‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 85 sur 91 · LE LA · texte numérisé non relu

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illustré les lettres françaises, sont honorablement représentés dans le Cabinet des Livres de Chantilly. Que d'heures délicieuses le duc d'’Aumale a passées dans ce sanctuaire dont il connaissait tous les hôtes! Dans un grand nombre de volumes, il à inséré des notices écrites de sa main, curieux témoignages de sa passion du livre, de ses connaissances bibliographiques et de la vaste culture de son esprit. Lorsqu'il eut terminé l’Æistoire des princes de Condé, dont le septième et dernier volume fut publié en 1895, il commença la rédaction du catalogue des manuscrits, qu'il se proposait de soumettre à la haute compétence du maître des maîtres, son confrère et ami Léopold Delisle ; la mort le surprit au cours de ce travail. Depuis, M. Delisle, élu conservateur du Musée Condé avec MM. Mézières et Gruyer, a élevé un véritable monument à la mémoire de lillustre bibliophile en publiant le catalogue des imprimés anciens, précédé d’une copieuse introduction où sont retracées les destinées de la bibliothèque des Montmorency et des Condé, les origines et la formation de la bibliothèque actuelle. Le prince avait dressé lui-même le plan du catalogue des collections de Chantilly, dont le premier volume devait être consacré à l’histoire du lieu et à l'historique de tout ce qui compose le musée; outre les deux pre- .miers volumes du catalogue des manuscrits et le catalogue des imprimés anciens, la publication faite jusqu'à présent comprend quatre volumes consacrés par M. Gruyer aux peintures, aux 4o Fouquet et aux portraits de Carmontelle, enfin le catalogue des crayons du xvr° siècle, rédigé par M. Moreau-Nélaton. M. Gruyer se proposait de revoir le catalogue des dessins de maîtres ; la mort l’a obligé de laisser cette tâche à son confrère M. Lafenestre, choisi pour lui succéder comme conservateur du Musée

Condé.

Le duc d’Aumale fut avant tout un soldat. Le Grand Condé, chargé de lauriers, avait volontairement déposé son épée ; le duc d'Aumale s'était vu violemment arracher la sienne, et ce fut la grande douleur de ses derniers jours. Lui offre-t-on la présidence de la Croix-Rouge, il accepte avec empressement ces nouvelles fonctions qui le rattachent à l’armée, et qui peut-être sont un acheminement vers la consolation suprême : la restitution de son grade. Quand l’empereur de Russie vint à Paris, le président Félix Faure invita le duc d'Aumale à l'Élysée comme

grand'croix de la Légion d'honneur, et le prince alla de

sa personne s excuser en ces termes : « Je suis le doyen des officiers généraux français ; j'ai commandé en chef devant l'ennemi. Tous mes camarades qui vous entourent et qui approchent l’empereur ont revêtu leur uniforme. Cet uniforme, je l’ai porté sous le gouvernement républicain, quand, dans une circonstance mémorable, jai rendu la justice au nom du Peuple français. Je l’ai porté quand; au lendemain de la guerre, j'ai commandé pendant six ans un corps d'armée sur la frontière, veillé sur ce coin de l'Alsace qui nous reste, relevé les remparts de Belfort à

portée de canon des Allemands. Je ne parle pas des sou-

venirs d’autres temps : la prise de la Smalah, la reddition d'Abd-el-Kader. Eh bien ! paraître avec un autre costume devant un souverain étranger, auprès de vous, Monsieur le Président, il me semble que ce serait manquer de respect à ce glorieux habit, rompre avec les traditions que nos anciens nous ont laissées. Dans ce que je viens de vous dire, ne voyez aucune apparence de protestation, mais le sentiment d’un Français et d’un soldat. Avant de parler à l’empereur, j'ai tenu à vous donner cette simple explication, car vous n'êtes pas seulement le chef de l'État, vous êtes le chef de l’armée ». Dans son tenace espoir, 1l

faisait entretenir ses effets militaires, et parfois les

essayait; c'est avec l'uniforme qu'il posa devant Paul Dubois pour le beau buste en marbre qui fut placé après sa mort au centre de la grande galerie du musée; c'esten soldat qu’il voulut être représenté sur la tombe de la basilique de Dreux ; et c’est encore le général que Gérôme a glorifié dans la statue équestre érigée devantles Écuries aux frais dela ville de Chantilly. Jusque dans les derniers temps de la vie du duc d'Aumale, le plafond du grand escalier resta inachevé; le prince aurait voulu y faire peindre l’image de la France victorieuse, de la France guérie de ses blessures ; et il attendait. Quand le soldat comprit que tout espoir devait être indéfiniment ajourné, il voulut qu’une pensée consolante füt conservée, et l'Espérance, l'Espérance tenant le drapeau de la France, montre du doigt l'étoile dont la clarté peut s'obscurcir pour un temps, mais dont un mince rayon perce toujours les plus sombres nuages.

Le 22 avril 1896, une brillante cérémonie réunissait à Chantilly les membres de la famille d'Orléans, l'élite de la noblesse et de l’armée, et de nombreux amis. Le duc d'Aumale avait voulu que le mariage de sa petite-nièce la princesse Marguerite avec le commandant de Mac-Mahon füt célébré dans la chapelle du château, et ce lui fut une joie de voir dans sa maison de nombreux officiers en grande tenue. L’année précédente (17 mars 1895), Chanülly avait vu les fiançailles de la princesse Hélène de France et du duc d'Aoste, et l’on avait entendu le duc d'Aumale dire d’une voix contenue : « Je suis heureux ». S1 le mot bonheur était applicable à un homme si rudement éprouvé, on pourrait dire que les dernières années du duc d’Aumale furentheureuses. Il se voyait arrivé au port, etun grand calme s'était fait en lui, Étranger aux choses de la politique, ne comptant pas d’ennemis, ne gardant ni rancune, ni amertume, ayant vu l’armée reconstituée,

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