hamilton (Londres, juillet 1882) lui procure un curieux portrait de Montaigne, et un petit Corneille de Lyon, portrait du grand-écuyer Boisy. Puis les ventes Ball (à Londres), Béhague, Gicoux, La Béraudière (1882-1883), envoient à Chantilly des dessins de Botticelli, de Canaletto, de Tiépolo, de Salomon Ruysdaël, de Van Huysum, de Dumonstier, de Vanloo, d'Ingres, de Géricault, etc. Et les estampes arrivent en foule, et les libraires déversent sur Chantilly manuscrits précieux et imprimés de tout genre. C’est alors une sorte de fré-

nésie ; aucun sacrifice ne coûte pour meubler ce château dont la construction vient d’absorber des sommes si considérables. Qu'importe la vieillesse qui s'approche, qu'importentles menaces d’une politique mesquine ! C'est pour la France que le prince travaille, et il faut faire vite, car peut-on être assuré du lendemain ! En relevant de ses ruines le château de Chantilly, il est certain que le duc d’Aumale avait obéi à d’antiques traditions, et surtout à un sentiment de vénération et de reconnaissance envers l’illustre maison de Condé. Les lecons du passé lui firent rechercher les moyens d'assurer l’avenir, de préserver désormais ce domaine historique des confiscations, des accidents révolutionnaires, des aliénations ou démembrements. Il n’est pas douteux qu'il n’y ait longtemps pensé avant de trouver la forme définitive de ses intentions. Au début de 1884, une grave attaque de goutte faillit l'emporter et le tint trois mois au lit ; il vit là un avertissement qui le décida à mettre le sceau à son œuvreen rédigeant ses suprêmes volontés ; au mois de juin, son testament, entièrement écrit de sa main, était déposé chez le notaire Fontana; voici les principales dispositions relatives à Chantilly :

« Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec ses bois, ses pelouses, ses eaux, ses édifices et ce qu'ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre qui m’a fait l'honneur de m’appeler dans ses rangs à un double titre et qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l'esprit de faction comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des

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